Controverse autour de la commande d’une sculpture de Sean Scully pour l’ambassade des Etats-Unis à Londres

Par Julien Rocha · lejournaldesarts.fr

Le 10 décembre 2013 - 444 mots

WASHINGTON (ETATS-UNIS) [10.12.13] – La commande d’une sculpture en granit coloré de l’artiste abstrait Sean Scully, pour le compte de l’ambassade américaine à Londres, n’est pas du tout bien perçue par la presse américaine qui s’insurge contre les dépenses importantes du Département d’Etat en plein contexte de coupures budgétaires.

Dans le cadre de son programme « Art in Embassies » lancé il y a 50 ans, qui consiste à doter ses ambassades à travers le monde d’œuvres d’art destinées à promouvoir « le dialogue interculturel et la compréhension mutuelle à travers les arts visuels et les échanges d’artistes », le Département d’Etat des Etats-Unis a commandé à Sean Scully, artiste américain né en Irlande, une sculpture en granite coloré d’une valeur d’un million de dollars (plus de 728 000 euros). Cette mesure provoque un débat dans la presse américaine puisqu’elle intervient en période de coupes budgétaires et qu’elle a été signée le 23 septembre 2013, soit quelques jours avant le « shutdown » justement lié à la mésentente des membres du Congrès au sujet du budget à accorder à l’administration américaine pour l’année 2014.

La dépense totale du Département d’Etat dans l’édition 2013 du programme « Art in Embassies » est de 2,5 millions de dollars (environ 1,8 million d’euros). En plus de la sculpture de Sean Scully à 1 million, le quotidien DailyMail, s’appuyant sur la publication des achats du gouvernement américain sur le site officiel Federal Business Opportunities, a précisé qu’ont aussi été commandés une statue en bronze de Donald Baechler intitulée Flower pour l’ambassade à Islamabad (120 000 dollars, soit environ 87 000 d’euros), une mosaïque murale du Miotto Mosaic Art Studio pour Brasilia (150 000 dollars, environ 109 000 euros), et une œuvre intitulée Black Arch pour Jeddah, en Arabie Saoudite, faite par le couple d’artistes saoudiens Raja et Shadia Alem (150 000 dollars).

D’après le site Internet anglais d’art contemporain Artlyst, la porte-parole du Département d’Etat, Marie Harf, se serait justifiée en évoquant « le rôle de premier plan » du programme, ainsi qu’ « un bon usage de [leur] ressources limitées » puisque les œuvres d’art représenteraient « une part importante de [leur] présence diplomatique outre-Atlantique. » 

Un article du Washington Times du 2 décembre 2013 dénonçait par ailleurs les dépenses du Département d’Etat en alcool à destination des événements diplomatiques des ambassades américaines à l’étranger, à hauteur de 180 000 dollars (environ 131 000 euros). Selon les journalistes, ce type d’achat « immodéré » opéré avec l’argent du budget annuel interviendrait très souvent dans les derniers jours de l’année fiscale du gouvernement, afin de dépenser le reliquat et ainsi éviter de recevoir des coupes budgétaires l’année suivante.

Légende photo

L'ambassade des Etats-Unis à Londres - © Photo Basher Eyre - 2008 - Licence CC BY-SA 2.0

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