Dimanche 18 février 2018

Artistes confirmés - Le point de vue de Manou Farine

Le théâtre du monde

Par Manou Farine · L'ŒIL

Le 26 juin 2009

Les poids lourds Barceló et Liam Gillick assurent. Même le trublion Lévêque s’est assagi. L’exposition internationale, elle, multiplie les références historiques. Manou Farine explique…

Daniel Birnbaum avait prévenu : cette 53e édition vénitienne aura le goût de la généalogie et de l’arborescence. Têtes d’affiche et courtes propositions monographiques, les pavillons nationaux, eux, se font prudents et nous laissent un peu sur notre faim, à l’image d’un Barceló sans surprise, plus textureux, et tellurique que jamais, ou d’un Liam Gillick un brin décevant en hôte de l’Allemagne, pour un propos plus sommaire que son appareillage sévère ne le laissait supposer. Plus à son aise, Sylvia Bächli place ses grands dessins humides dans le pavillon suisse, et assemble une longue série de relations claires et dynamiques entre temps de travail, signes, blancs, espaces et lignes de forces.

Un Claude Lévêque bien sage
Quant à Claude Lévêque, que l’on attendait avec gourmandise dans l’exercice pavillonnaire, son Grand Soir orchestré par Christian Bernard joue une partition coup-de-poing affichée comme radicale, qu’on aurait paradoxalement aimée plus agressive. Plafond noir, architecture métallique encageant un spectateur devenu spectacle, murs argentés, lumière froide, trajectoires sonores brumeuses et drapeaux de satin noir doucement agités aux quatre coins de la cage par un ventilateur, Lévêque, qui d’ordinaire affûte d’un rien un climax tendu comme une bretelle, opte cette fois pour une installation un poil trop séduisante. Un peu plus d’inconfort et un peu moins de signes auraient sans doute mieux convenu à cette « bonbonnière inhospitalière ».
Reste le véritable frisson de la Biennale, intercepté dans l’exposition internationale des Giardini. Daniel Birnbaum prend le risque d’y construire des perspectives en ciselant un accrochage brillant, historiquement articulé et euro-décentré. Jeux d’influences, spéculations, plaisirs théoriques et sensibles, de quoi – enfin – recadrer verticalement et de quoi réfléchir à l’exposition en général et à la Biennale en particulier.
Les séquences y sont finement travaillées, à l’image du grand théâtre d’ombres d’Hans-Peter Feldmann enchantant un fourbi de petits objets prosaïques suivi de l’étonnante sculpture cinétique de Simon Starling projetant le film de sa fabrication dans une usine d’acier. Suit encore une série de monochromes sur verre enserrés dans d’épaisses poutrelles de métal fixées en hauteur dans les diagonales de l’espace d’exposition. Ou la reprise raisonnée d’une installation in situ du trop rare Blinky Palermo (1943-1977) montrée à Venise en 1976 à l’occasion de la Biennale que signait Germano Celant.
Une mise en crise et en perspective que Birnbaum éprouve déjà dans un sublime chapitre réfléchissant à l’exposition des œuvres du groupe Gutaï. Vestiges d’écrans de papier déchirés par le passage des corps (Marakami), cheminement de traces de pas au sol (Kanayama), longs tubes de plastique suspendus alourdis en leur centre d’eau colorée (Motonaga), la salle rejoue une série de gestes et de mots d’ordre du groupe avant-gardiste japonais prélevée dans une exposition du Stedelijk Museum en 1965. Un double effet rétrohistorique.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°615 du 1 juillet 2009, avec le titre suivant : Artistes confirmés - Le point de vue de Manou Farine

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