Lundi 24 septembre 2018

Aristophil, le juge rejette toutes les offres de reprise

Par Vincent Noce · lejournaldesarts.fr

Le 26 mai 2016 - 596 mots

PARIS [26.05.16] - Le juge-commissaire a retoqué les quatre offres de reprise de la société de ventes de manuscrits Aristophil, dont l’une estimée proche des anciens actionnaires.

Retour à la case départ pour la société de ventes de manuscrits Aristophil. Un an et demi après le raid de police qui a mis fin à ses activités, le 9 mai 2016, le juge-commissaire chargé de la liquidation judiciaire de la firme, Guy Elmalek, a « rejeté l’ensemble des offres » de reprise, qui présentaient « trop d’aléas et d’incertitudes ». Le sort de l’investissement engagé par les milliers de clients, qui se compte en centaines de millions d’euros, demeure plus incertain que jamais. Un nouvel appel d’offres peut être lancé, mais la procédure prendrait encore des mois.

Cette offre était lourde et complexe, puisqu’elle concernait la compagnie elle-même, impliquant la poursuite des inventaires et des actions en cours. Elle ne donnait pas les clés du trésor : les collections de manuscrits, vendues par Aristophil en indivision, dont la gestion et la revente devront faire l’objet d’offres séparées. Cependant, elle permettait à un investisseur de se placer en bonne position pour cette seconde étape. Trois sociétés, Incunables de Patrick Le Lay, Magnus, de Nicolas Philippe, et un fonds d’investissement, Swiss Management, étaient en lice au côté de Patrimoine écrit, émanant d’une association de clients, l’AILM. Sa présence a suscité un incident, le juge commissaire évoquant dans son ordonnance des « flux financiers pouvant mettre en doute son indépendance », en infraction avec le code de commerce qui interdit à un dirigeant de se porter candidat à la reprise. Concrètement, le parquet reproche à cette association d’avoir perçu 200 000 € de Fabrice Lhéritier, le fils du fondateur d’Aristophil. Pour le cabinet Lysias, qui défend les parties civiles, ces faits « ne font que renforcer les doutes sur les liens de l’association avec la famille Lhéritier et sur son intégrité ».

Directeur commercial de Patrimoine Ecrit, Frédéric Vieillard se dit « très déçu », assurant que son offre avait pratiquement réuni les conditions financières requises: « c'est un prétexte. Ces 200 000 € ont été encaissés dans une campagne de dons ouverte par l’association. C’était une erreur sans doute, mais un mois et demi plus tard, consciente du risque, elle les a rendus à l’intéressé, sans les avoir utilisés ». Patrimoine Ecrit n’a pas désarmé puisqu’elle compte bien « se proposer désormais pour gérer et vendre des collections en indivision ».

Quant à l’instruction ouverte pour escroquerie en bande organisée et blanchiment, elle ne progresse guère. Après Gérard Lhéritier et sa fille, les dirigeants des sociétés de courtage et le notaire niçois Jérôme Gautry, la juge a prononcé la mise en examen de la société elle-même. Le 24 mars, cependant, la chambre de l’instruction a rejeté les demandes du professeur de droit Jean-Jacques Daigre, impliqué dans la procédure comme témoin assisté, qui réclamait la nullité des perquisitions, des saisies et de sa propre garde à vue. Il ne pouvait notamment être protégé par son statut d'avocat en raison des soupçons pesant sur son engagement envers Aristophil.

Toute une série de pourvois de cassation ont été engagés, contre cette décision et d'autres concernant la saisie de plus de cent millions d'euros sur les comptes. Enfin, dans ce méli-mélo de procédures, le cabinet Poloni-Lecoq-Vallon a engagé une action contre la Société Générale, considérée comme co-responsable du désastre. Celle-ci se retrouve en position délicate depuis que Canal a révélé qu'elle aurait fait l'objet d'une alerte de sa cellule anti-blanchiment sur les risques présentées par Aristophil, qui avait transféré ses comptes chez elle.

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