Mercredi 21 novembre 2018

Justice

Un musée russe accuse le Centre Pompidou d'exposer un Malevitch volé

Par Emmanuel Grynszpan (correspondant à Moscou) · lejournaldesarts.fr

Le 6 novembre 2018 - 437 mots

ROSTOV / RUSSIE

Samovar de Malevitch aurait été volé au Musée du Kremlin de Rostov avant de réapparaître sur le marché de l’art dans les années 70.

Kazimir Malevitch Samovar (détail)
Kazimir Malevitch, Samovar (détail), 1913, 88,5 x 62,2 cm, huile sur toile, collection MoMA, New York
© The Riklis Collection of McCrory Corporation

Le Musée du Kremlin de Rostov (nord de la Russie) demande l’ouverture d’une enquête criminelle pour le vol du tableau Samovar (1913) de Kasimir Malevitch (1879-1935), actuellement exposé au Centre Pompidou dans le cadre de l’exposition « Cubisme » ouverte au public le 17 octobre dernier. Le tableau, qui a très exceptionnellement été prêté par son propriétaire actuel le MoMA de New York, aurait été dérobé au Musée du Kremlin de Rostov entre la fin des années 50 et le début des années 60. C’est à la suite d’une expertise réalisée en début d’année sur huit tableaux du musée russe, que la direction s’est rendu compte qu’il possédait une copie datant d’une cinquantaine d’années en lieu et place de l’original. 

Kazimir Malevich Samovar
Kazimir Malevich, Samovar, 1913, 88,5 x 62,2 cm, huile sur toile, collection MoMA, New York
© The Riklis Collection of McCrory Corporation

Le MoMA atteste dans son catalogue que Samovar appartenait en 1922 au Musée du Kremlin de Rostov, qui l’avait reçu dans le cadre du transfert d’une importante collection d’avant-garde russe. Sans qu’on sache comment, le tableau sort d’URSS et réapparaît en 1972 lors d’enchères chez Sotheby’s à Londres. Puis il traverse l’océan atlantique pour rejoindre en 1983 la collection « McCrory Corporation », qui appartient au milliardaire américain Meshulam Riklis. Dans le cartel du tableau exposé à Beaubourg, il est indiqué que le tableau a été « exposé au Salon des indépendants de 1914 » et a fait partie de la collection de Riklis, mais ne mentionne rien de son propriétaire soviétique.

Parmi les hypothèses sur le « chaînon manquant » entre la collection du Musée du Kremlin de Rostov et la vente par Sotheby’s figure celle du rôle possible du célèbre collectionneur soviétique d’origine grecque George Costakis. Il fut un infatigable chasseur de chef-d’œuvre de l’avant-garde entre 1946 et sa mort en 1990. Dans les années 1960, son domicile moscovite était la plaque tournante des collectionneurs internationaux d’art russe. Il fut l’un des premiers collectionneurs à être la cible de faussaires et de trafiquants d’œuvres d’art volées. Deux autres tableaux dérobés au Musée du Kremlin de Rostov ont atterri dans sa collection. Les soupçons se portent sur un certain Igor Katchourine, qui a travaillé en tant qu’expert du musée dans les années 1950, et qui aurait constitué une liste « d’œuvres à radier » de la collection. 

Le Musée du Kremlin de Rostov a informé le ministère de la Culture et la police russe, qui ont à leur tour référé au parquet général de Russie. Le musée espère l’ouverture prochaine d’une enquête criminelle et le concours d’Interpol pour récupérer son Samovar. 
 

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