Dimanche 15 septembre 2019

Profession

Au chevet des photojournalistes

Par Sophie Flouquet · Le Journal des Arts

Le 22 septembre 2010 - 857 mots

Le ministre de la Culture a présenté quinze propositions pour tenter de sortir le secteur de l’ornière.

Comment enrayer la crise économique et sociale qui touche le métier de photojournaliste (lire le JdA no 238, 26 mai 2006, p. 36) ? Alerté par plusieurs organisations syndicales sur la baisse constante des budgets alloués par la presse à la photographie, et à la suite de la fermeture de plusieurs agences historiques, le ministre – qui se dit amateur de photographie – a tenté d’avancer des pions lors du rendez-vous annuel des professionnels, la 22e édition du festival Visa pour l’image, qui s’est tenue à la fin août à Perpignan. Lors d’une conférence de presse, Frédéric Mitterrand a ainsi présenté les quinze recommandations d’un rapport émanant de l’Inspection générale des affaires culturelles commandé en janvier 2010. « La situation est paradoxale : jamais le monde n’a autant disposé d’une telle offre d’informations et de photos, grâce notamment à Internet et aux formidables progrès techniques des dispositifs de diffusion de masse. Et cette situation ne profite pas, ou peu, aux professionnels de l’information que sont les journalistes, et parmi eux, aux photojournalistes », souligne le rapport. L’objectif est donc de soutenir une profession de plus en plus fragilisée, comme le montrent les données réunies dans ce document. Les effectifs demeurent toutefois assez modestes : moins de 2 000 photojournalistes ont été recensés, dont 1 124 titulaires de la carte de presse. Le revenu moyen de ses professionnels – à forte dominante masculine – demeure par ailleurs correct (2 800 euros brut mensuels pour les photographes salariés), mais le rapport insiste sur l’existence d’une frange, celle des pigistes, en proie à une plus grande précarité (29 % d’entre eux touchent moins de 1 200 euros brut par mois). Les rapporteurs s’inquiètent également de la moyenne d’âge élevée (entre 45 et 50 ans) des photographes, signe d’un faible renouvellement de la profession. Si, malgré ces quinze propositions (création d’un observatoire de la profession, soutien à la création, aide à l’acquisition de matériel, commandes publiques aux grands reporters…), les rapporteurs, Marie Bertin et Michel Balluteau, n’ont pas vraiment inventé la martingale, ils semblent avoir pris la mesure de l’ampleur du problème. Mais aussi des difficultés, pour l’autorité politique, à intervenir dans un secteur de libre entreprise et dans les rapports privés entre éditeurs et photographes, d’autant plus que la presse traverse une crise sans précédent. Selon les données fournies par le rapport, la presse magazine – la plus touchée – serait ainsi revenue « quinze ans en arrière » en termes de recettes nettes de la publicité, alors que la diffusion a accusé un recul de 12,2 % entre 2002 et 2009, la baisse des ventes au numéro dépassant 16 % entre 2001 et 2009 (moins 30 % en termes d’exemplaires vendus).

Dans ce contexte, la tentation est forte de baisser le montant des rémunérations des photographes, mais aussi de recourir aux images gratuites. « La concurrence n’a jamais été aussi vive, et peu contrôlable, sur un ensemble gigantesque et mouvant de pages d’information, qui participent sans aucun doute à la déstabilisation de la presse écrite d’information qui perd régulièrement des lecteurs », indique le rapport. Un argument réfuté par les syndicats, qui insistent sur les mauvaises pratiques de certains éditeurs de presse. « Ce n’est pas la prétendue crise de la presse qui peut expliquer la crise du photojournalisme, affirme-t-on au Syndicat national des journalistes. Il faut établir un lien entre crise éditoriale de la presse et crise de la presse. » Si le ministre ne peut agir sur ce point, Frédéric Mitterrand souhaiterait en revanche clarifier l’utilisation de la mention « D. R. » (pour « droits réservés »).

Créée pour désigner les images orphelines, dont les titulaires des droits d’auteur et droits voisins n’ont pu être identifiés malgré des « recherches avérées et sérieuses », selon les termes du Conseil supérieur de la propriété littéraire et artistique (CSPLA), cette mention recouvre aujourd’hui des réalités plus triviales. Elle est ainsi souvent utilisée de manière inappropriée pour désigner des photographies libres de droit fournies par des services de presse – ayant rétribué un auteur en amont ; des photographies protégeant un auteur ne souhaitant pas être reconnu ; mais aussi des images ayant un auteur non identifié lors de la publication, faute de recherches suffisantes. C’est peut-être la chance des professionnels : ce sujet ne l’engageant pas financièrement, le ministère dispose de toute sa capacité pour agir rapidement.

Les recommandations du CSPLA, notamment la création d’un système de gestion collective des droits des photographies orphelines, pourraient ainsi se concrétiser, à la suite de plusieurs travaux parlementaires. La balle est désormais dans le camp du ministère de la Culture pour ouvrir ce chantier législatif. Cette disposition n’influera sans doute pas fondamentalement sur l’avenir des photojournalistes, car si les auteurs d’images publiées en « D. R. » peuvent se voir reverser les sommes perçues par cet organisme encore à créer, celles-ci risquent d’être limitées. Mais elle aura au moins le mérite de mettre un peu d’ordre dans des pratiques qui brouillent l’image de la profession.

L’intégralité du rapport est consultable sur le site www.culture.gouv.fr

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°331 du 24 septembre 2010, avec le titre suivant : Au chevet des photojournalistes

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