Environnement

Au commencement du dérèglement climatique

Par Sindbad Hammache · Le Journal des Arts

Le 6 mai 2021 - 507 mots

LYON

En remontant jusqu’au Néolithique, l’exposition lyonnaise tente de faire comprendre les menaces qui pèsent aujourd’hui sur l’humanité.

Vue aérienne de la déforestation dans la forêt amazonienne pour ouvrir des terres à l’agriculture Forêt nationale de Jamanxim, Para, Brésil © Paralaxis
Vue aérienne de la déforestation dans la forêt amazonienne pour ouvrir des terres à l’agriculture Forêt nationale de Jamanxim, Para, Brésil.
© Paralaxis

Lyon. Pour expliquer au grand public les enjeux du dérèglement planétaire (réchauffement climatique, sixième extinction de masse…), les projections dans le futur sont souvent la façon la plus efficace de communiquer l’urgence de la situation. Avec l’exposition « La Terre en héritage… », le Musée des Confluences choisit au contraire de retourner dans le passé pour évoquer l’anthropocène – cette ère géologique marquée par l’incidence des activités humaines sur l’environnement – et les catastrophes en cours. Il s’agit d’un grand pas : emmener le visiteur 11 000 ans plus tôt, sur les traces des premiers sédentaires de l’ère néolithique.

Il n’est pas ici question de dire que le changement climatique provoqué par l’homme commencerait dès l’établissement des premiers villages, mais plutôt de faire comprendre l’ampleur de la révolution que fut le Néolithique, une révolution poussée aujourd’hui à l’excès. Cultiver la terre, habiter un lieu, posséder des biens, ce qui nous semble « naturel » aujourd’hui est le fruit de cette évolution. La période néolithique a vu naître l’agriculture, l’élevage, la sédentarisation, ainsi qu’une nouvelle perception de l’humanité : l’exposition présente ainsi plusieurs des premières représentations de l’homme par l’homme.

Pour souligner les continuités qui existent entre nos lointains ancêtres et le monde actuel, l’exposition se divise en deux espaces : un village néolithique en cercle, ceint d’une palissade que le visiteur franchit pour découvrir les apports du Néolithique à l’époque moderne, dans tous leurs excès. Par exemple, on trouve d’un côté une céramique destinée à contenir du liquide daté du IVe millénaire avant notre ère, et de l’autre, en miroir, une bouteille à usage unique de Coca-Cola.

La lente détérioration de la planète

Efficace, ce procédé explore trois thèmes (se nourrir, posséder et occuper la terre) et nourrit son discours de supports variés. À l’intérieur du village, les découvertes archéologiques narrent la révolution néolithique. L’exceptionnel trésor de la nécropole de Varna, prêté par le musée de la ville bulgare, montre ainsi la naissance d’une hiérarchisation de la société, dont les élites prisent déjà les produits d’un artisanat raffiné. À l’extérieur, ce sont des objets, des vidéos, mais aussi des œuvres d’art contemporain qui expliquent les risques d’une agriculture intensive, de l’extractivisme ou de l’usage généralisé du plastique.

Grâce à l’éclairage du Néolithique, la mise au pas de l’environnement par l’homme s’inscrit dans une histoire longue. Agriculture, déforestation, exploitation minière trouvent leur origine dans cette période de sédentarisation, lorsque ces activités n’étaient pas menées dans un court-termisme destructeur.

Dès le début de l’exposition, le visiteur est confronté à neuf dioramas représentant chacun l’une des neuf limites planétaires (réchauffement climatique, acidification des océans, déforestation, pour ne citer que les plus évidentes). « Quand commence l’anthropocène ? La question est finalement peu intéressante, et chacun selon sa spécialité y apportera une réponse différente, explique Christian Sermet, directeur des expositions du musée. Ce qu’il faut comprendre, c’est que ses effets deviennent irréversibles depuis les années 1950. » Au Musée des Confluences, l’histoire et l’archéologie devraient faire s’interroger les climatosceptiques.

La Terre en héritage, du Néolithique à nous,
jusqu’au 30 janvier 2022, Musée des Confluences, 86, quai Perrache, 69002 Lyon.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°566 du 30 avril 2021, avec le titre suivant : Au commencement du dérèglement climatique

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