Bilbao (Espagne)

Antoni Tàpies en trois dimensions

Musée Guggenheim Jusqu’au 19 janvier 2014

Par Colin Cyvoct · L'ŒIL

Le 19 novembre 2013 - 341 mots

Encore une exposition Tàpies (1923-2012), une de plus !, peut-on penser tant le travail de l’artiste catalan semble aujourd’hui connu et reconnu.

Eh non ! Le Musée Guggenheim de Bilbao offre la toute première rétrospective d’une facette encore peu familière de l’œuvre d’Antoni Tàpies : près d’un demi-siècle de sculpture. Une centaine de pièces, depuis les premiers objets et assemblages des années 1960 et 1970 jusqu’aux terres chamottées et aux bronzes tardifs, sans oublier Trill (Herse), la dernière sculpture signée par l’artiste en 2009, nous font découvrir la puissance et la cohérence sensible d’un artiste qui toujours tente « de voir ce qui est réel profondément, et non ce qui est en surface », avec inventivité et acharnement.

Crânes humains, pile d’assiettes, porte, armoire, baignoire, table ou fauteuil, grillages, fils de fer, cartons ou morceaux de papier, tout est bon, seuls ou assemblés, à mettre en forme avec une délicate rage. Chacune de ces sculptures est issue de la métamorphose d’objets ordinaires dérisoires. Et chacune semble vibrer de vies nouvelles totalement étrangères et cependant si proches des valeurs d’usage des objets qui les constituent. Pourquoi, dans la deuxième salle du parcours, cette banale armoire en bois brun, les deux portes largement ouvertes et débordant de linge, apparaît-elle si troublante, si tragiquement humaine ? Comment, dans la huitième salle, cette grande boîte en carton marqué de signes vivement tracés à la peinture noire et contenant un panier fait-elle pour exister avec cette présence insigne ? 

Au début des années 1980, l’artiste délaisse provisoirement les assemblages pour s’initier à la céramique. Proche du sculpteur Eduardo Chillida, il expérimente de nombreuses techniques comme la terre chamottée, combinant de l’argile avec des fragments de terre cuite et broyée, mais aussi l’émail, le grès et la porcelaine. Soulignons la qualité d’une scénographie particulièrement sobre et aérée. Certaines sculptures sont présentées sans socle, comme le fauteuil et le matelas dans la quatrième salle, tandis que d’autres apparaissent en majesté sur de vastes et minces surfaces blanches en suspension à deux centimètres du sol. Léger et planant ! 

« Antoni Tàpies. De l’objet à la sculpture (1964-2009) »,

Musée Guggenheim Bilbao, Avenida Abandoibarra, Bilbao (Espagne), www.guggenheim-bilbao.es

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°663 du 1 décembre 2013, avec le titre suivant : Antoni Tàpies en trois dimensions

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