Art contemporain

Affaire Kapoor - Les deux plaintes qui embarrassent Versailles

Versailles n’en a pas fini avec l’affaire Kapoor

Outre la procédure pour maintien des tags antisémites, une enquête suit son cours concernant l’autorisation tardive des travaux pour l’installation « Descension »

VERSAILLES

Deux plaintes portées par un élu local et en cours d’instruction visent le château de Versailles concernant les installations d’Anish Kapoor. L’une est relative au maintien pendant treize jours des inscriptions antisémites. L’autre, moins médiatisée, fait grief au château d’avoir entrepris les travaux sans autorisation préalable et ainsi d’avoir dégradé un monument classé.

VERSAILLES - Le château de Versailles n’en a pas fini avec les déboires judiciaires liés aux installations d’Anish Kapoor dans le parc. Plusieurs d’entre eux n’ont pas encore trouvé de dénouement, à commencer par la plainte la moins médiatisée : celle pour dégradation de monument public classé et violation du code du patrimoine, déposée dès le 17 juin par Fabien Bouglé, élu (divers droite) au conseil municipal de Versailles.

En avril, celui-ci s’émeut des travaux qui ont lieu dans l’allée royale, face au château de Versailles : l’installation constituerait selon lui une dégradation des jardins d’André Le Nôtre, classés monument historique, à partir du moment où un coup de pelleteuse est porté au « Tapis vert ». L’œuvre visée est Descension, le vortex pour lequel Anish Kapoor a enterré une cuve en béton, dont les importantes dimensions pourraient avoir dégradé le sous-sol du gazon versaillais. L’élu s’appuie sur le code du patrimoine qui impose une autorisation préalable pour tout projet d’événement ou d’installation modifiant l’intégrité d’un monument historique. Or le courrier de la Direction régionale des affaires culturelles (Drac) donnant le feu vert au montage de l’exposition date du 12 juin, soit une semaine après le vernissage et deux mois après le début des travaux. Le groupe « Versailles Famille Avenir » (divers droite, opposition) du conseil municipal saisit le Procureur de la république et porte plainte. Selon Fabien Bouglé, le procureur a diligenté une enquête préliminaire concernant les faits retenus : dégradation de patrimoine public classé et défaut d’autorisation pour l’organisation d’une exposition dans un monument classé. L’élu tient à préciser qu’il « n’est pas contre l’art contemporain et a apprécié certains artistes invités à Versailles, comme Xavier Veilhan », mais qu’il « n’apprécie pas les adorateurs de l’urinoir de Duchamp ».

Tags antisémites
Une seconde plainte a été déposée, toujours par Fabien Bouglé, le 8 septembre contre l’artiste et Catherine Pégard, présidente de l’établissement public du château, du domaine et du Musée national de Versailles, pour « incitation à la haine raciale, injure publique et complicité de ces infractions ». L’élu est épaulé par Gilles Goldnadel de l’association avocats sans frontières, une association qui lutte essentiellement contre l’antisémitisme et ne doit pas être confondue avec la branche française de l’ONG Avocat sans frontière. Cette fois, la plainte vise les inscriptions et les péripéties qui ont suivi le vandalisme. Après la découverte des tags antisémites, le 6 septembre au matin, et un moment d’indignation, l’artiste veut conserver les inscriptions, une volonté relayée par une note interne de Catherine Pégard qui demande de suivre les exigences de l’artiste. Suit la plainte du 8 septembre. Dix jours plus tard, le 19 septembre, le juge des référés du tribunal administratif de Versailles ordonne que les inscriptions ne soient plus visibles, sans délai. La direction du château de Versailles recouvre l’œuvre d’un tissu noir en attendant que les inscriptions soient effacées. Elles seront finalement recouvertes de feuille d’or, avant d’être de nouveau dégradées par d’autres inscriptions ésotériques dont la justice ne s’est pas saisie. Restent que durant treize jours, l’artiste et la direction du château ont maintenu les inscriptions visibles, ce qui pourrait valoir une condamnation symbolique.
Quelle que soit l’appréciation portée sur les procédures, selon un avocat consulté, elles auraient facilement pu être évitées. Dans le cadre de la première, il s’agit a priori d’un simple défaut d’anticipation, que le tribunal devra qualifier. Dans la seconde plainte, deux erreurs se juxtaposent : un déficit de sécurité et de surveillance (quatre dégradations entre le 17 juin, date des jets de peinture jaune, et fin septembre !) et un piètre conseil juridique, puisque la décision du juge des référés était prévisible. Laisser les inscriptions antisémites aurait créé une jurisprudence explosive.
Au moment où le Journal des Arts part sous presse, le château de Versailles qui n’a pas voulu répondre à nos sollicitations sur ces deux affaires, n’a également toujours pas annoncé l’artiste contemporain de la saison 2016. On comprend ses hésitations.

Légende photo

Anish Kapoor, Descension, 2014. Courtesy Kapoor Studio et Kamel Mennour, Paris. © Photo : Fabrice Seixas.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°448 du 8 janvier 2016, avec le titre suivant : Versailles n’en a pas fini avec l’affaire Kapoor

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