Jeudi 19 septembre 2019

Architecture

ARCHITECTURE

Bernard Desmoulin - Des hommes et des lieux

Par Gilles de Bure · Le Journal des Arts

Le 6 octobre 2010 - 503 mots

Qu’on imagine… On ne peut, en effet, qu’imaginer ce que fut l’abbaye de Cluny (Saône-et-Loire) au temps de sa splendeur. Fondée en 910, selon la règle cistercienne, elle fut régulièrement augmentée, architecturalement enrichie au fil des siècles, s’imposant comme la plus grande église d’Occident jusqu’à l’édification de Saint-Pierre de Rome (de 1506 à 1614).

Symbole du renouveau monastique en Europe, intense foyer intellectuel au Moyen Âge, Cluny fut saccagée sous la Révolution, son église pillée, ses archives brûlées et l’ensemble transformé en carrière de pierres, comme bien d’autres lieux de culte et maisons nobles. Bref, des splendeurs passées ne demeurent que quelques vestiges des XVIIe et XVIIIe siècles, même si les campagnes successives de reconstruction tentèrent de retrouver l’esprit d’origine… En cette année 2010, qui marque le onzième centenaire de l’abbaye, on s’est attaché à remettre en valeur les traces et les signes du passé qui pouvaient subsister (fondations, dallages…). Assez curieusement, en 1901, le lieu accueillit une antenne de l’École nationale supérieure des arts et métiers (Ensam) qui n’a cessé, depuis, de se développer. Ne manquait à l’ensemble qu’un réfectoire digne d’une abbaye aussi illustre et d’une école aussi prestigieuse. Voilà qui est chose faite, par la grâce d’une architecture qui mêle remarquablement histoire et modernité, signée Bernard Desmoulin, lauréat 2010 du prix de l’Équerre d’argent pour sa Maison des musiques à Clichy-la-Garenne, dans les Hauts-de-Seine (lire le JdA no 312, 30 octobre 2009, p. 12).  Un bâtiment
de toute éternité Desmoulin a inscrit son nouveau bâtiment dans la trace triangulaire d’une construction ruinée, empilant l’une sur l’autre deux salles à manger, dont les ouvertures permettent de contempler le paysage, le Médasson (la petite rivière qui coule là), les remparts, la fine tour Buteveaux… Orienté pour cadrer visuellement les éléments forts du site, le nouveau bâtiment affiche des matières à la force et à la présence indéniables : acier Corten pour les toitures et les parties pleines de façades, bois, verre, le tout tempéré par des plantes grimpantes qui escaladent un réseau de fils d’acier. « La conjugaison combinée de ces matériaux teinte le bâtiment à la façon d’une écorce de bois, et répond ainsi à la sensibilité du lieu et à sa qualité patrimoniale », confie Bernard Desmoulin. Il est vrai que ce bâtiment de facture très contemporaine, posé à la jonction de la ville et de l’abbaye, semble être là de toute éternité. Sans doute les matériaux employés, qui semblent porter en eux leur propre vieillissement, y sont-ils pour beaucoup. À l’intérieur de la construction (1 230 mètres carrés pour un coût de 21,9 millions d’euros financés par le conseil régional de Bourgogne), les deux salles à manger sont de nature différente. Au rez-de-chaussée, le reste des remparts est mis en valeur, et une longue baie ouvre, au sud, sur le Médasson. À l’étage, la salle, plus étroite, est prolongée, sur toute sa longueur, par une terrasse en bois d’où l’on contemple la ville et l’abbaye. Au total, une parfaite intégration en ce qu’elle ne refuse en rien la confrontation.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°332 du 8 octobre 2010, avec le titre suivant : Bernard Desmoulin - Des hommes et des lieux

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