Profession

Luthier du quatuor

Par Sophie Flouquet · Le Journal des Arts

Le 21 mai 2008

Ce métier du bois et de la musique consiste à fabriquer, régler, restaurer et expertiser violons, altos, violoncelles et contrebasses.

Les mains et les oreilles. À en croire les professionnels, tels sont les deux principaux outils qui servent à fabriquer les instruments à cordes frottées entrant dans le registre de la lutherie du quatuor à cordes (violons, altos, violoncelles et contrebasses). Alliant manche et caisse de résonance, ces instruments sont fabriqués entièrement en bois, choisi pour ses propriétés acoustiques. « Le métier de luthier s’apparente à la pratique musicale : comme le musicien, on ne peut pas déléguer, explique Patrick Robin, l’un des meilleurs luthiers français contemporain. Et s’il requiert une somme de connaissances théoriques et une longue expérience, il est avant tout affaire de sensations. » Manuel et mélomane, spécialiste du travail du bois et musicien amateur, le luthier est en effet un professionnel doté de compétences multiples. Celles-ci passent par la chimie car les luthiers fabriquent leurs propres vernis, qui participent de la sonorité de l’instrument, mais aussi par la capacité d’analyse de l’instrument, établie sur une solide culture musicale et historique. « Il faut surtout être d’une grande patience », note à son tour Roland Terrier, luthier à Mirecourt (Vosges), haut lieu de la lutherie française où s’est illustré Jean-Baptiste Villaume, le « Stradivarius français » du XIXe siècle. « Pour le reste, il est toujours possible de s’améliorer. »

Bouche à oreille
Formé en Angleterre puis en Allemagne, Patrick Robin a fait le pari de se spécialiser exclusivement dans la fabrication d’instruments. Installé depuis 1988 à Angers, il en crée ainsi une dizaine par an, qu’il vend à des musiciens de tous horizons, les deux tiers de sa clientèle étant étrangère. « À l’époque, nous étions peu nombreux à faire ce choix car la concurrence avec les instruments anciens était encore très forte », raconte-t-il. Les choses ont depuis sensiblement évolué. « Le niveau de la lutherie a énormément progressé au cours de ces vingt dernières années. La profession, qui était auparavant très secrète, s’est ouverte aux échanges, à l’analyse scientifique. Des instruments plus intéressants ont été proposés aux musiciens alors que les instruments anciens devenaient inabordables, d’où un regain d’intérêt pour la création contemporaine. » Les musiciens viennent ainsi à la rencontre d’un luthier dont ils ont entendu ou essayé un instrument. « Ils choisissent un univers, et ensuite, je pratique du sur-mesure », explique Patrick Robin. Pourtant, si de nombreux musiciens optent aujourd’hui pour des instruments contemporains, la clientèle, qui ne se constitue que grâce au bouche à oreille, doit se renouveler en permanence car l’achat est souvent unique. D’où une réelle difficulté à émerger pour les jeunes luthiers, obligés de passer, comme les musiciens, par l’étape des concours internationaux. Cela dans le contexte de l’apparition d’une nouvelle concurrence asiatique, qui leur a raflé le marché des violons d’étude. « La création d’un nouvel atelier dans le domaine de la fabrication demande des compétences élevées tant au plan artistique que commercial pour s’imposer dans un marché dont le niveau de qualité progresse sans cesse », souligne-t-on, en forme d’avertissement, à la Chambre syndicale de la facture instrumentale.
De nombreux professionnels ont donc opté pour d’autres voies, principalement la restauration d’instruments anciens. C’est le cas de Roland Terrier, spécialisé par ailleurs dans l’histoire de la lutherie et dans l’expertise. Ses interventions peuvent atteindre une centaine d’heures quand la qualité de l’instrument le justifie. « Le plus souvent, nous mettons l’instrument au goût du jour car les pratiques ont beaucoup évolué, explique néanmoins le luthier. Par exemple, autrefois, on ne jouait pas du violon lorsque l’on avait de petits doigts… » Pour Jean-Jacques Pagès, lui aussi installé à Mirecourt après une formation à l’école de Mittenwald, en Allemagne, puis chez Étienne Vatelot – célèbre luthier parisien, aujourd’hui retraité, qui fut à l’origine de la création de la seule école nationale –, un autre mal touche également sa profession : l’euro fort, qui réduit les possibilités de travail à l’étranger. Jean-Jacques Pagès a ouvert voici quatre ans un organisme de formation privé qui accueille une dizaine d’élèves pour un cursus d’une durée de trois années. « La formation traditionnelle dans les ateliers avec un maître d’apprentissage se pratique de moins en moins, justifie-t-il, car les professionnels n’en ont plus le temps ni les moyens. » Patrick Robin le reconnaît : c’est grâce au dispositif des maîtres d’art qu’il a pu former un assistant, aujourd’hui installé à son compte, contribuant ainsi à perpétuer ce savoir-faire exclusivement manuel apparu au XVIe siècle.

FORMATION

Il n’existe qu’une seule école nationale en France ; elle est située à Mirecourt, haut lieu de la lutherie depuis le XVIIe siècle.

- DMA (Diplôme des métiers d’art) « Lutherie », lycée Jean-Baptiste-Vuillaume-de-Mirecourt, 5, avenue Graillet, 88503 Mirecourt, tél. 03 29 37 06 33. Durée : 2 ans, précédée d’une année de mise à niveau. Une année supplémentaire de formation post-DMA, consacrée à la restauration, est en cours de création.

- CAP « Lutherie », destiné aux candidats n’ayant pas le profil pour intégrer le DMA et ayant un maître d’apprentissage, SEPR, centre de formation d’apprentis, 46, rue Professeur-Rochaix, 69003 Lyon, tél. 04 72 83 27 28, www.sepr.edu

- École internationale de lutherie et d’archeterie d’art Jean-Jacques-Pagès, 70, rue Chanzy, 88500 Mirecourt, tél. 03 29 37 11 33, www.pagesluthier.com.
Centre de formation privé. Durée : 3 ans.

À l’étranger :
- Newark and Sherwood College, Friary Road, NG241TB Newark, Grande-Bretagne, www.newark.ac.uk. Durée : 3 ans.

- London Guildhall University, 41 Commercial Road, E1 1LA Londres, Grande-Bretagne. Durée : 5 ans.
- Schule für Geigenbau und Zupfinstrumentenmacher, Partenkirchner Str. 24, Mittenwald, Allemagne, tél. 49 8823 1353. Durée : 3 ans et demi.

- Scuola Internazionale di Luteria (IPIALL), Corso Garibaldi, 26100 Cremona, Italie, tél. 39 0372 27129, stradivari@graffiti.it, www.graffiti.it/stradivari. Durée : 5 ans.
- Scuola di Liuteria di Parma, Associazione Culturale Liuteria Parmense, Borgo San Giuseppe 13, 43100 Parme, Italie, tél. 39 0521 645 706.

- Civica Scuola di Liuteria di Milano, Via Noto 4, 20141 Milan, Italie, tél. 39 0257409945, info@civicascuoladiliuteria.it

- Geigenbauschule, Oberdorfstrasse 94, CH-3855 Brienz, Suisse, tél. 41 33 951 18 61, www.geigenbauschule.ch. Durée : 4 ans.

Renseignements :
Chambre syndicale de la facture instrumentale, 62, rue Blanche, 75009 Paris, tél. 01 48 74 76 36, www.csfimusique.com

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°282 du 23 mai 2008, avec le titre suivant : Luthier du quatuor

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