Lundi 17 décembre 2018

Les musées à l’heure du Net

Sur le Web, la France rattrape son retard

Le Journal des Arts

Le 30 mars 2001 - 829 mots

La présence des musées sur l’Internet, encore timide il y a quelques mois, semble se généraliser. Alors que les grandes institutions comme le Louvre ou Beaubourg peaufinent et enrichissent leurs sites, d’autres structures parfois plus modestes se lancent dans l’aventure, profitant d’un projet ambitieux engagé par la Réunion des musées nationaux (RMN) et la Direction des musées de France (DMF).

Le retard de certaines institutions dans le domaine du multimédia, et la nécessité désormais absolue de s’inscrire dans une logique de communication plus globale, ont conduit la RMN et la DMF à élaborer un programme chargé de doter d’un site Internet tous les musées nationaux le désirant. Parmi les 33 musées recensés, certains, comme le Louvre ou Orsay, déjà très présents et actifs sur le Web, ne sont pas concernés par cette opération qui devrait s’achever à la fin de l’année 2002. Deux projets ont à ce jour été menés à terme : le site du Musée national du Moyen Âge et celui du Musée national des arts asiatiques (Musée Guimet), inauguré récemment à l’occasion de la réouverture de l’institution. Construite autour de trois grands pôles, l’armature de ces sites ne constitue pas la principale originalité de l’initiative. On retrouve logiquement une présentation du musée et de ses collections (un choix d’une quarantaine d’œuvres majeures accompagnées d’une notice), mais aussi, lorsqu’il s’agit d’un bâtiment patrimonial, une histoire de l’édifice lui-même. Les renseignements pratiques qui relèvent de la communication pure y figurent évidemment. Quant à la section qui concerne les activités et manifestations culturelles (archives des expositions passées, fiches pédagogiques pour les enseignants, visites thématiques, agenda des conférences...), elle renferme un potentiel immense d’informations que chaque musée peut nourrir selon ses centres d’intérêts. Le Musée national du Moyen Âge s’inscrit dans cette logique en apportant des renseignements périphériques à son activité principale : les fouilles, la législation en vigueur, les informations pratiques...

Qualité éditoriale et iconographique
Réalisé en étroite collaboration avec les conservateurs, ce projet bénéficie d’une grande qualité éditoriale et iconographique, mais aussi d’un système technique très performant. Nathalie Bittendiebel, chef de projet à la RMN, qui coordonne l’ensemble du programme, précise : “Techniquement les musées sont reliés à un système un peu complexe qui fédère l’ensemble des sites. Cet ensemble mutualisé possède une base de données centralisée qui fonctionne avec des modules communs. Chaque site dispose d’un moteur de recherche, ce qui permet, par exemple, l’envoi de lettres d’informations personnalisées ou de cartes postales électroniques... ” La réussite de l’opération sur le long terme se mesurera à l’aune des mises à jour. Pour être attractif, le site doit vivre au rythme du musée et ne pas accuser de retard d’informations, ce qui nécessite la mise à disposition d’un personnel formé à ces techniques. “Le système permet d’avoir une interface d’administration simplifiée. La mise à jour pourra se faire en interne par un personnel qui sera formé dans cet objectif. Pas besoin d’être webmaster pour gérer ce programme”, souligne Nathalie Bittendiebel.

Les petites structures muséales auront sans doute plus de difficultés à disposer de ressources humaines suffisantes pour s’atteler à cette tâche passionnante mais prenante. Financée pour moitié par la RMN et la DMF à hauteur de 4 millions de francs, pour un ensemble de 25 sites à ce jour, cette initiative pourrait s’étendre dans le futur à des organismes non nationaux qui bénéficieraient ainsi de l’expérience acquise. Certains grands musées n’ont bien sûr pas attendu cette expérience pour intervenir sur le réseau. Créé en 1995, le site du Centre Georges-Pompidou entre actuellement dans une seconde phase de son développement en subissant un complet remaniement. Une nouvelle interface graphique et une identité visuelle en accord avec celle du Centre constituent les modifications les plus visibles. Cette refonte s’accompagne également d’une décentralisation qui permet aux différents secteurs du musée de participer plus directement au contenu éditorial.

En bref, quelques bonnes adresses à l’étranger

Les sites des musées français ne doivent pas faire oublier qu’Internet permet également de voyager loin à moindres frais. En Russie, le Musée de l’Ermitage fait figure d’exception avec un site modèle (www.hermitagemuseum.org) sponsorisé par IBM ! Une richesse concurrencée à l’Ouest par le J. Paul Getty Museum (www.getty.edu). À côté d’un catalogue complet de ses collections, le site permet à sa directrice, Deborah Gribbon, de revenir dans une vidéo sur les dernières acquisitions du musée. Autre géant américain de la culture, le Smithsonian American Art Museum (www.americanart.si.edu) joue lui aussi la carte de la proximité : sa directrice, Elizabeth Broun, y partage ses œuvres favorites. Un contact direct qui, si on en croit son succès outre-Atlantique, ne devrait pas tarder à ravir les conservateurs français. Le Musée juif de San Francisco (www.jmsf.org) mise lui sur sa charte graphique pour fidéliser son public et revenir sur son bâtiment (dé)construit par Daniel Libeskind. Mais la palme du graphisme revient pour l’instant au Musée d’art moderne et contemporain de la même ville, le SFMoMa, qui a mis en ligne l’exposition « Art in technological timespace » (010101.sfmoma.org).

www.rmn.fr

www.musee-moyenage.fr

www.museeguimet.fr

www.cnac-gp.fr

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°124 du 30 mars 2001, avec le titre suivant : Les musées à l’heure du Net

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