Mercredi 27 janvier 2021

Philippe Pintore

Le rapport du Havre à son architecture

Par Virginie Duchesne · L'ŒIL

Le 14 décembre 2015 - 781 mots

Philippe Pintore est directeur général de la Ville du Havre chargé de la culture, du patrimoine et de l’Animation. Titulaire de deux masters en droit public et gestion des collectivités territoriales. Il été directeur général adjoint au Conseil départemental du Bas-Rhin puis directeur de la culture au Conseil départemental de la Moselle et directeur général adjoint en charge de la culture à la Ville de Metz.

En 2015, Le Havre a fêté les dix ans de l’inscription de la ville au patrimoine mondial de l’Unesco. En 2017, elle célèbrera les 500 ans de sa fondation par François Ier. Quel est le rapport du Havre à son architecture ?
Philippe Pintore Pour aborder la question de son architecture et de son urbanisme, il faut comprendre que Le Havre est autant un port qu’une ville. Il y a donc quelque chose de profondément aventureux qui traverse les formes d’expression artistique. Il y a un goût pour la modernité. À la fin du XIXe siècle, la municipalité faisait déjà appel à William Cargill, architecte de l’Art nouveau, dont il reste quelques réalisations malgré les destructions de la Seconde Guerre mondiale.
Dans un deuxième temps, il faut prendre en compte le drame de cette destruction. Il y a de ce fait une relation très contrariée et sensible à l’urbanisme et à l’architecture, comme si toute construction racontait aussi d’une autre façon une destruction. Le moment de la reconstruction par Auguste Perret et son atelier juste après la guerre a été décrié et mal compris. Mais l’effet de la reconnaissance en 2005 par l’Unesco a clairement opéré une réconciliation. C’est aussi pourquoi, par la suite, ont été sollicités Jean Nouvel, Paul Chemetov, Bernard Reichen jusqu’à aujourd’hui, Michel Desvignes pour l’aménagement du quai de Southampton.

La bibliothèque Oscar Niemeyer a été inaugurée le 4 novembre dernier dans le Petit Volcan construit par l’architecte brésilien. Quels étaient les enjeux des travaux sur son œuvre ?
Il s’agissait d’abord d’un enjeu de restauration d’un chef-d’œuvre de l’architecture contemporaine qui se détériorait. Ensuite, il était question d’un enjeu urbain répondant à la prise de conscience de l’insuffisante attractivité du site au cœur de la ville. La municipalité a donc ouvert la discussion avec l’architecte lui-même. Sur le plan urbain, aujourd’hui, l’accès est devenu plus évident, tout en conservant le dessin de la colombe en place basse. Enfin, le dernier enjeu portait sur la politique culturelle. L’idée était de maintenir le Grand Volcan dans sa vocation de salle de spectacle et que le Petit Volcan soit dédié à une offre de lecture publique. La lecture publique, l’accès à la connaissance, sont au cœur de la politique culturelle municipale.
C’est désormais une véritable agora, avec de surcroît le fait de retrouver au cœur de l’œuvre de Perret celle de Niemeyer avec des points de vue étonnants, des contrastes des bétons de couleur rose-gris de l’un et blanc de l’autre. On s’étonne à nouveau de l’incroyable audace du geste de l’architecte brésilien.

Comment continuer à faire de l’architecture et de l’urbanisme du Havre un atout majeur ?
Depuis près d’un an, la Ville du Havre a initié des promenades littéraires sur les traces des écrivains qui évoquent la ville. Au-delà du paysage urbain, il y a un paysage mental qu’ils ont contemplé, depuis Stendhal à propos de la tour François Ier, en passant par Maupassant, Céline qui séjournait à l’hôtel Frascati, jusqu’à Maylis de Kerangal qui fait du Havre le décor de ses romans et notamment Réparer les vivants paru en 2014.En 2017, lors des festivités du 500e anniversaire de la fondation de la ville, nous inviterons des centaines de personnes à venir se promener dans Le Havre reconstruite en particulier et sur le quai Southampton jusqu’au front de mer. Cette déambulation se fera par l’intermédiaire de commandes d’œuvres placées de façon définitive dans l’espace public ainsi que par des événements qui se dérouleront sur plusieurs mois et dont le programme sera entériné au premier semestre de cette année. Rendez-vous donc en 2017 !

1517
La ville et le port sont officiellement fondés cette année-là par le roi de France François Ier. En 2017, de grandes festivités sont prévues pour le 500e anniversaire du Havre.

Le volcan
Le site culturel est confié à l’architecte brésilien Oscar Niemeyer en 1978 et est inauguré le 18 novembre 1982. Le Grand Volcan accueille la Scène nationale et le Petit Volcan la nouvelle médiathèque de la ville.

Le havre
La commune normande est située sur la rive droite de l’estuaire de la Seine. Après les destructions liées à la Seconde Guerre mondiale, la ville fait appel à Auguste Perret et à ses ateliers pour la reconstruction. L’œuvre de Perret au Havre est classée au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 2005.

Légende photo

Philippe Pintore © L'Oeil

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°686 du 1 janvier 2016, avec le titre suivant : Le rapport du Havre à son architecture

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