Dimanche 18 février 2018

Prix Marcel Duchamp : le « César » de l’art contemporain

Par Philippe Piguet · L'ŒIL

Le 25 septembre 2008

Créé en 2000 par les collectionneurs de l’Adiaf, le prix Marcel Duchamp est traditionnellement décerné lors de la Fiac. En 2008, les lauréats sont : Blazy, Calais, Grasso et Marcel. Réponse le 25 octobre...

Versant art contemporain, on observe depuis quelques années une certaine poussée du côté de la remise de prix, que ceux-ci soient d’entreprise ou de fondation en nom privé. Avant-hier Ricard, Duchamp, Altadis, hier HSBC, Guerlain, aujourd’hui Hermès, le phénomène n’est pas nouveau. On peut le lire comme un baromètre de la situation tant il est vrai qu’à la différence du début des années 1990, le ralentissement économique ne semble pas affecter le marché de l’art (p. 15). Aussi, chaque année, c’est toujours avec une certaine impatience que le milieu de l’art attend de connaître le nom des heureux lauréats.

Fidèle au fonctionnement qu’il s’est donné, le prix Marcel Duchamp sera décerné à la Fiac le 25 octobre prochain. Créé en 2000 par les collectionneurs de l’Association pour la diffusion internationale de l’Art français – Adiaf –, organisé en partenariat avec le Centre Pompidou, Musée national d’art moderne, et la Fiac, il est décerné par un jury international à l’un des quatre artistes nommés par ces mêmes collectionneurs selon une procédure en cascade.

Au printemps dernier, ceux-ci ont désigné Michel Blazy, Stéphane Calais, Laurent Grasso et Didier Marcel pour concourir au prix 2008. À la Fiac, comme à l’accoutumée depuis 2005, chacun d’eux dispose d’un espace d’exposition de sorte à présenter son travail tant au public qu’au jury et que celui-ci puisse faire son choix final en jugeant sur pièces. Dans cette attente, visite dans l’œuvre des nommés.

Michel Blazy
Vues au Palais de Tokyo l’an passé, les sculptures de plumes, de mousses et autres matières organiques de Michel Blazy (né en 1966, vit et travaille à Paris. Voir p. 42) ne manquent jamais d’interpeller le regardeur. L’emploi qu’il fait de purées de pois chiches, de nouilles de soja, de mousse à raser ou de tomates en pleine décomposition ne vise pas seulement à mettre en question le concept de pérennité de l’œuvre mais renvoie à notre propre condition d’humain.
La mort, le pourrissement et la putréfaction sont à l’œuvre chez Michel Blazy dans cette intention aussi de célébrer une certaine forme de beauté qui n’aurait sans doute pas déplu à Baudelaire. Réflexion sur la permanente mutation de la nature, l’œuvre de Blazy est pleine d’humour et de dérision.

Stéphane Calais
S’il revendique un côté touche-à-tout et que son art en appelle à toutes les pratiques, Stéphane Calais (né en 1967 à Arras, vit et travaille à Paris) voue au dessin une prédilection particulière. C’est que celui-ci n’appartient pas à un mode spécifique mais qu’il les
traverse tous et qu’il plaît à l’artiste de tous les aborder.
Aussi sa démarche trouve-t-elle son unité dans une iconographie qui multiplie les entrées dans la mise en jeu de références récurrentes aux contes, aux légendes, à la bande dessinée et aux icônes populaires. Peintures, dessins muraux, collages d’objets ou d’images constituent une œuvre singulière qui fait coexister abstraction et figuration et qui accorde à la force du signe une place de premier choix.

Laurent Grasso
Les projections vidéo de Laurent Grasso (né en 1972 à Mulhouse, vit et travaille à Paris) sont l’objet d’installations sonores qui interrogent nos habitudes perceptives en jouant sur le trouble entre réel et virtuel. Le temps, les ondes, les phénomènes nébuleux, bref tout ce qui procède d’une certaine immatérialité, sont ses ingrédients privilégiés. Il les met en œuvre dans des situations qui mêlent références artistiques et notions scientifiques orchestrant toutes sortes de scenarii qui balancent entre l’étrange, le fantastique et le menaçant. Le soleil brille dans la nuit, un nuage déboule dans une rue de la capitale, les combles d’un musée sont transformés en un monumental sténopé : chaque fois, l’artiste invite ainsi le regardeur à reconduire l’expérience de son propre regard.

Didier Marcel
La maquette d’un dancing qui tourne sur lui-même, des traces de labour qui configurent comme un immense plan-relief, le fût lisse et monochrome de cyprès qui sont engoncés dans leur robe synthétique, les objets employés par Didier Marcel (né en 1961 à Besançon, vit et travaille à Paris) sont directement empruntés au quotidien le plus trivial. Mais la façon qu’a l’artiste de les redimensionner trouble l’ordre des choses et projette le réel ainsi décalé dans une sphère inédite qui pose nombre de questions.
La démarche de Didier Marcel nous invite à repenser non seulement notre rapport à l’œuvre et à la sculpture en particulier mais aussi à notre environnement, qu’il soit architectural ou paysager, au regard d’une vision idéalisée de la réalité.

Repères

2001
Thomas Hirschhorn

2002
Dominique Gonzalez-Foerster

2003
Mathieu Mercier

2004
Carole Benzaken

2005
Claude Closky

2006
Philippe Mayaux

2007
Tatiana Trouvé

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°606 du 1 octobre 2008, avec le titre suivant : Prix Marcel Duchamp : le « César » de l’art contemporain

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