Vendredi 19 octobre 2018

Poitou-Charentes

Le FRAC ira à Linazay

Par Sophie Flouquet · Le Journal des Arts

Le 9 juin 2006 - 635 mots

La Région a décidé de manière unilatérale d’implanter son Fonds régional d’art contemporain en rase campagne.

ANGOULÊME - Cette fois-ci, la décision paraît irrévocable et pour d’aucuns, elle pourrait en dire beaucoup sur la « méthode Royal ». C’est en effet conformément au souhait de Ségolène Royal, présidente de la Région Poitou-Charentes, que le FRAC [Fonds régional d’art contemporain] élira prochainement domicile sur le site de Linazay (Vienne), dans les bâtiments de Cabrilia. Cet ancien centre de tourisme caprin n’aura été ouvert qu’une seule année en tout, malgré de coûteux investissements (lire le JdA no 231, 17 février 2006, p. 3). Le choix de Linazay s’est fait à l’encontre de l’avis du ministre de la Culture et de la Communication, Renaud Donnedieu de Vabres, qui a fait connaître dès janvier son opposition à ce projet d’implantation du FRAC en rase campagne. Linazay se trouve en effet en bordure de la RN10, à plus de 45 minutes de Poitiers, de Niort et d’Angoulême, où le FRAC est installé depuis sa création. Un projet de déménagement de l’hôtel Saint-Simon vers un nouveau bâtiment aménagé spécialement pour l’accueillir dans le centre d’Angoulême était en gestation depuis 1996. Arguant du coût et de la lenteur de l’opération, pourtant validée à plusieurs reprises par la Région et l’État, Ségolène Royal a donc souhaité porter son propre projet.

Rupture avec l’État
C’est au cours d’un séminaire organisé le 1er juin à Poitiers par le conseil régional, devant un parterre de professionnels – majoritairement acquis au projet –, que la décision a été officiellement confirmée, en l’absence des représentants du ministère de la Culture. Le 31 mai, le ministre avait  pris la plume pour signifier sa position à Ségolène Royal. Rappelant que « les orientations du FRAC relèvent à ce jour d’une compétence partagée entre l’État et le Conseil régional », Renaud Donnedieu de Vabres y prenait acte d’une rupture unilatérale des « fondements de ce partenariat entre l’État et les collectivités territoriales », précisant que « la culture ne doit pas être prisonnière de clivages politiques ou partisans ». Interpellée publiquement sur ce point, la présidente de Région a invité solennellement le ministre à se déplacer à Cabrilia afin qu’elle puisse le convaincre de la validité de son projet. Le cabinet du ministre a fait savoir pour sa part qu’une discussion avec Ségolène Royal pourrait avoir lieu seulement sur la base d’un rapport de la délégation aux Arts plastiques, lequel devrait être rendu public dans les prochains jours.
Pour la Région, l’implantation à Linazay semble venir résoudre commodément une équation simple : transférer dans un bâtiment existant et sans affectation actuelle un établissement en mal de locaux. La situation serait par ailleurs d’autant plus pressante que la Région aurait été sommée de rembourser au 1er juillet 2006 une partie des deux millions d’euros de fonds européens versés au titre du projet touristique de Cabrilia. Pour faire taire les critiques sur les faiblesses techniques de son dossier, Ségolène Royal a toutefois déroulé son argumentation. L’isolement du site serait compensé par le maintien d’une antenne du FRAC dans le centre-ville d’Angoulême, où seront installés une salle d’exposition et le centre de documentation. Le projet a été dévoilé lors de ce séminaire alors qu’Olivier Chupin, le directeur du FRAC depuis 1989, n’en avait pas encore eu connaissance. Tenu à son devoir de réserve, ce dernier – qui n’avait pas été invité à prendre place à la tribune – s’est contenté de déclarer qu’il s’estimait « profondément humilié ». Pour finir, il ne restait plus qu’à préciser que les bâtiments agricoles de Cabrilia étaient facilement transformables en réserves pour œuvres d’art, et ce pour une somme nettement inférieure au projet angoumoisin initial. Ce à quoi s’est attelé son architecte, Jean-Pierre Fauvel. Sauf que si la rupture d’avec l’État se confirmait, la Région devrait financer seule l’investissement.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°239 du 9 juin 2006, avec le titre suivant : Le FRAC ira à Linazay

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