Police

Malevitch volé, le musée de Rostov ne veut pas mettre d’huile sur le feu

Par Emmanuel Grynszpan (correspondant à Moscou) · lejournaldesarts.fr

Le 14 novembre 2018 - 422 mots

NEW YORK / ETATS-UNIS

Malgré l’absence de réponse du MoMA qu’il avait informé en mai 2017, le directeur scientifique du musée russe se veut diplomate.

Kazimir Malevitch Samovar (détail)
Kazimir Malevitch, Samovar (détail), 1913, 88,5 x 62,2 cm, huile sur toile, collection MoMA, New York
© The Riklis Collection of McCrory Corporation

Comme le JdA le révélait il y a quelques jours, parmi l’exposition Cubisme, figure un tableau de Casimir Malevitch (1879-1935) dérobé en URSS et aujourd’hui prêté par le MoMA au Centre Pompidou. Mais au modeste musée de Rostov, son propriétaire lésé, pas question de polémiquer ouvertement avec le MoMA et le Centre Pompidou. « Nous n’avons aucun reproche à faire au Centre Pompidou », explique par téléphone Sergueï Sazonov, directeur scientifique au musée de Rostov. 

Il n’est même pas irrité par le fait que sur le cartel du Samovar (1913) le musée de Rostov ne soit pas indiqué, contrairement aux propriétaires ultérieurs successifs de l’œuvre disputée. « Nous n’allons pas nous tirer dans les pattes pour ce genre de détails. En tant que musées, nous devons montrer des œuvres d’art de haute qualité et de même, nous devons nous comporter en gens cultivés », assure-t-il au Journal des Arts. 

Le Samovar a disparu de la collection du musée de Rostov au tournant des années 50/60 dans des circonstances encore non élucidées. Ce qui est certain, c’est que le musée de Rostov s’est retrouvé avec une copie. Une batterie complète d’analyses a dissipé tous les doutes sur ce point. 

le faux et le vrai Samovar de Malevitch
À gauche : Le faux Samovar du Musée du Kremlin de Rostov, Photo: Musée du Kremlin de Rostov. A droite: Kazimir Malevich, Samovar, 1913, 88,5 x 62,2 cm, huile sur toile, collection MoMA, New York © The Riklis Collection of McCrory Corporation


On ignore comment Samovar a quitté l’URSS, mais il a refait surface en 1972 lors d’enchères chez Sotheby’s à Londres, avant de rejoindre la collection d’avant-garde russe du MoMA en 1983. À l’époque « le MoMA l’a acquis en toute bonne foi. Ils ne pouvaient pas savoir que c’était un objet toxique », tempère Sazonov. « Ils n’ont pu le découvrir qu’à partir de 1991 après l’article de Svetlana Djafarova, suivi d’une publication dans Art news en 1996. Le MoMA a alors mené son enquête sur la provenance et l’a publiée sur son site. Jusqu’ici leur comportement est correct », juge Sazonov, décidément très magnanime. 

Mais en fait, ce n’est que lundi dernier que le MoMA a publiquement reconnu avoir été informé de la provenance trouble de l’œuvre. Sazonov explique pourtant avoir écrit au directeur du MoMA en mai 2017 pour l’informer des résultats de l’analyse réalisé sur la copie de Samovar. « Malheureusement, nous n’avons toujours pas reçu de réponse », note-t-il, avant de conclure sur une note positive : « Je suis certain que nous allons négocier avec le MoMA et trouver une position commune »

De son côté, la police russe, sans attendre le bon vouloir des Américains, mène déjà son enquête. 

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