Mercredi 30 septembre 2020

Enseignement

Diversification

Des écoles d’art s’ouvrent à la formation continue

FRANCE

Depuis 2013, les artistes ont droit à la formation professionnelle. Pourtant, peu en bénéficient et rares sont les écoles d’art publiques à investir ce marché.

L’Association pour la formation des activités du spectacle (Afdas) existe depuis 1972, mais il a fallu attendre 2013 pour que la loi dote les artistes plasticiens d’un droit à la formation. À condition de cotiser à l’Agessa ou à la Maison des artistes (qui reversent à l’Afdas les collectes), les artistes-auteurs peuvent aujourd’hui choisir parmi un catalogue de formations, non « diplômantes », mais certifiées. Alors que le droit à la formation est une avancée notable pour le statut social de l’artiste, cette nouveauté reste largement méconnue : d’abord, l’offre souvent ancienne se limite à des formations très techniques, puis, plus étonnant, les écoles d’art laissent ce marché aux organismes privés.

Cependant quelques pionniers se sont lancés sur le marché. Ainsi, depuis 2007, l’École nationale supérieure de la photographie (ENSP) d’Arles a conçu une quarantaine de modules d’abord thématiques (prise de vue, portrait, chambre, traitement numérique), puis spécialisés, à l’aune des changements technologiques (Photoshop, la numérisation des négatifs, le site internet du photographe, etc.). Avec six à huit stagiaires par module, ce sont près de 200 professionnels, artistes ou non, qui s’y succèdent l’année durant. Pour Olivier Cablat et Juan Castro, responsables de la formation, « la photographie possède des attaches autant dans le champ professionnel que dans le champ artistique, et est par ailleurs très prisée des amateurs. Des écoles comme les Gobelins ou Louis Lumière, ou des institutions comme l’INA se sont d’abord positionnées sur le secteur professionnel plus que sur la pratique artistique. Proposer la double approche, décloisonnée, a été notre force ».

Une désinformation handicapante
Dans le sillage d’Arles, l’École supérieure d’art et de design (ESAD) de Reims propose des formations classiques hebdomadaires (dessin et peinture) et des modules intensifs en photographie, design culinaire (unique formation française certifiée en la matière), sérigraphie, impression 3D et logiciels open source. Seuls ces deux derniers modules sont renouvelés systématiquement, avec moins d’une quinzaine de stagiaires par an. « L’information circule mal. Peu d’artistes savent qu’il faut nous consulter, faire un devis, le soumettre à l’Afdas pour enfin s’inscrire », remarque Catherine Lesprit, responsable de la formation à l’Esad de Reims. Un diagnostic que confirme une administratrice de l’Afdas : « Les artistes plasticiens sont aussi demandeurs de disciplines moins technologiques, plus techniques ou traditionnelles. Si les écoles d’art sont réticentes à développer leur offre, c’est aussi parce que la demande est mal identifiée. »

Parmi les blocages qui freinent l’éclosion d’un marché prometteur, le défaut d’information est cité par tous et s’illustre en chiffres : l’Afdas compte moins de 10 000 abonnés à ses différents supports de communication, tandis que les affiliés de l’Agessa et de la Maison des artistes-Sécurité sociale (MdA-SS) sont déjà plus de 50 000, sans compter les assujettis encore plus nombreux. L’Agessa et la MdA-SS, dirigées depuis peu par un même directeur, ont donc un rôle important à jouer. Le second frein est sans doute culturel: beaucoup d’artistes n’ont pas le réflexe d’interroger la formation continue, pour des questions techniques (dessin, etc.), ou de professionnalisation (trouver une galerie, perfectionner ses éditions, etc.).

Reste évidemment la question de la rentabilité, plus complexe qu’il n’y paraît. Les faibles effectifs ne compensent pas les prix modiques : les journées sont facturées entre 150 et 400 euros selon les écoles, pour des modules variant de deux à cinq jours. À Arles, l’équilibre a été atteint en quatre ans. La prime ira donc aux écoles ayant le courage de monter des modules rentables seulement à moyen terme. C’est le pari de la Haute école des arts du Rhin (HEAR), qui inaugure dans un mois son « école d’été ». Le parti pris transversal est inédit, puisqu’il faut choisir entre le « répertoire » de l’artiste (avec quoi travaille-t-il ?) et la « collaboration » (avec qui). L’offre est conçue en classes de douze stagiaires, avec quelques idées fortes comme les « binômes théoricien-praticien » pour tous les cours et une palette largement pluridisciplinaire, qui fait intervenir l’École nationale supérieure d’architecture et le Théâtre national de Strasbourg. David Cascaro, directeur de la HEAR, résume : « Dans la profession d’artiste, les occasions de se confronter à l’autre ne sont pas institutionnalisées. C’est le défi que je veux relever avec la formation continue. »

Légende photo

La Haute école des Arts du Rhin (HEAR), à Strasbourg. © Photo Freddo

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°458 du 27 mai 2016, avec le titre suivant : Des écoles d’art s’ouvrent à la formation continue

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