Musée

Sculpture

Adolfo Wildt ranimé à l’Orangerie

Par Maureen Marozeau · Le Journal des Arts

Le 16 juin 2015 - 718 mots

PARIS

Sculpteur virtuose à l’image ternie par ses liens avec le pouvoir mussolinien, Adolfo Wildt reprend vie à l’Orangerie.

PARIS - Profondément marqué par une attaque à la pioche à la Libération, l’imposant buste en bronze de Benito Mussolini est l’une des pièces maîtresses de l’exposition consacrée à Adolfo Wildt (1868-1931) au Musée de l’Orangerie. Le sculpteur italien doit, il est vrai, le nouvel élan donné à sa carrière en 1916 à Margherita Sarfatti, maîtresse du Duce et grande ordonnatrice de la politique culturelle du régime. Ses liens avec le pouvoir fasciste et sa participation au groupe Novecento Italiano prônant un retour à l’ordre esthétique ont d’ailleurs achevé de le classer au rang des artistes fascisants qu’il était préférable d’oublier. Que le Musée de l’Orangerie contribue à la réhabilitation de ce virtuose du marbre méconnu en France relève de  sa mission d’appréhender l’histoire de l’art dans sa globalité et replacer les artistes et leurs œuvres dans leur contexte. Du vivant de Wildt, les critiques sur son art marginal ne se sont jamais vraiment accordées. Et l’exposition de l’Orangerie démontre que si la singularité de son œuvre remplit les critères imposés par Margherita Sarfatti, elle ne saurait être attribuée à la « dictatrice de la culture ».

Formé à l’ombre des grands sculpteurs
Ce style immédiatement identifiable est le fruit d’une synthèse toute personnelle d’inspirations variées, tous siècles et tous pays confondus. Initié à la technique de la taille du marbre dès son plus jeune âge à Milan, Wildt a d’abord  excellé dans les finitions de sculptures pour d’autres artistes plus théoriciens que praticiens. Cette intimité avec les créations d’autrui a sans doute beaucoup joué dans sa détermination à produire un travail original, en phase avec sa personnalité, au moment d’endosser le rôle de sculpteur à part entière. Comme tout bon élève, il a commencé par prendre les chefs-d’œuvre antiques comme modèles, d’après photographies car il n’avait pas les moyens de quitter Milan, avant de s’émanciper vers les rivages du symbolisme de couleur germanique. Ce premier revirement est dû à l’influence de Franz Rose – dont le buste saisissant trône dans la première salle du parcours –, un mécène prussien qui le prend sous son aile de 1894 jusqu’à sa mort en 1912. Le confort financier dont jouit alors Wildt, ajouté aux voyages dans l’Empire allemand aux frais de Rose et de rencontres avec l’intelligentsia artistique, nourrit une intense réflexion. Mais l’ombre de Rodin, sommet inatteignable de la sculpture moderne, est si grande qu’elle finit par paralyser le jeune artiste.

De Rodin à Fontana
À l’issue d’une dépression qui dura deux ans, Wildt se ressaisit et met son énergie retrouvée au service d’un style baroque, centré sur le corps et l’expression des sentiments. Sa technicité virtuose autorise des formes exacerbées et des volumes creusés à l’extrême. Rose meurt en 1912 et Wildt se retrouve livré à lui-même. L’engagement du pays dans le conflit mondial correspond dans son œuvre à un recentrage sur le sujet ultime de l’art italien : la mère à l’enfant. La scénographie enveloppante, dont le dessin fait écho aux courbes élancées des œuvres, met en valeur la finesse d’exécution de groupes tels que dans La Protection des enfants (1919). Travaillé comme de la dentelle, le marbre gagne une chaleur inédite au point de ressembler à de l’ivoire. Les formes sont épurées et les physionomies, empruntant à l’art du masque, troublantes. La ressemblance physique n’est pas le fort de Wildt qui, s’il multiplie les commandes de portraits, semble plus à l’aise dans la réalisation de monuments funéraires. Son buste de Mussolini comme celui, terrible, du pape Pie XI, suscitent l’intimidation et non l’admiration.

Soucieuse de redonner à l’œuvre de Wildt toute sa dimension, l’exposition multiplie les coups d’œil vers les artistes de son époque (Rodin, Meštrovi, Klimt) et les sources classiques (Le Laocoon, un antéfixe à tête féminine étrusque, une Vierge à l’enfant de Carlo Crivelli, une Pietà de Cosmè Tura…). Mais le plus intéressant sur le plan historique est la filiation de Wildt, qui a compté Fausto Melotti et Lucio Fontana parmi ses élèves. Que ce dernier décide de crever ses toiles après avoir observé Wildt creuser les volumes sera, pour de nombreux visiteurs, une révélation.

Adolfo Wildt

Commissaires : Béatrice Avanzi, conservateur au Musée d’Orsay ; Ophélie Ferlier, conservateur au Musée d’Orsay
Scénographie : Martin Michel

Adolfo Wildt (1868-1931), le dernier symboliste

Jusqu’au 13 juillet, Musée national de l’Orangerie, Jardin des Tuileries, 75001 Paris, tél. 01 44 77 80 07, www.musee-orangerie.fr, tlj sauf le mardi 9h-8h, entrée 9 €. Catalogue, coéd. Musée d’Orsay/Skira, 256 p., 45 €.

Légende photo
Adolfo Wildt, La Conception (La Concezione), 1921, marbre partiellement doré, 58 cm. Courtesy Galleria Gomiero, Padoue/Milan. © Photo : Marzio De Santis.
Adolfo Wildt, Portrait de Franz Rose, 1913, marbre, 54,5 x 55,5 x 40 cm, Galleria Internazionale d’Arte Moderna di Ca’ Pesaro, Venise. © Photo : Archive-Fondazione Musei Civici di Venezia.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°438 du 19 juin 2015, avec le titre suivant : Adolfo Wildt ranimé à l’Orangerie

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