PORTRAIT

Piotr Verzilov, artiste actionniste : le porte-parole des Pussy Riot qui agace fortement les autorités russes

Par Emmanuel Grynszpan (correspondant à Moscou) · Le Journal des Arts

Le 20 septembre 2018 - 537 mots

1987 Piotr Verzilov est né à Moscou dans une famille de l’intelligentsia. Son père est chercheur en physique nucléaire et sa mère professeure de théâtre. Il vit une partie de son enfance au Japon, puis au Canada, pays dont il obtient la nationalité à 18 ans. Il étudie pendant deux ans la philosophie à la prestigieuse université MGU de Moscou, mais abandonne, pensant avoir trouvé sa vocation d’artiste.

2007 Il fonde le groupe artistique Voïna (« guerre ») avec quatre camarades de la faculté de philosophie. L’année suivante il organise une performance intitulée « Baise en soutien au nounours héritier ». Une dizaine de membres de Voïna investissent le Musée d’État de biologie situé en face du Kremlin et s’y livrent à une orgie raillant l’élection arrangée de Dmitri Medvedev (dont le nom de famille est formé sur le mot russe « ours ») au poste de président de la Fédération russe.

2010 Voïna peint un gigantesque phallus sur la chaussée d’un pont sur la Neva (à Saint-Pétersbourg) faisant face au siège local du FSB (Service fédéral de sécurité de la Fédération de Russie), juste avant la relève nocturne. L’action recevra le prix « Innovation » pour l’art contemporain. Un mois plus tard, Voïna lâche 3 000 cafards dans un tribunal de Moscou au moment où le verdict est rendu contre les organisateurs d’une exposition d’art contemporain censurée. Verzilov est arrêté.

2012 Après la « prière punk » du groupe Pussy Riot dans une cathédrale moscovite, les autorités russes emprisonnent l’épouse de Piotr Verzilov, Nadejda Tolokonnikova (ancienne membre de Voïna). Piotr Verzilov devient le porte-parole des Pussy Riot et mobilise le soutien de vedettes internationales comme Madonna et Yoko Ono. L’année suivante, Verzilov fonde « MediaZona », un site d’investigation axé sur l’appareil carcéral et répressif russe.

2015 Piotr Verzilov apparaît dans un épisode de la série américaine House of Cards avec Nadejda Tolokonnikova et Maria Aliokhina (les deux femmes font partie du groupe Pussy Riot). Ils y jouent des rôles calqués sur leurs identités réelles. Un an plus tôt, les trois protagonistes avaient été reçus aux États-Unis par des officiels américains de haut rang, ce qui avait suscité l’ire de Moscou.

2018 Le 15 juillet, Piotr Verzilov et trois membres des Pussy Riot vêtus d’un uniforme de la police déboulent sur la pelouse de la finale de la Coupe du monde de football à Moscou, trompant la vigilance des services de sécurité russes. Sous les yeux des présidents Vladimir Poutine et Emmanuel Macron comme de centaines de millions de téléspectateurs, ils interrompent le match pendant plusieurs minutes. Ils veulent dénoncer la répression policière et réclament la libération de tous les prisonniers politiques de Russie. Les quatre manifestants sont immédiatement condamnés à quinze jours de prison, puis sont convoqués dès leur sortie devant un tribunal pour se voir signifier d’autres poursuites judiciaires liées à cette dernière action.

Deux mois plus tard, le 11 septembre, Piotr Verzilov est hospitalisé en urgence pour de graves symptômes neurologiques (perte de la vue, de la parole, de la capacité de marcher) apparus soudainement après être sorti d’une audience au tribunal. Le groupe Pussy Riot et ses proches soupçonnent un empoisonnement. Le 15 septembre, alors qu’il se trouve toujours dans un état grave, ses proches le font évacuer à Berlin pour des examens complémentaires.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°507 du 21 septembre 2018, avec le titre suivant : Piotr Verzilov, artiste actionniste : le porte-parole des Pussy Riot qui agace fortement les autorités russes

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