Dimanche 25 février 2018

Parité

Les femmes ébrèchent le plafond de verre

Par Alain Quemin · Le Journal des Arts

Le 30 mars 2016

Si les femmes restent très fortement minoritaires, un léger mouvement de rattrapage se dessine et pourrait à terme leur profiter.

Les artistes femmes ont été tellement longtemps et si fortement sous-représentées dans le monde de l’art contemporain que leur place, désormais un peu plus importante, pourrait produire la fausse impression, si l’on se focalise sur leur progression, qu’elles sont désormais partout. L’Artindex monde est là pour le rappeler en objectivant la situation. En 2016, en effet, seulement vingt femmes comptent parmi les cent artistes les plus visibles dans le monde. On est donc très loin de la parité et les femmes semblent, en partie, se heurter à un plafond de verre, puisque leur nombre s’élevait déjà à vingt en 2015, mais également à… vingt-deux en 2014 ! On voit donc bien que leur progression n’a rien d’inéluctable ni d’irréversible.
En 2016, parmi les cent premiers artistes du classement recensant hommes et femmes à la fois, les femmes continuent de se situer plutôt dans le bas du palmarès. Certes, au sein du « top 10 », cette année, Cindy Sherman gagne encore une place et s’empare de la troisième position – une performance remarquable, jamais une femme n’étant parvenue si haut dans un palmarès d’artistes –, mais Rosemarie Trockel ne se maintient que de justesse dans ce groupe. En un an, elle perd, une place et rejoint la dixième position. Il faut ensuite descendre jusqu’à la vingt-et-unième place du classement général pour trouver la troisième femme, Marina Abramovic.

Le pays d’origine : un facteur déterminant
Plus encore que les hommes, les femmes parvenant à pénétrer les cent premières places internationales semblent soumises à un fort déterminisme national. Pratiquement toutes vivent dans les pays les plus centraux du monde de l’art contemporain, et plus particulièrement aux États-Unis et en Allemagne. Dans un monde social où, en dépit des discours, être une femme constitue encore un désavantage, il apparaît crucial de compenser ce handicap par la bonne insertion géographique. Et il semblerait que les femmes qui réussissent à ce niveau s’expatrient moins que les hommes, d’où l’importance encore renforcée de naître au bon endroit. Signalons toutefois que presque toutes ces femmes sont déjà âgées, voire très âgées, et que cela peut changer pour les plus jeunes générations. L’année 2016 apporte un signe d’espoir pour le sort que le monde de l’art contemporain réserve aux femmes. En effet, elles sont particulièrement nombreuses parmi les plus fortes progressions, comme si elles bénéficiaient d’un effet de rattrapage venant compenser – mais en partie seulement – le sort injuste qui leur est traditionnellement réservé. Certes, c’est Heimo Zobernig qui connaît la plus fulgurante progression en un an dans le palmarès, avec son bond de quarante-trois places, mais juste derrière arrivent à égalité Isa Genzken et Pierre Huyghes avec dix-neuf places et l’on trouve au total cinq femmes sur les dix plus fortes progressions. Outre Isa Genzken (ex-épouse de Gerhard Richter qui a évolué dans l’ombre de celui-ci), son aînée Yoko Ono, elle aussi longtemps occultée par son compagnon John Lennon, puis par le souvenir de celui-ci, est comme redécouverte ( 17 places). Marlene Dumas, déjà très cotée sur le marché, elle, est davantage intégrée par les institutions ( 17), tout comme bénéficient d’un rattrapage les aînées Martha Rosler ( 13) et Louise Lawler ( 11). Il était temps.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°454 du 1 avril 2016, avec le titre suivant : Les femmes ébrèchent le plafond de verre

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