ENTRETIEN

Olga Sviblova

directrice de la Photobiennale

Par Frédéric Bonnet · Le Journal des Arts

Le 24 avril 2008

Un entretien avec Olga Sviblova, directrice de la Photobiennale de Moscou : « La société russe cherche son futur »

La Photobiennale de Moscou existe maintenant depuis douze ans. Qu’a-t-elle apporté à Moscou et au public moscovite ?
Cette biennale s’est imposée comme une nécessité au milieu des années 1990. Face à une absence totale de public, nous avions l’obligation de proposer une exposition populaire, car il est fondamental de lui faire découvrir des choses et de sentir ce qui peut le toucher. Dans son sillage, la biennale a généré une mode et un goût pour la photographie, en entraînant l’ouverture de nombreuses galeries spécialisées dans ce médium. Et les musées montrent désormais de la photo, ce qui n’avait jamais été le cas en Russie, hormis lors de l’exposition consacrée à Henri Cartier-Bresson au Musée Pouchkine en 1976.

Pourquoi avoir fondé une biennale exclusivement dédiée à la photographie, et non pas une manifestation sur l’art contemporain en général ?
Pour plusieurs raisons. La première est qu’il s’avère encore très difficile de proposer de l’art contemporain à Moscou. L’auditoire est presque inexistant et il est plus aisé de créer et de préparer un public à travers la photographie que via l’art contemporain. De plus, il n’y a pas d’argent pour cela, et les institutions, globalement, s’en désintéressent. Nous sommes aujourd’hui à un moment-clé de notre histoire. Après de nombreux bouleversements, la société russe vit une période post-soviétique et cherche son futur. Son histoire est donc à réécrire et, par son impact assez direct, la photographie peut contribuer à cette tâche, notamment car elle a été exclue des livres d’Histoire. Tout le monde a envie de connaître le passé de ses grands-parents, et les visages qui ont façonné l’Histoire, etc. Depuis que je dirige la Maison de la photographie de Moscou, j’ai donc pris deux directions de programmation, que je donne à la biennale également. D’une part, une exploration des images historiques et documentaires. D’autre part, un focus sur des artistes russes qui utilisent la photographie, et que nous soutenons par des aides à la production. Nous n’en négligeons pas pour autant une ouverture à l’international, et avons déjà travaillé avec des artistes tels Cindy Sherman, Martin Parr, Andres Serrano, Nan Goldin ou Christian Boltanski.

Quelles sont vos perspectives à venir ?
Aller plus loin que le centre de Moscou. Il faut que la biennale puisse ouvrir des expositions dans des quartiers plus périphériques et ainsi aller à la rencontre d’un autre public, qui n’a pas le temps ou la possibilité de se rendre régulièrement dans le centre-ville. De plus, nous espérons pour la fin de cette année ou le début 2009 voir achevés les travaux de notre bâtiment. Ce nouveau musée de 8 500 m2 portera le nom de Complexe Multimédia des Arts Actuels.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°280 du 25 avril 2008, avec le titre suivant : Olga Sviblova

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