Aristophil au-dessus du vide

Par Vincent Noce · Le Journal des Arts

Le 15 mars 2016

La société mise en liquidation devrait être fixée fin mai sur une reprise éventuelle.

PARIS - Quatre sociétés se sont proposées pour reprendre le négoce de manuscrits Aristophil devant le tribunal du commerce de Paris. À la date limite du 8 mars, se sont inscrites la société Patrimoine Écrit, émanant d’une association d’épargnants (AICLM) ; Magnus Finance, de Nicolas Philippe, qui a les sympathies d’autres associations de victimes ; Nominoë, compagnie de l’ancien P.-D.G. de TF1 Patrick Le Lay ; ainsi qu’un fonds d’investissement luxembourgeois, représenté par une société suisse. Ce qui leur est proposé cependant est la reprise de certains actifs de la société, mais, dans ce méli-mélo de procédures, le sort des collections vendues en indivision mais conservées par Aristophil a été disjoint.

Ce fonds, qui constitue la véritable richesse, a été confié à une administratrice provisoire, Me Monique Legrand, qui avait décidé d’en confier la garde et la vente éventuelle à Patrimoine Écrit. Le projet a cependant été contrecarré par les mandataires judiciaires d’Aristophil, furieux de cette initiative court-circuitant leur procédure au tribunal du commerce. Il avait aussi suscité la réaction d’avocats de victimes qui s’inquiétait de sa proximité avec les anciens responsables et courtiers d’Aristophil (1).

Un compromis a été acté le 22 février par le tribunal. Me Legrand est désormais autorisée à désigner « tout prestataire de son choix, conformément à l’intérêt des indivisaires », qui sont co-propriétaires de chacune des collections. Cette désignation ne pourrait cependant « en aucun cas intervenir avant la décision du tribunal du commerce » sur la reprise des actifs de la société, attendue à la fin mai.

Ouverture de crédit
D’autre part, la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Paris a refusé de libérer l’essentiel des 120 millions d’euros saisis sur les comptes de la société et de ses dirigeants. Le 29 février, les magistrats ont cependant restitué les 24 millions réclamés par la Société générale ainsi que près de 2 millions au fils de Gérard Lhéritier, Fabrice, considérant qu’il n’était pas mis en cause dans la procédure pénale. Ils constatent néanmoins que la « bonne foi de la banque peut être mise en doute au moment où elle a consenti l’ouverture de crédit à Gérard Lhéritier », alors qu’Aristophil faisait déjà l’objet d’alertes lancées par les médias et l’Autorité des marchés financiers, laquelle n’avait pas, à l’époque, autorité à agir. Cette remarque ouvre la voie à un recours en cassation contre la libération des 24 millions, et conforte les avocats qui entendent se retourner contre la banque en la tenant co-responsable du préjudice.

La cour d’appel a cependant confirmé la mise sous séquestre des 90 millions restants, en considérant comme fondé le soupçon d’escroquerie : l’offre d’Aristophil suppose une « progression infinie de la valeur des œuvres », ne reposant selon la cour « sur aucune réalité économique ». Cette somme pourrait ainsi servir à compenser un préjudice qui pourrait porter sur des centaines de millions. Gérard Lhéritier, de son côté, proclame toujours son innocence, contestant formellement avoir monté une pyramide de Ponzi, et se disant déterminé à obtenir toutes les réparations auxquelles il aura droit.

Note

(1) Le fondateur de l’AICLM et de la société Patrimoine Écrit, Frédéric Vieillard, tient cependant à préciser que « ses membres sont tous clients d’Aristophil », même si certains, dont lui, « ont pu également exercer une activité de courtiers ».

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°453 du 18 mars 2016, avec le titre suivant : Aristophil au-dessus du vide

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