Israël - Censure - Musée

Un musée israélien ferme ses portes après le retrait de leurs œuvres par les artistes

Par Julie Goy · lejournaldesarts.fr

Le 18 janvier 2022 - 482 mots

RAMAT GAN / ISRAËL

47 artistes renoncent à participer à une exposition au Ramat Gan Museum, en réaction à la censure de l’une des œuvres exposées.

Musée d'art israélien de Ramat Gan dans la banlieue de Tel Aviv. © Talmoryair, CC BY-SA 3.0
Le Musée d'art israélien de Ramat Gan, dans la banlieue de Tel Aviv.
© Talmoryair, 2008

Le Ramat Gan Museum of Israeli Art, près de Tel Aviv, venait de rouvrir ses portes fin décembre dernier, après avoir bénéficié de travaux. Elles se sont refermées le 12 janvier, après que 90 % des artistes ont retiré leurs œuvres de l’exposition inaugurale, en réponse à la censure d’une œuvre de David Reeb, initialement présentée dans l’exposition, jugée politiquement incorrecte par le maire de Ramat Gan.  

L’exposition inaugurale de groupe intitulée « The Institution », étudiait la « critique institutionnelle » dans l’art israélien. La peinture de David Reeb, Jerusalem (1997), faisait partie des nombreuses œuvres exposées. Elle représente deux images d’un juif ultra-orthodoxe en train de prier au Mur des Lamentations de Jérusalem, accompagnées de deux légendes en hébreu, « Jérusalem de merde » et « Jérusalem d’or », la seconde célébrant une chanson de 1967 devenue le second hymne national d’Israël.

Le musée municipal a retiré l’œuvre deux jours après l’ouverture de l’exposition, à la demande du maire de Ramat Gan, Carmel Shama-Hacohen, la considérant « raciste envers les juifs ultra-orthodoxes » et ajoutant que « lors de l’inauguration, des gens n’ont pas supporté cette insulte et ont écourté leur visite au musée à cause de cette œuvre ».

 « La peinture se rapporte à l’instrumentalisation de l’attachement juif au Mur occidental afin de justifier l’occupation de Jérusalem-Est et de la Cisjordanie », avait alors expliqué l’artiste David Reeb à Hyperallergic, précisant que l’œuvre ne se voulait pas irrespectueuse envers la religion. Il avait alors fait appel de la décision de retrait représenté par l’Israeli Association for Civil Rights, et invoquant une loi de 1983 qui protège les expositions dans les musées de toute intervention de l’État. 

Le juge de Tel Aviv a décidé que le maire de Ramat Gan avait outrepassé son autorité, mais que le retrait de l’œuvre avait été voté par le conseil d’administration du musée – présidé par le maire adjoint de Ramat Gan, Roy Barzilai – et était donc valide. 

Un compromis suggérant d’installer l’œuvre dans une pièce fermée, avec un panneau d’avertissement destiné aux visiteurs, a été proposé par le juge. Lors des négociations, la municipalité a insisté pour placer le tableau dans un entrepôt non accessible au public. Une demande « inacceptable », selon la Coalition des institutions artistiques d’Israël – un organisme représentant 40 organisations artistiques – alors que les artistes avaient accepté d’exposer l’œuvre derrière une barrière avec un panneau d’avertissement. 

Les artistes ont alors recouvert leurs œuvres de tissus noirs, en guise de protestation, avant d’exiger le retrait de celles-ci, partageant des photographies des salles vides sur les réseaux sociaux. Ils n’ont « laissé au musée d’autre choix que de fermer ses portes. C’est un rappel qu’il n’y a pas de musée d’art sans artistes, mais il y a des artistes sans musée », explique l’un des artistes contestataires, Ofri Cnaani, à Hyperallergic
 

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