Biennale

Exposition internationale

Biennale de Venise, une 57e édition pavée de bonnes intentions

A venise, les artistes prennent soin du monde

Par Frédéric Bonnet · Le Journal des Arts

Le 24 mai 2017 - 750 mots

VENISE / ITALIE

Globalement réussie, l’exposition internationale de la Biennale de Venise porte un regard bienveillant sur le monde, fait d’attentions et d’engagements, au risque d’un didactisme trop appuyé.

VENISE - A priori l’affaire ne semblait pas engagée au mieux : un titre aussi vide et creux que « Viva Arte Viva », qui plus est pour une manifestation aussi importante, ne sonnait-il pas comme un implicite aveu que l’on n’a finalement pas grand-chose à dire ? La 57e édition de la Biennale de Venise a démenti cette crainte initiale, avec une exposition riche, solide, argumentée, joliment accrochée et bien construite… mais peut-être un peu trop.

Sans chercher à ne montrer qu’une vie en rose, elle affiche une sorte d’objectivité optimiste qui tranche avec les visions brutalement sombres, voire autoritaires et donneuses de leçon, de certaines éditions précédentes, ce qui n’est pas un mal.

Avec les quelque 800 œuvres de 120 créateurs qu’elle a rassemblés, la commissaire générale Christine Macel a semble-t-il voulu dresser là le portrait d’une continuité générationnelle d’artistes engagés dans la définition d’un espace commun, avec à l’esprit des considérations écologiques, mémorielles, humanistes et souvent bienveillantes. Des artistes qui ne se contentent pas seulement de regarder le monde, mais tentent parfois d’y intervenir à des degrés divers d’engagement, voire de dérision bienvenue. À ce jeu-là, le Japonais Shimabuku propose l’un des actes à la fois les plus simple en apparence et les plus perspicaces qu’il soit donné de voir ici, lorsqu’il transforme en hache un ordinateur portable argenté, dont il affûte un côté après l’avoir fixé à un simple support de bois. Il donne à voir également un magnifique film, à la fois de poésie et de conscience relative aux mouvements du monde, à l’évolution et au changement, en rappelant l’histoire de singes des montagnes japonaises implantés au Texas, dont il se demande s’ils se souviennent de la neige de leur terre d’origine.

Au fil du parcours, on redécouvre avec plaisir les œuvres de l’Italienne Maria Lai relatives au récit et à l’écriture devenue illisible et l’engagement féministe de la Libanaise Huguette Caland qui, avec des dessins faits de quelques simples lignes courbes ou à l’inverse des constructives picturales fourmillant de détails complexes, met en avant le corps des femmes. Parmi les artistes de plus jeune génération, les réussites sont variées. Quand l’Argentin Martin Cordiano parvient efficacement, avec des sphères enfermées dans des modules architecturaux, à pointer des contrariétés de fait entre mouvement et rigidité des structures, les propos sur l’assimilation culturelle de la Mexicaine Cynthia Gutiérrez, à travers des tapisseries traditionnelles prises dans des morceaux de colonnes, apparaissent un peu vains dans leur évidence ressassée. Et si l’évocation est frappante, dans un beau film du Brésilien Ayrson Heráclito, de la persistance d’une nécessité de purifier des lieux liés à l’histoire coloniale du Brésil, la sculpture « mondialisée » de l’Indienne Rina Banerjee, qui semble vouloir mêler de tout avec n’importe quoi, ne dit finalement pas grand-chose.

Une articulation un peu trop figée
Mais le principal écueil de la manifestation, à laquelle certainement une constitution un peu plus libre et « organique » de l’ensemble n’aurait pas nui, réside dans sa construction trop précise. En laissant s’enchaîner des sections thématiques relatives à la communauté, la dimension chamanique de l’art, la terre, les traditions ou la jouissance dionysiaque, l’exposition qui commence à l’Arsenale à un bon rythme finit par s’essouffler à force d’un didactisme devenant progressivement pesant, surtout lorsqu’il s’achève dans des territoires nébuleux. Ainsi d’un chapitre sur la couleur qui serait supposée générer de l’émotion, mais où les rapprochements faits entre les démarches picturales opposées des vétérans Giorgio Griffa et Riccardo Guarneri, ou encore la belle installation vidéo de Hale Tenger figurant des ballons colorés flottant sur l’eau, finalement laissent de marbre et ne démontrent plus rien.

Si ce n’est pas une nouveauté – ce qu’ont également donné à voir les journées dites « professionnelles » de la Biennale, toujours plus fréquentées –, ces immenses manifestations sont devenues des grandes réceptions mondaines et commerciales, où nombre de commentaires navrants entendus ci et là achèvent de prouver que l’art contemporain n’est plus pour beaucoup qu’une valeur marchande, voire au mieux une image superficielle et rarement regardée. La remarquable artiste chinoise Guan Xiao s’en fait l’écho avec un film de 2013 intitulé David. Elle s’y empare du motif de la statue de Michel-Ange, dont elle laisse s’enchaîner les images et produits dérivés, rappelant que s’il est partout et que l’on dort ou cuisine avec « on ne sait pas pourquoi on le regarde » et « on a oublié son visage ». Un constat qui semble plus que jamais d’actualité en effet.

Viva arte viva. 57e biennale de Venise

Jusqu’au 26 novembre, Giardini et Arsenale, Venise (Italie).

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°480 du 26 mai 2017, avec le titre suivant : Biennale de Venise, une 57e édition pavée de bonnes intentions

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