Paris

L’American Center à vendre ?

Difficultés financières accrues et mécénat réticent

Le Journal des Arts

Le 1 mai 1995

Rouvert au public il y a moins d’un an, l’American Center est en proie à de très graves dificultés financières. Alors que le mécénat marque le pas, les coûts d’installation et le budget de fonctionnement ont été sous-estimés. L’institution culturelle privée américaine étudie toutes les solutions. La plus radicale consisterait à vendre le bâtiment signé par Frank Gehry, pour le relouer ensuite.

PARIS - "Je savais que la situation était difficile, mais je ne l’imaginais pas aussi désespérée", reconnaît Marie-Claude Beaud, qui assume depuis juillet dernier la direction artistique et "l’executive management" du centre culturel.

Un rapport confidentiel, du 14 février, constate que l’American Center est "riche en actifs, mais pauvre en trésorerie". "Les fonds provenant de la vente de la propriété du boulevard Raspail ont été complètement épuisés par la construction du nouveau bâtiment et par la période de démarrage", souligne le document.

En 1987, l’American Center décidait de vendre son terrain du boulevard Raspail – où siège désormais la Fondation Cartier – pour s’installer dans le quartier de Bercy. Mais contrairement à ce qui avait été prévu, cette vente (220 millions de francs) n’a pas suffi à financer la totalité du nouvel équipement et le développement des activités. L’ampleur des difficultés dépasse largement ce qui avait été envisagé (le JdA n° 1, mars 1994). "Le programme a connu des dérapages inouïs", déplore Marie-Claude Beaud. Selon elle, dix millions de francs sont encore nécessaires pour achever les 23 résidences d’ar­tistes, la sonorisation de la salle de spectacles, l’équipement de projection du cinéma, et les espaces commerciaux – restaurant, librairie… – qui ne peuvent être loués dans leur état actuel.

En outre, le Centre doit toujours 20 millions de francs à une société d’économie mixte de la Ville de Paris, la Semaest, pour achever de régler l’acquisition du terrain.

Par ailleurs, les coûts d’entretien et de sécurité ainsi que le budget de fonctionnement ont été sous-estimés. "Les responsables précédents pensaient que 2 millions de dollars l’an suffiraient, souligne Marie-Claude Beaud, en réalité, nous avons besoin du triple, soit environ 6 millions de dollars l’an (30 millions de francs)". Cette somme est égale à la dotation globale en capital (appelée fonds de réserve) que le Centre possède, mais dont il ne peut percevoir que les intérêts.

En plus d’une réduction de la programmation, des mesures d’urgence ont été prises. Le Centre a pu obtenir l’autorisation d’utiliser chaque année 2,5 millions de francs provenant du don laissé par le collectionneur américain Frederick Weisman. Selon le régime américain des "match grants", cette autorisation aurait dû normalement être subordonnée à l’obtention de dons équivalents auprès d’autres mécènes.

L’ouverture du Centre n’a malheureusement pas suscité l’engagement de nouveaux mécènes. Marie-Claude Beaud étudie la possibilité d’une campagne de marketing direct auprès du grand public américain qui pourrait être lancée à l’automne par une société spécialisée.

Last but not least, l’American Center serait prêt à vendre le bâtiment de Gehry. Cette solution radicale, qui pourrait rapporter plus de 200 milllions de francs, n’est envisageable qu’à la condition qu’un mécène rachète l’immeuble pour le louer gratuitement à l’American Center, ou à des conditions très avantageuses : "Il nous serait impossible de payer un loyer de 20 millions de francs l’an", prévient Marie-Claude Beaud.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°14 du 1 mai 1995, avec le titre suivant : L’American Center à vendre ?

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