Mercredi 13 novembre 2019

Cinéma

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2011, l’odyssée Kubrick

La Cinémathèque française accueille une grande rétrospective du réalisateur américain

Par Christian Simenc · Le Journal des Arts

Le 12 avril 2011 - 676 mots

PARIS - Une fois n’est pas coutume, la Cinémathèque française, à Paris, accueille une exposition itinérante et non des moindres : la rétrospective consacrée au réalisateur américain Stanley Kubrick (1928-1999).

Cette monographie, présentée en 2004 par le Deutsches Filmmuseum à Francfort, en collaboration avec le fonds The Stanley Kubrick Archive de l’Université des arts de Londres, a circulé à Berlin, Melbourne, Gand, Zurich et Rome. Elle réunit un nombre colossal de pièces : scénarios, correspondances, documents de recherche, affiches, photographies de tournage, accessoires, vidéos et extraits de films, maquettes, costumes, etc. L’ensemble de la filmographie kubrickienne y est décortiqué de manière chronologique, jusqu’aux projets non aboutis tel Napoléon, son grand regret : quatre années de recherches sont parties à la trappe faute de financement. Mais l’exposition n’évite malheureusement pas l’écueil du fétichisme. Il suffit, parfois, qu’un objet ait été effleuré par la main du « maître » pour qu’il soit montré. Ainsi de cette série de caméras et autres objectifs ou de cette antédiluvienne visionneuse de montage. Reste que l’œuvre en tant que telle est étourdissante, et que l’exposition donne des clés pour comprendre les intentions narratives et techniques du cinéaste.

D’abord, il y a le temps, celui que le réalisateur prend pour « construire » chaque film. En une cinquantaine d’années de tournage, eu égard au travail préparatoire qu’il s’autorisait avant chaque opus, Kubrick n’a réalisé qu’une douzaine de longs métrages. Il jongle avec agilité d’un genre à l’autre : film noir (L’Ultime Razzia, 1956) ou de guerre (Les Sentiers de la gloire, 1956), péplum (Spartacus, 1960), film de science-fiction (2001, l’Odyssée de l’espace, 1968) ou historique (Barry Lyndon, 1975)…, tout lui réussit. Dès ses premiers courts-métrages datés de 1951 tels Day of the Fight (24 heures en compagnie d’un champion de boxe) et Flying Padre, sourd un sens aigu de la composition visuelle. Cet atout, Kubrick l’a maîtrisé très jeune, comme l’atteste une série de photos en noir et blanc qu’il a réalisée pour Look. C’est d’ailleurs à ce magazine que Kubrick avait vendu en 1945 (il n’a alors que… 16 ans) un cliché devenu fameux : celui d’un kiosquier new-yorkais dépité par la mort du président Roosevelt. 

Le FBI mobilisé
Le cinéaste a une prédilection pour l’organisation savante et calculée de l’espace, et des personnages qui y évoluent. Aucun détail ne semble lui échapper. « Les détails sont tels que vous pouvez penser qu’il a lui-même vécu l’expérience », résume Woody Allen dans une vidéo. Une photographie sidérante montre ainsi une scène de Spartacus dans laquelle plus de 300 figurants arborent chacun une pancarte numérotée afin de permettre à Stanley Kubrick de diriger leurs mouvements avec le maximum de précision.

Pour Docteur Folamour (1963), le chef décorateur Ken Adams conçoit une war room [« salle de commandement »] si réaliste qu’elle terrorise littéralement un agent du FBI invité sur le plateau, au point de mobiliser les services secrets américains. Point d’orgue de cet appétit du détail : 2001, l’Odyssée de l’espace, dans lequel Kubrick anticipe le monde à venir. Un exemple : la centrifugeuse de la salle de commande du vaisseau Discovery. Kubrick fait construire par une société anglaise spécialisée dans l’industrie spatiale une vraie centrifugeuse. Diam. : 12 m, vitesse : 5 km/h. Coût de l’opération : 750 000 dollars. Le réalisme n’a pas de prix. Mieux : Kubrick, en fin stratège, offre à 40 firmes la possibilité de « placer » leurs produits. Ainsi bénéficie-t-il des dernières inventions des laboratoires de recherche des grands fabricants. Georg Jensen fournit des couverts  signés Arne Jacobsen ; Airborne, les fauteuils Djinn d’Olivier Mourgue ; Parker, un stylo anatomique ; Hamilton une montre… Objets aussitôt catalogués « futuristes ». Pour un film sur l’anticipation, c’est plutôt subtilement joué ! Nous sommes en 1968. L’homme n’a pas encore marché sur la Lune et Kubrick est déjà en avance sur son temps.

STANLEY KUBRICK

Commissaires de l’exposition : Hans-Peter Reichmann, directeur des expositions du Deutsches Filmmuseum à Francfort, et Tim Heptner (Deutsches Filmmuseum)

Scénographie : Günter Illner/Concept Design

Superficie de l’exposition : près de 1 000 m2

STANLEY KUBRICK, L’EXPOSITION

Jusqu’au 31 juillet, Cinémathèque, 51, rue de Bercy, 75012 Paris, tél. 01 71 19 33 33, lundi, mercredi à vendredi 12h-19h, jeudi jusqu’à 22h, we, jf et vac. scolaires 10h-20h, www.cinematheque.fr

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°345 du 15 avril 2011, avec le titre suivant : 2011, l’odyssée Kubrick

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