L’année 2009 à Linz

Par Maureen Marozeau · Le Journal des Arts

Le 3 février 2009 - 1097 mots

Réflexions sur le passé, ouverture sur le présent et interrogation sur le futur sont les maîtres mots de Linz 2009. Le tout sur un air très contemporain.

Le titre de Capitale de la culture n’est pas une nouveauté pour Linz. Natif de Braunau am Inn (Autriche), située à une centaine de kilomètres à l’ouest de Linz, Adolf Hitler avait déjà souhaité en faire sa capitale culturelle. Son musée du IIIe Reich aurait notamment abrité les milliers d’œuvres d’art spoliées à travers l’Europe. Parallèlement, Hermann Goering y fit construire une usine métallurgique et une centrale chimique dernier cri. Plus sinistre, les nazis installèrent dans sa région les camps de concentration de Mauthausen, Gusen et Hartheim. Un passé que les organisateurs de Linz 2009, Capitale européenne de la culture, n’ont pas souhaité occulter. Si cette ombre embarrassante ne monopolise pas la programmation, les quelque 220 projets répartis sur l’année ont pour la plupart une arrière-pensée politique.

Une ville provinciale
À cheval sur le Danube, cette ville provinciale de 200 000 âmes n’a ni le charme impérial de Vienne, ni le prestigieux passé musical de Salzbourg. Le centre-ville d’époque Renaissance et baroque épargné par les bombardements et la célèbre Linzertorte servie aux touristes dans les cafés viennois n’ont pas permis d’effacer l’image d’une cité industrielle polluée, dont certains bâtiments anonymes ont été construits avec le granit extrait par les travailleurs forcés de Mauthausen. Le pont Nibelungen, construit par Hitler, a marqué la frontière de partage de la ville entre l’armée américaine et l’armée russe après la guerre. Depuis la grande crise de l’acier dans les années 1980, Linz s’est pourtant transformée. Une ambitieuse politique culturelle a permis de transformer cette ville et sa région, et améliorer la qualité de vie. Ce développement économique n’est pas étranger à l’obtention du titre de Capitale européenne la culture. Or, ni la Ville, ni le comité organisateur ne voient cet événement comme une fin en soi. Là où Liverpool a multiplié les grands gestes avec un nouveau stade aux proportions gigantesques, la transfiguration de ses docks lugubres, une rétrospective « Gustav Klimt » et, cerise sur le gâteau, un concert gratuit de Sir Paul McCartney, Linz de démarque par son travail de fond qui se poursuivra bien au-delà de cette année. « Linz 2009, c’est aussi Linz 2015 », martèlent les organisateurs. Doté d’un budget de plus de 70 millions d’euros répartis entre la Ville (20 millions), la province de Haute Autriche (20 millions), l’État autrichien (20 millions), l’Union européenne (1,5 million) et divers mécènes (env. 10 millions d’euros), Linz 2009 est considéré par les responsables locaux comme un cru particulièrement bien financé. En tout, 300 millions d’euros auront été investis dans les équipements culturels. Par exemple, le Musée Lentos, construit sur les bords du Danube, ne date que de 2003 ; sur la rive d’en face, le Centre Ars Electronica, dont l’incontournable festival annuel des arts numériques tiendra sa 30e édition, vient d’inaugurer une extension de 4 500 mètres carrés ; un nouvel opéra doit voir le jour en 2014 ; et le Château de Linz, après une première vague de travaux d’aménagement en 2002, s’est récemment doté d’une nouvelle aile de verre offrant une vue imprenable sur la ville.

Sous le régime nazi
Linz profitera de ce coup de projecteur pour changer son image aux yeux de l’Europe et du monde. Car ce travail en profondeur aura forcément un impact. Ainsi, le douloureux passé nazi est-il regardé en face, sans culpabilité, mais avec la volonté tenace de vouloir identifier les mécanismes sociaux qui ont permis ces atrocités – une réflexion rendue capitale par la montée de l’extrême droite lors des dernières élections législatives nationales. L’exposition « La Capitale culturelle du Führer » (jusqu’au 22 mars) au Château de Linz décode la vie culturelle sous le régime nazi et son héritage, en particulier architectural (www.schlossmuseum.at). « La Sculpture politique », à la Landesgalerie, examine encore plus précisément l’espace de manœuvre et les stratégies des artistes, en se penchant sur les travaux de Ernst Barlach, Ludwig Kasper, Josef Thorak et Fritz Wotruba (du 18 septembre au 16 novembre, www.landesgalerie.at). Plus troublante encore, l’installation In Situ signalera les lieux de persécutions nazies par le biais de panneaux indicateurs postés à travers la ville (à partir du mois de mars).
Cette confrontation du passé s’accorde plutôt bien avec des projets contemporains à résonance politique. En mai, les visiteurs seront invités à parcourir la ville tout en évitant soigneusement les caméras de surveillance (« Hide  »)  ; un hommage sera rendu à Guignol, figure européenne de la résistance à la Hafenhalle09, nouvel auditorium tout en bois inauguré en présence de Philip Glass (du 11 au 21 novembre) ; enfin « Activistas ! » offre une balade urbaine en bus au gré de tous les sites de protestations, de combats sociaux et de revendications féministes historiques et actuels (de mars à septembre). Pour contrer l’image d’un pays xénophobe, Linz 2009 mise sur l’ouverture sur le monde et rappelle qu’un quart de sa population est d’origine étrangère, et que cent quinze langues différentes s’y parlent – ces immigrés seront invités à constituer une Bibliothèque des Cent langues en faisant don de livres écrits dans leur langue maternelle (octobre et novembre). Dans le quartier populaire et multiethnique de Linz Mitte, une douzaine de femmes immigrées accompagneront les visiteurs à la rencontre des résidents d’origine étrangère (du 30     avril au 24 mai). Enfin, le colloque « Extra Europe » s’intéressera à trois pays non-membres (la Suisse, la Turquie et la Norvège) pour analyser les diverses raisons de leur absence au sein de L’Union européenne, et, au sens plus large, réfléchir sur l’avenir des frontières de l’Europe (19 mars au 2 mai).
Mais Linz 2009, c’est également un carrefour d’expositions et de performances artistiques. Parmi les projets les plus marquants, « Best of Austria », au Musée Lentos, réunit une centaine d’œuvres emblématiques choisies par trente musées autrichiens, parmi lesquels l’Albertina et le Kunsthistorisches Museum de Vienne (jusqu’au 10 mai, www.lentos.at). La troisième édition de la « Biennale Cuvée » propose une sélection d’œuvres des meilleures biennales internationales d’art, avec un accent mis sur l’Asie (quatre lieux et dates différentes, www.ok-centrum.at). Le Centre d’art contemporain OK coordonne la trilogie « Art in the City ! », dont l’apogée sera la Höhenrausch (euphorie de haute altitude), où les visiteurs seront invités au dernier étage du musée pour découvrir, au fil d’un circuit de plateformes, d’escaliers et de ponts aériens, une série d’installations réparties à leurs pieds ou sur les toits de la ville. Une bouffée d’oxygène pour Linz !

Pour en savoir plus : www.linz09.at

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°296 du 6 février 2009, avec le titre suivant : L’année 2009 à Linz

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