Lundi 20 septembre 2021

Art contemporain

Une œuvre de Joana Vasconcelos jugée inappropriée au Château de Versailles

Par Chloé Da Fonseca · lejournaldesarts.fr

Le 12 juin 2012 - 463 mots

PARIS

PARIS [12.06.12] – La sculpture intitulée « A Noiva » (La fiancée) de Joana Vasconcelos, composée de tampons hygiéniques qui forment un lustre, a été jugée inappropriée à figurer parmi les œuvres exposées au Château de Versailles du 19 juin au 30 septembre 2012.

Après Jeff Koons et Takashi Murakami, le Château de Versailles invite l’artiste portugaise Joana Vasconcelos pour un dialogue renouvelé entre l’art contemporain et l’architecture classique des lieux, du 19 juin au 30 septembre 2012.

A Noiva (La fiancée) fut l’une des premières œuvres auxquelles a pensé Joana Vasconcelos quand elle a appris qu’elle était conviée à Versailles. Haute de 5 mètres, la sculpture représente un lustre réalisé à l’aide de 25 000 tampons hygiéniques : elle symbolise l’opposition entre le luxe ostentatoire du luminaire et l’impureté féminine tout en questionnant sur la virginité de la jeune mariée ; l’opposition entre la liberté sexuelle acquise par les femmes au XXe siècle et la continuité de certaines traditions virginales. Cette œuvre, emblématique de son travail qui a pour but d’interroger la société sur la place de la femme, l’a révélée lors de la Biennale de Venise en 2005. Selon l’artiste, la sculpture s’accordait parfaitement au luxe du site ; mais pour le Château de Versailles, A Noiva ne s’intègre pas au lieu.

Ce n’est pas la première fois que cette œuvre est refusée dans une exposition et Joana Vasconcelos ne s’en offusque pas. Lors d’un entretien avec Diário de Notícias, elle avance que « dans un discours qui est ouvertement lié à la femme et à son indépendance, à la liberté d’expression des femmes, le tampon est encore tabou » ; c’est un « objet prohibé par la société » et « il y a des endroits où il est incorrect » de le montrer. Selon elle, cela prouve simplement qu’ « il y a encore beaucoup à faire ».

Au Château de Versailles, dix-sept œuvres de Joana Vasconcelos seront exposées durant tout l’été. Marilyn, une paire d’escarpins de 3 mètres de haut faite d’accumulations de casseroles en acier, trônera dans la Galerie des Glaces, comme une « ode aux conquêtes féminines » juxtaposée aux peintures de Charles Le Brun qui glorifient un Louis XIV tout puissant. Seront également exposés ses Corações Independentes, Guards (des lions en marbre, symbole du pouvoir masculin, enveloppés de couvertures en crochet, artisanat féminin par excellence) ainsi que des œuvres inédites, conçues spécialement pour l’occasion telle que Perruque, en référence à la coquetterie de la reine déchue Marie-Antoinette.

Joana Vasconcelos souhaite avant tout interagir avec l’espace et l’histoire fastueuse de Versailles. Les expositions d’art contemporain au Château de Versailles étant un sujet brûlant et controversé, Joana Vasconcelos sera probablement confrontée aux mêmes polémiques que ses prédécesseurs. Elle laissera la place en 2013 à l’italien Giuseppe Penone.

Légende photo

Joana Vasconcelos La fiancée (2001-2005) - © Photo joanavasconcelos.com

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