Dimanche 21 juillet 2019

Art contemporain

PORTRAIT

Banksy, le militant de l’art urbain a le sens du spectacle et des affaires

Par Stéphanie Lemoine · Le Journal des Arts

Le 31 octobre 2018 - 622 mots

1974 ? Naissance en Angleterre. Banksy étant le secret le mieux gardé du street art, il est malaisé de décrire ses débuts. Fait certain : il pratique le graffiti à Bristol dans les années 1990 et consacre en 1998 une exposition collective en plein air à la scène locale, « Walls on Fire ». S’il participe à l’éclosion du street art en adoptant à l’époque la technique du pochoir, il s’affirme donc d’emblée comme l’un des curators [commissaire d’exposition] les plus zélés du mouvement graffiti. De fait, il consacrera à l’art urbain une série d’expositions collectives : « Burner Prize » en 2003, « Santa’s Ghetto » entre 2000 et 2007, « Can’s Festival » en 2008…

2003 L’aura planétaire de Banksy est indissociable de son immense visibilité médiatique, acquise au gré de canulars et de charges antiautoritaires et anticapitalistes. Son premier coup d’éclat se joue au cœur de l’institution artistique : sous un déguisement, l’artiste s’infiltre en 2003 dans divers musées à Londres et New York, et accroche ses œuvres au milieu des collections permanentes. Un an plus tard, Banksy s’introduit au Louvre et y présente sans autorisation un détournement de La Joconde. Filmées par un complice, puis compilées en 2005 dans son ouvrage à succès Wall and Piece (Guerre et Spray pour la version française), ces performances ont valeur de manifeste : elles pointent l’élitisme des institutions et leur dédain des cultures populaires, mais révèlent aussi un Banksy désireux d’en être. D’ailleurs, c’est très officiellement qu’il infiltrera en 2009 le Bristol Museum.

2006 Alors qu’il bat ses premiers records en salles des ventes et expose régulièrement ses œuvres à la galerie Lazarides, Banksy marque son indépendance à l’égard du marché en produisant d’extravagants solo shows. En 2006, il organise dans un ancien entrepôt de Los Angeles l’exposition « Barely legal ». Clou du spectacle : un éléphant en chair et en os, que l’artiste a entièrement couvert de peinture. Les années qui suivent confirment son désir de doser ses apparitions au gré d’expositions spectaculaires. Défenseur de la cause animale, il expose une fausse animalerie à New York en 2008. De retour dans la métropole américaine en 2013, il y présente une exposition à ciel ouvert au titre manifeste : « Better out than in ». En 2015, il va jusqu’à aménager dans une ancienne piscine de Weston-super-Mare (Angleterre) « Dismaland », un vrai faux parc d’attractions.

2010 Sortie de Faites le mur. Dans ce documentaire, Banksy règle à nouveau ses comptes avec le monde de l’art. À travers l’édifiant parcours du street-artiste Thierry Guetta, alias Mister Brainwash, il y décrit le dévoiement du street art en simple marchandise, et dénonce la mue d’une pratique « vandale » en art « vendu ». Banksy n’y élude pas tout à fait sa propre responsabilité : « J’utilise l’art pour contester l’ordre établi, ironise-t-il dans le dossier de presse du film, mais peut-être que j’utilise simplement la contestation pour promouvoir mes œuvres. »

2018 Le 5 octobre, en guise de nouveau pied de nez au marché de l’art, Banksy détruit l’une de ses œuvres, Girl with Ballon, immédiatement après son adjudication chez Sotheby’s pour 1,2 million d’euros. Par une belle ironie du sort, une version in situ du pochoir figurait dans Wall and Piece avec cette légende : « Quand l’heure est venue de partir, contente-toi de t’éloigner en silence et ne fais pas de vagues. » S’il s’agissait pour l’artiste d’acter sa rupture définitive avec le marché de l’art, c’est donc raté : non seulement le mécanisme imaginé par Banksy fonctionne mal et ne détruit qu’une partie de l’œuvre, mais l’immense buzz qui suit l’attentat artistique laisse présager un nouvel emballement de sa cote. Suspecté de collusion avec Christie’s, il en vient à se justifier sur son compte Instagram. À son corps défendant (?), sa révolte contre le spectacle s’est retournée en spectacle de sa révolte…

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°510 du 2 novembre 2018, avec le titre suivant : Banksy, le militant de l’art urbain a le sens du spectacle et des affaires

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