Mardi 18 décembre 2018

Ecole d'art

Choisir son école d’art : envie d’expérience à l’étranger ?

Par David Robert (Correspondant à Rio de Janeiro) · L'ŒIL

Le 17 février 2017 - 1719 mots

Le séjour hors de France est devenu l’un des moments clés de la formation des artistes et des designers, comme pour les ingénieurs, les commerciaux et les littéraires dans les universités françaises. Avant de choisir leur formation, les futurs étudiants doivent donc regarder les partenariats ou les projets à l’étranger que les écoles proposent.

« J’ai atterri le samedi, commencé le lundi. Je ne parlais pas portugais, je n’avais jamais mis les pieds au Brésil. Un mois plus tôt, Ernesto Neto avait enfin répondu deux mots, “yes, come!” à l’une de mes nombreuses relances. Sur la foi de ces deux mots, l’école a accepté que je parte. Je voulais travailler aux côtés d’un grand artiste, loin de France. Je suis resté six mois dans son atelier. Inoubliable. » Comme Nivine Chaikhoun, scénographe diplômée des Beaux-Arts de Lyon en 2015, une moitié des 3 500 élèves entrant chaque année dans une des quarante écoles supérieures d’art françaises connaîtra une expérience à l’étranger.

La génération Erasmus décrite par Cédric Klapisch dans L’Auberge espagnole est arrivée tardivement dans les écoles d’art, à l’heure de l’uniformisation des diplômes (licence et master). Mais, aujourd’hui, tous les « beaux-arts » de France, écoles publiques dispensant un diplôme national supérieur d’expression plastique (DNSEP, grade de master) option art ou design, proposent échanges et séjours à l’étranger. Les voyages longs sont majoritairement effectués en 4e année (en M1), même si beaucoup d’écoles offrent aussi des options de mobilité en 2e et 3e années (L2 et L3), voire en post-diplôme.

Les partenariats avec des écoles étrangères
Qui sont ces partenaires internationaux ? Les écoles ont noué au minimum une trentaine de conventions d’échanges en Europe et presque autant en dehors. Les plus courtisées sont l’Accademia di Brera, à Milan (Italie), qui compte pas moins de treize écoles partenaires en France, ou encore la Central Saint Martins, à Londres, La Cambre, à Bruxelles, ou la Haute École d’art et de design (HEAD) de Genève. Hors d’Europe, les écoles chinoises, indiennes (notamment Bangalore), nord-américaines (New York et Montréal), mais aussi de Colombie et du Brésil, du Maghreb et d’Afrique noire francophone sont fréquemment choisies par les étudiants français. Via le millier de partenariats noués, un étudiant en beaux-arts peut séjourner peu ou prou dans toutes les grandes villes du monde. L’École nationale supérieure des arts décoratifs (Ensad) est la championne en la matière, puisqu’elle propose pas moins de cent quinze destinations. Les séjours sont rarement obligatoires, comme à Besançon, mais l’incitation est forte, comme à Orléans, où 80 % des étudiants partent à l’étranger.

De Cergy à Kyoto et de Rouen à Porto, de Rennes à Medellín et d’Arles à Bogotá, d’Aix à Alexandrie et de Strasbourg à Johannesburg, les écoles d’art françaises ont tissé un réseau important. Mais, prudence, la carte du monde ornée d’épingles, sur le site Internet de l’école, peut se révéler trompeuse. L’identité internationale d’une école est moins déterminée par les conventions types que par les projets originaux qui impliquent davantage les étudiants. En d’autres termes, Erasmus est un outil facilitateur autant qu’un passage obligé, mais les écoles les plus prestigieuses n’accueillent qu’un ou deux étudiants par an. À l’inverse, la richesse retirée des workshops, résidences et expositions est d’autant plus notable qu’elle peut concerner jusqu’à des promotions entières, de quelques jours à plusieurs mois.

Il existe une grande diversité de projets mis en œuvre par les équipes pédagogiques. Souvent, leur origine tient à l’histoire personnelle des professeurs. Jacques Malgorn est professeur titulaire à l’École supérieure d’art de Clermont Métropole. Photographe et fils de grands voyageurs, il a développé une expertise sur l’art de l’Afrique de l’Ouest. « Depuis quinze ans, je vais à Cotonou deux fois par an. En 2012, nous y sommes allés dans le cadre d’un Atelier de recherche et création (Arc). Le projet a bien fonctionné et a été reconduit chaque année. » Entre trois et cinq étudiants de master partent un mois et demi, accompagnés par de jeunes diplômés. Dans cette résidence sans lieu fixe, chacun vient avec un projet et est mis en relation avec des artistes béninois. Amandine Capion s’apprête à y retourner en tant que diplômée : « J’ai choisi cette résidence pour travailler sur les matériaux de construction qu’on trouve ici. En quelques jours, on se plonge dans une logique de production. La connaissance du réseau local de Jacques nous met dans d’excellentes dispositions. »

La pertinence des projets
Dans des disciplines pointues, certains partenariats participent de la légitimité du diplôme à construire. En design textile, l’École nationale supérieure des arts décoratifs (Ensad) a noué son premier double diplôme avec l’université japonaise de Bunka Gakuen, à Tokyo : les promotions sont mélangées pendant deux ans, les Parisiens partant pendant leur 4e année, les Japonais venant à Paris pour la 5e, garantissant une double culture technique et un réseau durable dans les deux villes.

À Limoges, l’École nationale supérieure d’art est une référence européenne en matière de céramique. Chaque année depuis 2011, les étudiants du post-diplôme « Kaolin » partent étudier trois mois à Jingdezhen (province du Jiangxi, à 500 km à l’ouest de Shanghai), un des principaux studios chinois de recherche et de création en céramique. Les étudiants y découvrent un savoir-faire ancestral et une pédagogie différente.

Dans la même logique, l’École européenne supérieure de l’image (Angoulême-Poitiers) a créé des programmes d’étude liés à ses deux spécialisations : À Poitiers, un atelier de recherche et création (Arc) a été conçu avec l’université du Québec à Montréal, pour bénéficier de l’expertise de la Biennale des arts numériques, référence mondiale en la matière ; à Angoulême, une classe internationale rassemble des étudiants de tous les pays possédant une tradition de bande dessinée (Maroc, Viêtnam, Mexique, Argentine).

Au rang des projets les plus originaux, l’École supérieure d’art de l’agglomération d’Annecy (ESAAA) a créé l’ESAAA-Mobile, un dispositif itinérant pour les étudiants de M1, option art. Durant quatre mois, les étudiants découvrent plusieurs villes pour y recevoir des cours, produire et visiter, avec une programmation spécifique en fonction du lieu et du moment. « Cette année, ESAAA-Mobile fabrique une école appuyée sur quatre grandes manifestations internationales », explique Stéphane Sauzedde, directeur de l’école : vingt jours en février à Québec pour la Biennale, puis un long mois à Athènes pour la Documenta ; en mai à Venise pour la Biennale, puis en juin à Kassel pour le second site de la Documenta. « L’école loue deux appartements en colocation pour la dizaine d’étudiants concernés, et prépare son réseau de “complices” sur place, pour animer et enseigner. » D’autres écoles envisagent la découverte de l’étranger sous l’angle politique. À cet égard, le workshop organisé à Ramallah, en Palestine, par l’École nationale supérieure d’art de Bourges marque durablement ses participants. À Besançon, le principal axe de recherche de l’école s’intitule « fronts et frontières », et c’est dans ce cadre que l’école travaille avec la HEAD de Genève. Son programme international a été baptisé « Vers une école monde », et son principal projet emmène une vingtaine d’étudiants à Athènes pendant plusieurs mois.

Projets communs
Il existe enfin des partenariats communs à plusieurs écoles, comme celui mené par l’École nationale supérieure d’art (Ensa) de Nancy à Shanghai (Chine). Il s’agit d’une plateforme de recherche, « Création et mondialisation », où l’école possède ses propres locaux pour accueillir des étudiants de dix écoles d’art françaises (huit à neuf diplômés pour une durée d’un an et des M1 pour un court séjour). « Il ne s’agit pas d’une résidence, mais bien d’un programme de recherche qui permet à de jeunes créateurs, artistes et designers, de mettre à l’épreuve leur travail dans l’espace le plus mondialisé de la planète. En cela, c’est moins la Chine que le cosmopolitisme qui y règne qui nous intéresse, la mégapole constituant l’atelier de travail », explique Christian Debize, directeur de l’Ensa Nancy. Moins loin, la Haute École des arts du Rhin (HEAR) de Strasbourg organise un workshop au sein de l’École de design de Bâle (Suisse), qui réunit soixante étudiants de huit écoles françaises.

Les écoles montent aussi des expositions, souvent pour les post-diplômes, fruits des expériences mentionnées. En février, on pouvait voir aux Beaux-Arts de Lyon un accrochage résumant cinq années de partenariat avec le Digital Art Center de Taipei (Taïwan). Des liens comme il en existe entre Grenoble-Valence et Bucarest (Roumanie), ou entre Dunkerque-Tourcoing et Tianjin (Chine).
Les écoles françaises offrent des possibilités infinies, largement financées par les collectivités de tutelle (souvent avec l’appui de l’Institut français) et grâce à la charte Erasmus, qui a trente ans cette année. Cette dernière aura aidé les écoles à développer une véritable identité internationale, immense atout pour un réseau d’écoles publiques fragilisé, mais qui reste unique au monde par sa densité.

Bilal Hadjab
3e année à l’École nationale supérieure d’art de Bourges. Quinze jours à Ramallah (Palestine), en avril 2016, dans le cadre du programme Re:territories.
« Avec les étudiants du pôle architecture de Bir Zeit et ceux de l’Académie des arts de Ramallah, nous avons travaillé sur des projets communs, autour des notions de territoires et d’espaces architecturaux : créer des maquettes, repérer des lieux particuliers. Il est intéressant de voir que les discussions sur le médium artistique sont prioritaires, plus naturelles. La question politique arrive après coup, quand l’abandon des premiers clichés permet de dépasser l’image médiatique déformée qu’on a en arrivant. »

Coralie Simmet
5e année à l’École supérieure d’art et de design de Grenoble-Valence. Un semestre au Srishti Institute of Art de Bangalore (Inde) en 2016.
« L’Inde m’attirait, notamment pour sa tradition textile. Là-bas, j’ai suivi plusieurs ateliers, notamment théoriques, de la mythologie indienne aux nouvelles technologies dans le monde du design. En cours de tissage, le workshop avec Erroll Pires sur la technique du “ply-split braiding” restera un grand souvenir. »

Marianna Capuano
Diplômée de l’École nationale supérieure d’art de Dijon. Résidence à Cotonou (Bénin) pendant un mois, fin 2016.
« J’étais la première étudiante de l’école envoyée à Cotonou, où le Centre arts et culture avait déjà accueilli des artistes internationaux aux côtés des artistes béninois présents. Je n’avais aucune connaissance du pays, mais j’avais fait des recherches sur le lac de Cotonou, où je voulais tourner un film. J’ai pu profiter d’une grande autonomie, d’un budget de production adéquat et de belles conditions d’exposition.

Légende Photo

l'ENSAD, Paris © Photo : Philippe Chancel / ENSAD.

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Cet article a été publié dans L'ŒIL n°699 du 1 mars 2017, avec le titre suivant : Choisir son école d’art : envie d’expérience à l’étranger ?

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