Mardi 18 décembre 2018

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Mariana Garcés Córdoba : « Doubler l’indice de lecture d’ici à 2018 »

Ministre de la Culture en Colombie

En prélude à l’« Année France-Colombie », la ministre de la Culture Mariana Garcés Córdoba explique sa politique en Colombie.

En 2017 se tiendra une « Année France-Colombie ». Mariana Garcés Córdoba, avocate et femme politique, ministre de la Culture de Colombie depuis 2010 au sein du gouvernement du président Juan Manuel Santos – le plus long mandat à ce poste depuis la création du ministère en 1997 –, détaille les priorités de son ministère.

De quand date la création de votre ministère ?

Notre ministère fêtera ses 20 ans l’année prochaine. Il est issu de Colcultura, l’ancienne direction culturelle au sein du ministère de l’Éducation. À la suite d’un grand débat en conseil des ministres, il a été décidé que l’importance stratégique du secteur, tant sur le plan politique qu’économique, appelait la création d’un ministère spécifique. Colcultura était déjà une institution forte et pluridisciplinaire. Le ministère est donc une création collective et politique, et non le résultat du lobbying d’un secteur culturel ou artistique en particulier.

Si l’on devait retenir une action emblématique de Colcultura sur cette période de vingt ans, quelle serait-elle ?
Il y en a beaucoup ! Je dirais d’abord que notre politique de subventions a entraîné la professionnalisation des demandeurs. Ensuite, le ministère a amélioré la collaboration entre l’échelon national et les échelons locaux (les villes notamment) pour une meilleure complémentarité. D’un point de vue sectoriel, il est indéniable que les trois plans nationaux pour le théâtre, la danse et la musique conçus « comme outils de vivre ensemble » ont façonné le secteur des arts vivants en Colombie. Je retiens aussi particulièrement le développement du réseau de bibliothèques.

La situation économique a entraîné une réduction du budget de la Culture, qui n’est pourtant que de 0,2 % du budget de l’État. Comment allez-vous faire ?
Précisons le contexte : lors de notre première mandature (2011-2014), notre budget a doublé. Aucun gouvernement n’avait réalisé un tel investissement dans le secteur culturel, avec ce chiffre symbolique : 1,2 trillion de pesos (360 millions d’euros) en quatre ans. Certes, en 2016, le ministère de la Culture a été logé à la même enseigne que les autres [avec une baisse d’environ de 15 % des investissements, NDLR], mais le bilan reste largement positif. Par ailleurs, nous sommes allés chercher d’importants financements internationaux, qui n’intègrent pas nos budgets mais irriguent notre scène culturelle.
Sur les priorités, aucun secteur n’est sacrifié. Et notre objectif phare, qui est de doubler l’indice de lecture d’ici à 2018, reste d’actualité [Les Colombiens lisent en moyenne deux livres par an contre 5,3 au Chili]. Enfin, notre politique de subventions a pour intérêt de financer les meilleurs projets sur des critères objectifs : les arbitrages sont donc techniques avant d’être politiques.

Quel est le taux de réalisation des infrastructures culturelles en Colombie ?
En six ans, nous avons travaillé sur tous les fronts : interventions dans l’espace public, restauration du patrimoine, mais aussi construction de 450 bâtiments, notamment des bibliothèques, aujourd’hui présentes dans presque toutes les municipalités du pays. Néanmoins, le travail de fond n’est pas terminé, beaucoup de villes n’ont pas encore de théâtre ou de musée par exemple.

Quel budget allez-vous consacrer à l’Année France-Colombie ?
10 billions de pesos (3 millions d’euros).
On parle beaucoup de la ville de Medellín comme d’un exemple réussi de transformation sociale par la culture. En quoi le cas est-il particulier ?
La politique culturelle est assurée par les villes, avec plus ou moins de moyens et en fonction d’un contexte local particulier. Nous ne dictons jamais la stratégie, mais pouvons l’accompagner. Toutes les villes n’ont pas la même culture de collaboration avec le ministère. Il est vrai qu’à Medellín des projets intéressants ont vu le jour. Mais limiter l’exemple à Medellín reviendrait à ignorer l’importance du patrimoine à Carthagène, des arts vivants à Cali, des arts traditionnels à Barranquilla… Une direction entière du ministère est dévolue aux liens avec les régions et à leur optimisation.

La paix avec les Farc n’a jamais été aussi proche, malgré l’échec du référendum. Quel est votre rôle dans ce processus ?
Notre rôle peut se voir sous deux perspectives. D’abord, les artistes sont les meilleurs baromètres de la société. Soutenir la création artistique, par le biais de nos programmes de financement, revient à prendre constamment le pouls de notre pays. C’est une nécessité, a fortiori au cœur de la lente et patiente construction d’un processus de paix. En outre, le plus important pour qu’un processus de paix soit durable, c’est de créer du tissu social dans les lieux qui ont le plus souffert de la violence. À cet égard, l’action du ministère dans certaines zones meurtries a été déterminante.

Pouvez-vous donner des exemples ?

Partout, le processus de réconciliation est indissociable d’un processus de mémoire. Créer une bibliothèque publique à Montes de María [fief historique des Farc conquis par l’armée, dans le nord de la Colombie, NDLR] est un symbole autant qu’un outil fondamental de lien social. Nous pourrions aussi citer nos actions de formation à Bojaya [petite ville du Nord-Ouest endeuillée par le massacre de 79 civils le 2 mai 2002, NDLR].

Quel rôle le ministère de la Culture joue-t-il auprès des communautés indiennes colombiennes, très touchées par le conflit ?
Le ministère travaille en collaboration avec les représentants de toutes les ethnies indiennes. Un des enjeux principaux de notre apport à ces communautés est d’aider à sauvegarder le patrimoine linguistique. Gardez en mémoire qu’il existe 64 langues indigènes en Colombie ! À cet égard, notre plan national pour la lecture et l’écriture revêt une importance particulière.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°467 du 11 novembre 2016, avec le titre suivant : Mariana Garcés Córdoba : « Doubler l’indice de lecture d’ici à 2018 »

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