Samedi 5 décembre 2020

Economie

Une Montagne d’alternatives

Par Éric Tariant · Le Journal des Arts

Le 14 mai 2018 - 665 mots

En trente ans, la Montagne limousine est parvenue à inverser la vapeur et à troquer son image de territoire rude, décentré et dépeuplé en laboratoire de l’économie sociale et solidaire..

Économie rurale. En 1999 était publié Comment peut-on être Limousin (éd. Fanlac, Périgueux), qui brossait un panorama peu reluisant de la région. Yannick Beaubatie y brocardait un pays pauvre au climat rude, un désert humain qui suinte l’ennui, la misère sociale et le déclin démographique. Après un point bas en 1999 (710 000 habitants), la région Limousin (aujourd’hui intégrée dans la Nouvelle-Aquitaine) est, peu à peu, redevenue plus attractive (741 000 habitants en 2011) tout en parvenant à effacer son image négative. Sur le plateau de Millevaches, certaines communes ont commencé à regagner des habitants à l’image de Faux-la-Montagne (+ 15 % en cinq ans). La Montagne limousine est aujourd’hui synonyme de qualité de vie au grand air et de terre d’expérimentations et d’utopies réelles. Ce petit miracle est l’aboutissement de vingt années d’action de maires ruraux qui ont su accueillir de jeunes citadins sur leur territoire et encourager et fédérer leurs énergies (dynamisation des centres de villages, création d’un écoquartier, d’une télé locale, de festivals, de crèches et de maisons médicales..). « Nous nous sommes occupés de l’économique mais aussi du logement, du social et de la culture. Nous sommes parvenus à inverser la pyramide des âges et à créer de l’activité grâce à l’action entreprise à partir du début des années 1980 », explique Thierry Letellier, maire de La Villedieu et ancien président de la Communauté de communes du plateau de Gentioux.

Miser sur l’art contemporain, ressort de développement du territoire

L’action de ces maires a été relayée par celle de la Région qui s’est lancée, en 2001, sur le « marché alternatif » en accueillant, lors de ses « foires à l’installation en milieu rural », ceux qui veulent « changer de vie » et rêvent d’engagement associatif et de vie en collectif. Dès les années 1980 (bien avant de lancer sa politique d’accueil), le Limousin avait joué la carte de l’art contemporain, conçu comme un ressort de développement d’un territoire pauvre et enclavé, comme en témoigne la création, en mai 1982, du Fonds d’art contemporain du Limousin (FACLim) – un système unique de mutualisation en France, abondé par 58 communes de la région à hauteur de 15 centimes d’euro par habitant et par an – qui achète des œuvres que les trois départements peuvent ensuite emprunter et faire circuler sur leur territoire. En 1986 est créée l’artothèque du Limousin, l’une des plus belles de France, qui jouit d’un large réseau de diffusion grâce à une série de relais locaux. À l’origine, le Frac (Fonds régional d’art contemporain), l’artothèque et le FACLim correspondaient à trois pôles distincts. Ils ont fusionné en janvier 2015 pour former le Frac-Artothèque du Limousin. Durant l’été-automne 2017, l’exposition « Transhumance », organisée par le Centre international d’art et du paysage, a permis à une quarantaine d’œuvres du Fnac (Fonds national d’art contemporain) de circuler, au plus près des habitants, dans six communes du plateau.

Sur le plateau de Millevaches, l’économie sociale et solidaire (ESS), figure aujourd’hui parmi les plus dynamiques de France. Sur le territoire du parc naturel régional, la part d’ESS dans l’économie était de 18 % en 2009, contre 10 % au niveau national. Sur l’ensemble du plateau de Gentioux, il atteint 40 %. Ce petit territoire de 3 000 habitants compte, aujourd’hui, deux fois et demie plus d’associations que la moyenne nationale.

Les moteurs de cette dynamique sont d’abord les néoruraux – ces urbains qui s’installent dans des campagnes dévitalisées. Ils représentent ici près du quart de la population. « Les gens viennent s’installer sur le plateau car ils y trouvent des personnes mues par des valeurs de coopération et de solidarité et par la quête d’une forme d’autonomie », observe Christophe Bellec, cofondateur de Cesam-Oxalis, une coopérative créée en 2006 à Eymoutiers pour permettre à des entrepreneurs de mutualiser divers services (comptabilité, juridique, formation, etc.). « C’est l’effet boule de neige qui a permis d’atteindre une telle masse critique », conclut-il.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°501 du 11 mai 2018, avec le titre suivant : Une Montagne d’alternatives

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