Photographie

Agnès Geoffray revisite l’histoire

Par Christine Coste · Le Journal des Arts

Le 22 juin 2020 - 287 mots

CLERMONT-FERRAND

La photographe détourne des images d’archives ou ses propres clichés, évoquant des faits historiques parfois tragiques.

Agnès Geoffray, Pliures VII, 2019, impression sur satin de soie, 45 x 63 cm. © Agnès Geoffray/Fonds de dotation Centre Pompidou Accélérations/Neuflize OBC
Agnès Geoffray, Pliures VII, 2019, impression sur satin de soie, 45 x 63 cm.
© Agnès Geoffray / Fonds de dotation Centre Pompidou Accélérations / Neuflize OBC

Clermont-Ferrand. La monographie consacrée à Agnès Geoffray permet de cheminer dans l’univers troublant d’une artiste qui n’a pas son pareil pour mettre en relief, détourner et réinterpréter les situations les plus banales, insolites ou, au contraire, les plus tragiques de l’histoire du XXe siècle.

Née en 1973, Agnès Geoffray est une conteuse qui affectionne l’image, le verbe, l’écrit et l’objet pour leur caractère évocateur d’une situation, d’un geste ou d’un récit qu’elle se réapproprie, réinterprète pour les réparer, les dénoncer et les questionner. Un homme que l’on pend aux États-Unis à la branche d’un arbre parce qu’il est noir, une femme que l’on tond et exhibe nue à la Libération : elle efface la corde, rhabille le corps, renverse, transmute le sens sans que ne disparaissent tout à fait l’acte et les gestes. Qu’elle récupère des images d’archives familiales, de presse, ou encore qu’elle les réalise, Agnès Geoffray trouble la perception par des retouches infimes et des mises en scène originales.

Séries anciennes, récentes ou nouvelles créations spécialement réalisées pour l’exposition entrent ici en résonance. Elles ébranlent le visiteur et le retiennent par la teneur, la puissance et la délicatesse de leur propos. Photographies, vidéos, diaporamas, textes, objets ou installations forment un ensemble d’une grande cohérence. Les guerres, le sang qu’elles font couler, les actes de protection, de défense, de barbarie comme de résistance qu’elles ont suscités, s’y rejouent dans une dimension fictionnelle et poétique qui n’appartient qu’à elle. Tel ce Weaved Glass, déclinaison sur les vitres du Frac Auvergne des protections anti-bombardements apposées aux vitrines des commerces durant la Première Guerre mondiale que la photographe transforme en un moucharabieh délicat.

« Agnès Geoffray »,
jusqu’au 6 septembre, Frac Auvergne, 6, rue du Terrail, 63000 Clermont-Ferrand.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°548 du 19 juin 2020, avec le titre suivant : Agnès Geoffray revisite l’histoire

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