Collection Pinault

Lever de rideau

Par Roxana Azimi · Le Journal des Arts

Le 7 septembre 2007

Alison Gingeras sera la commissaire de la première exposition de l’ère Pinault au Palazzo Grassi, à Venise.
Nous dévoilons en exclusivité une esquisse de cette manifestation très attendue.

VENISE - De la collection Pinault ont déjà été évoquées quelques grandes lignes, du minimalisme au pop, voire au post-pop, à certains piliers médiatiques comme Jeff Koons et Damien Hirst. Au gré des informations distillées, d’autres noms comme Chen Zhen se sont agrégés à ce puzzle encore flou. Un coin du voile sera levé au printemps prochain au Palazzo Grassi, avec la présentation d’une première salve d’environ cent cinquante œuvres.

Un « parcours visuel »
Tout en cumulant pour l’heure les fonctions de président et de directeur artistique du Palazzo Grassi, François Pinault a confié le commissariat de cette exposition à Alison Gingeras. Ancienne conservatrice au Centre Pompidou et, depuis cet été, conservatrice adjointe au Guggenheim Museum de New York, la jeune femme avait déjà co-orchestré en 2004 l’exposition « Monument to now », consacrée à la collection du Grec Dakis Joannou (lire le JdA n° 197, été 2004, p. 21). « Contrairement à la collection Joannou, celle de François Pinault a un enracinement dans l’histoire de l’art », observe Alison Gingeras, précisant toutefois que l’exposition ne comptera pas d’œuvres d’avant guerre. « On fera des associations de généalogie historique. Le parcours ne sera pas thématique mais plutôt visuel, esthétique. »

Bien que tous les points d’orgue et articulations de l’exposition ne soient pas encore définis, certains « incontournables » sont déjà au menu. Fermement ancrés dans la collection, les artistes Donald Judd, Agnes Martin et Brice Marden disposeront de salles monographiques. Cette veine minimale trouve un prolongement contemporain avec Rudolf Stingel. Le grand environnement pictural, que les visiteurs de la Biennale de Venise avaient découvert en 2003, pourrait ainsi être reconstitué au Palazzo Grassi. Porte-drapeau d’un art visant à impliquer le spectateur, l’artiste cubain Felix Gonzalez-Torres sera à l’affiche avec le rideau de perles rouges baptisé Blood, une œuvre que François Pinault a achetée en 2000 chez Christie’s pour 1,65 million de dollars (1,91 million d’euros). Jouant sur la réalité et ses représentations par le biais notamment de changements d’échelle, le Californien Charles Ray est de la partie avec un tracteur grandeur nature, nouvelle œuvre sur laquelle le sculpteur a travaillé durant une décennie. D’après le courtier Philippe Ségalot, l’artiste aurait reconstitué à l’identique un vieux tracteur rouillé en aluminium moulé. D’autres figures californiennes figurent au programme comme Raymond Pettibon et ses dessins subversifs ou les bads boys Paul McCarthy et Mike Kelley. Vu l’intérêt marqué que l’homme d’affaires a porté à l’installation Lala Land Parodie Paradise de Paul McCarthy, visible jusqu’au 8 janvier à la Whitechapel Gallery à Londres, il ne serait pas incongru d’en retrouver une composante dans les murs du palais vénitien.

L’exposition comprendra quelques commandes spécifiques, dont l’une a été passée au sculpteur suisse Urs Fischer, connu pour son travail sur la déformation et la dissolution. Alison Gingeras réfléchit aussi aux possibilités d’installer dans un lieu off Jet Set Lady, un arbre monumental d’Urs Fischer recouvert de dessins, présenté en mai à la Fondation Nicola Trussardi à Milan. « On aimerait faire un parcours dans différents lieux à Venise, mais il faut qu’on obtienne des autorisations », annonce avec prudence Alison Gingeras.

Côté artistes français, le régiment est à ce jour plutôt maigre. Figureront à coup sûr des œuvres de Pierre Huyghe, sans doute les vidéos issues de la Biennale de Venise de 2001, des tableaux de Bernard Frize, d’autres de Martial Raysse datant des années 1960 et « au moins un grand tableau » de Pierre Soulages. Une pioche qui ne fait pas de François Pinault le Saatchi des artistes hexagonaux. Alison Gingeras indique toutefois que d’autres noms, encore en pointillé, pourraient s’ajouter à la liste, par le biais notamment de commandes. À suivre.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°225 du 18 novembre 2005, avec le titre suivant : Lever de rideau

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