Art contemporain

Au-delà de la géométrie, Le sacré et le cosmique

Par Itzhak Goldberg · Le Journal des Arts

Le 14 octobre 2020 - 417 mots

L’art géométrique abstrait réaffirme les liens qu’il entretient depuis son origine avec la pensée symbolique ou ésotérique, ainsi que le rappelle l’Espace de l’Art concret.

Mouans-Sartoux (Alpes-Maritimes). Il fallait de l’audace pour proposer une exposition autour de la notion d’« Invisible » à l’Espace de l’Art concret, où chaque œuvre se conçoit avant tout comme un rapport de formes et de couleurs. Selon Fabienne Grasser-Fulchéri, la directrice de ce lieu situé dans un château, il s’agit justement de montrer que ce type d’expression artistique, censée « refuser le symbolisme et le sentiment », n’est pas uniquement autoréférentiel et opaque. L’idée n’est pas nouvelle ; déjà Mondrian, dont la peinture est construite géométriquement tel un échafaudage, prononce cette phrase curieuse : « Voir plastiquement […] c’est voir à travers. » Lui, comme l’ensemble de l’avant-garde – et surtout celle qui a choisi l’abstraction –, assimile le geste créateur à une forme de révélation de ce qui se cache derrière le rideau de la réalité.

Les artistes réunis ici, qui semblent tous partager cette vision, ont souvent pris leur inspiration dans les différents courants de la pensée métaphysique, ou plus précisément ésotérique. Alchimie, géométrie sacrée, symboles maçonniques ou encore énergies contenues dans la nature sont quelques-unes de leurs sources.

Le résultat est plutôt déconcertant car les œuvres sont de qualité inégale. Certes, le spectateur peut admirer la sculpture du Japonais Teruhisa Suzuki, qui traduit les forces de la nature en une magnifique coquille enroulée en spirale (Coquillage M, 2018, [voir ill.]), les gravures de Vladimir Skoda où des formes flottent dans un espace indéterminé ou encore l’étonnant tableau de Sol LeWitt, traversé par des vaguelettes, que l’artiste, fait inhabituel, a réalisé lui-même.

En revanche, d’autres travaux sacrifient la richesse formelle et se limitent à une simple illustration, plus ou moins convaincante, d’une intuition réservée à des initiés. Ainsi, il semble naïf de vouloir représenter, à l’aide d’un panneau recouvert de cercles colorés et superposés, un concept aussi complexe que l’« arbre des Sephiroth », situé par la Kabbale au centre de l’univers (Sandra Valabrègue, Arbre séfirotique 3, 2020). Ailleurs, des préoccupations plus symboliques que stylistiques réduisent les formes à des schémas géométriques décoratifs, souvent organisés de façon symétrique – Vera Röhm, Tétraèdre rouge-noir, trois éléments, 1974-2018 ; Vidya Gastaldon, Healing Objects, 2020. Pour Pascal Pique, co-commissaire de l’exposition, les artistes présentés rejettent « certains modes d’être et de penser comme le matérialisme du capitalisme outrancier ». Il n’est pas certain que l’aspect systématique, voire sériel, qui caractérise ces œuvres, aille à l’encontre de l’idéologie de la société de consommation.

Géométries de l’Invisible,
jusqu’au 3 janvier 2021, Espace de l’Art concret, château de Mouans, 06370 Mouans-Sartoux.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°553 du 16 octobre 2020, avec le titre suivant : Au-delà de la géométrie, Le sacré et le cosmique

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