Moscou : ère nouvelle ?

La capitale russe et le président Poutine veulent changer de visage

Le Journal des Arts

Le 13 mars 2012 - 546 mots

MOSCOU - Membre du parti Russie unie du président tout juste réélu, Vladimir Poutine, et proche du collectionneur Roman Abramovitch, Sergeï Kapkov est le nouvel homme fort de la politique culturelle moscovite.

Il y a un an tout juste, il était chargé de redonner vie humaine au parc Gorki. En un clin d’œil, le terrain vague abritant de vieilles attractions foraines et autres vestiges de l’ère soviétique s’est transformé en un parc d’une modernité tout européenne – cafés, accès libre au réseau Wi-Fi, cours de yoga… Le Garage Centre for Contemporary Culture fondé par Dasha Zhukova devrait même s’y installer dans les mois à venir. Fort de ce succès, Sergeï Kapkov a été nommé à la tête du service culturel de la Ville à la fin 2011 par le maire, Sergeï Sobyanin. Et les initiatives chocs ne se sont pas fait attendre. La première consiste en la gratuité des musées municipaux pendant les vacances scolaires de janvier. D’après Kapkov, le musée Darwin d’histoire naturelle a accueilli 93 000 visiteurs durant cette période – contre 400 000 pour l’année 2011. Selon un blogueur, les files d’attente seraient plus longues que celles pour « le mausolée de Lénine au temps de l’ère soviétique ». Pour supprimer la différence de prix d’entrée entre Moscovites et touristes, un passe musées est en chantier. Le maire a fait savoir que près de 30 milliards de roubles (770 millions d’euros) avaient été alloués au développement culturel de Moscou en 2012, soit presque vingt fois plus qu’en 2010.

« Le régime [du précédent maire] Luzhkov était si horrible qu’il n’est pas difficile de faire quelque chose de sensé », affirme Ilya Oskolkov-Tsentsiper, président de l’Institut Strelka pour l’art, les médias et le design, consultant pour le parc Gorki. « Moscou est une ville assez agressive », a expliqué Sergeï Kapkov lors du Forum urbain de Moscou en décembre. « Les habitants […] tentent de dresser des barrières entre leur espace personnel et le monde extérieur. Ils barricadent leur maison ou restent confinés dans leur appartement. S’ils sortent, ils vont dans des espaces privatifs, des théâtres ou des restaurants. Nous en concluons que les gens font une distinction sévère entre l’espace public et la sphère privée. Ils ne se sentent pas responsables des espaces publics. Ils pensent qu’ils ne leur appartiennent pas. »

Projet pour un nouveau parc
Cette philosophie visant à rendre la ville à ses habitants a porté ses fruits, et n’a surtout pas échappé à Vladimir Poutine. Lors de sa campagne pour un troisième mandat à la tête de l’État, le président s’est inspiré de ce nouvel intérêt pour les espaces publics. En janvier, lors d’une visite sur le site de l’ancien hôtel Rossiya, monstre d’architecture soviétique détruit en 2006 qui a laissé un trou béant malgré de nombreux projets de développements, Poutine s’est adressé au maire de Moscou, présent à ses côtés, en direct sur la télévision nationale : « Peut-être pourrions-nous créer un parc ici, en plein cœur de Moscou, à côté du Kremlin ? » Dans les heures qui ont suivi, Sergeï Kapkov décrivait à la radio Ekho Moskvy [Écho de Moscou] l’organisation d’un concours dédié à la création de ce parc, et les membres de l’intelligentsia de gauche se sont surpris à louer Poutine sur les réseaux sociaux.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°365 du 16 mars 2012, avec le titre suivant : Moscou : ère nouvelle ?

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