Rodica Seward : Tajan sans Tajan

Par Armelle Malvoisin · L'ŒIL

Le 1 avril 2005

Ce n’est pas parce qu’on est une entreprise culturelle, que l’on doit perdre de l’argent. Telle pourrait être la devise de Rodica Seward, femme d’affaires américaine d’origine roumaine qui a racheté fin 2003 à LVMH la maison de ventes Tajan. Non sans fierté, elle dirige aujourd’hui d’une main ferme la première SVV française pour laquelle elle a fini par quitter son poste de directrice internationale du développement stratégique dans l’une des plus grosses sociétés d’investissement américaines, Platinum Equity. « Au départ, mon objectif n’était pas de m’impliquer autant. J’ai d’abord mis en place une équipe autour d’un directeur financier. Je voulais rester avec mon groupe financier, ce que j’ai fait jusqu’en juillet 2004. » Et puis, elle s’est laissé prendre au jeu, par amour de l’art mais aussi par défi. « Quand je suis arrivée, c’était le Moyen Âge ! », lâche la femme d’affaires qui ne mâche pas ses mots. « Lorsque j’ai repris Tajan, seule marque déjà créée capable de s’imposer sur le marché de l’art, la maison perdait beaucoup d’argent. Mon objectif numéro 1 a donc été de ramener cette société à l’équilibre, ce que je suis parvenue à faire par une gestion étroite et ce, sans licenciement.
À présent, je peux accélérer le développement de la maison Tajan sur une position financière saine et proposer cette salle de ventes comme alternative française sur le marché de l’art. » Ses méthodes de management musclées n’ont pas eu l’heur de plaire à l’héritier du nom, le commissaire-priseur François Tajan qui a tout récemment donné sa démission pour voler de ses propres ailes. Une nouvelle qui n’a aucunement chagriné Rodica Seward. « Tajan est avant tout une marque fabriquée par le patriarche, Jacques Tajan, grâce à la forte personnalité de celui-ci, que l’on aime ou que l’on déteste », répond celle qui a déjà su imposer la sienne de personnalité. Calquées sur le modèle américain, l’organisation et la gestion de Tajan SA ont mobilisé toutes les troupes en place et chaque individu a été invité à faire des propositions constructives et à prendre des initiatives au sein de la maison de vente. « Je suis fière de cette jeune équipe et je vais mettre toutes les ressources nécessaires derrière chaque chef de département », a promis la patronne de Tajan. Souhaitant développer des ventes thématiques dans des domaines de collection qui lui tiennent à cœur, elle proposera le 19 mai une vacation intitulée « New York-Paris 1945-2005 », histoire de rappeler qu’après la guerre, Paris était au centre d’un bouillonnement artistique international. La date du 9 juin donnera lieu pour la deuxième fois à une spéciale « Paris-Europe centrale-Paris ».

PS. François Tajan nous a déclaré à propos de son départ : « Je suis seul à avoir pris l'initiative de mon départ. Je dois effectuer trois mois de préavis, donc je quitterai la SVV Tajan fin avril. Je continuerai par la suite à naviguer dans cette sphère professionnelle. »

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°568 du 1 avril 2005, avec le titre suivant : Rodica Seward : Tajan sans Tajan

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