Mercredi 14 novembre 2018

L’Afrique en mouvement

Par Philippe Régnier · Le Journal des Arts

Le 12 novembre 2007 - 655 mots

Organisées sur un rythme biennal, les 7es Rencontres africaines de la photographie de Bamako, au Mali, explorent cette année le thème de la ville. La manifestation innove en s’ouvrant à la vidéo.

Alors que les festivals de photographies continuent de fleurir en Chine ou ailleurs, jusque sur les bords de la Seine (lire p. 18), les Rencontres africaines de la photographie de Bamako (Mali) célèbrent en novembre leur 7e édition. Cette année, la manifestation a pris pour sujet « Dans la ville et au-delà », un thème qui doit être replacé dans le contexte de ce continent. « La ville, en Afrique, est régie par des codes, à l’image de ceux qui l’habitent, à la fois très complexes et très simples, écrit Simon Njami, commissaire général des Rencontres. La route, qui mène de l’aéroport au centre-ville, répond invariablement à la même logique. D’abord on traverse la périphérie, avec ses quartiers édifiés d’une manière sauvage qui n’est pas sans rappeler les camps de réfugiés. Des ensembles de baraquements construits à l’emporte-pièce qu’en Occident on nommerait banlieue. Je me suis toujours demandé si l’essence de la ville africaine ne commençait pas avec ces quartiers. […] C’est dans ces quartiers que résident la majorité des femmes et des hommes qui occupent la ville. Ensuite, viennent les constructions en dur, habitées par la bourgeoisie locale, qui cherche toujours la tranquillité dans des îlots protégés, loin du peuple, puis vient le centre. Vastes artères goudronnées, feux rouges qui fonctionnent parfois de façon anarchique, lorsqu’ils fonctionnent, parfois des tours, et enfin les bâtiments administratifs. Mais rechercher un centre, c’est-à-dire selon le concept occidental, une église, une mairie, une mosquée, en un mot, un espace à partir duquel on pourrait percevoir le rayonnement est inutile. » L’exploration de la ville, de sa topographie, de son architecture, de sa sociologie est au centre des images présentées dans l’exposition internationale. Cette dernière réunit des travaux aussi différents que ceux du Marocain Mohamed El Baz, du Malgache Sylvain Ralaivaohita, du Malien Mohamed Camara ou du Sud-Africain Fanie Jason, sans que la vision de cette ville ne soit purement circonscrite au continent africain. La ville, c’est aussi sa population, admirablement mise en scène par le Camerounais Samuel Fosso. Des habitants qui sont en réalité le photographe lui-même, autoportraits habillés, maquillés, parfois travestis qui ouvrent les portes d’un monde à la fois réel et fantasmé. Parallèlement à l’exposition consacrée à ce photographe, des hommages sont aussi rendus aux travaux de Serge-Jongué et Armand-Seth Maksim. Le premier, Guyanais, est décédé en juin 2006. Les Rencontres s’attachent à montrer des images prises par le poète au Mali, lors de sa participation à ce même festival en 2005. Le second, Malgache, est lui aussi décédé en 2006. Ses photos évoquent avec beaucoup de délicatesse et de poésie son île qu’il connaissait bien, pour l’avoir longuement arpentée au cours de nombreux voyages.

Une image qui venait du froid
Aux côtés de ces créateurs du sud, le festival a, cette année, invité un pays du nord, la Finlande. La commissaire d’exposition nigériane Bisi Silva a choisi sept artistes ou groupe d’artistes qui présentent leurs visions du monde, nécessairement en décalage avec le quotidien africain, même si, comme l’écrivent avec une pointe d’humour Bisi Silva et Aura Seikkula : « chaque jour de leur vie, [les Africains] tiennent dans leur main un morceau de Finlande : leur téléphone portable Nokia. »
Les rencontres innovent cette année en introduisant pour la première foire la vidéo. Sans être une révolution, ce changement recentre le festival autour de la question de l’image, qu’elle soit figée ou animée. Il permet aussi de sortir d’un certain stéréotype de la photographie africaine enfermée dans le sacro-saint noir et blanc, celui de maîtres maliens justement comme Seydou Keita ou Malick Sidibé. L’occasion de découvrir une autre image de l’Afrique, une Afrique en mouvement.

DANS LA VILLE ET AU-DELA

- Commissaire général : Simon Njami - Commissaire associé : Samuel Sidibé - Directeur des Rencontres : Moussa Konaté - Nombre d’artistes : 73

« DANS LA VILLE ET AU-DELÀ », 7es RENCONTRES AFRICAINES DE LA PHOTOGRAPHIE

Du 24 novembre au 23 décembre, divers lieux dans la ville, Bamako, Mali, www.fotoafrica.org

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°268 du 2 novembre 2007, avec le titre suivant : L’Afrique en mouvement

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