Vendredi 16 novembre 2018

La nouvelle vie du château Borély

Par Daphné Bétard · Le Journal des Arts

Le 15 décembre 2006 - 764 mots

Grâce au mécénat d’entreprise, Marseille va pouvoir transformer cette bastide du XVIIIe siècle en un vaste « Musée des arts décoratifs ». Un projet important pour la ville candidate au titre de Capitale culturelle 2013.

Grande bastide érigée à Marseille au XVIIIe siècle, le château Borély devrait être transformé d’ici à la fin de l’année 2008 en un vaste « Musée des arts décoratifs ». Prévu depuis plusieurs années, le projet n’aurait pu voir le jour sans le coup de pouce du groupe Total via la Fondation du patrimoine (lire p. 18). La convention de financement signée en octobre dote la Ville de Marseille de 330 000 euros, soit environ 10 % du montant global des travaux. Estimés à 3,2 millions d’euros, ils seront financés par la Ville de Marseille à hauteur de 46,7 % et par l’État, pour 43 %. Classé monument historique depuis 1936, le château a abrité un Musée d’archéologie de 1863 à 1989 avant d’être fermé en 2004 pour raisons de sécurité. Aujourd’hui, ses espaces sont régulièrement confiés à la Fondation Regards de Provence qui y organise de petites expositions sur la peinture provençale. Les travaux prévus devraient redonner tout son lustre à ce château conçu pour être « le plus beau du terroir » (lire l’encadré). Au programme : mise en sécurité de l’édifice, restauration des façades, des menuiseries et des planchers, adaptation du bâtiment aux exigences actuelles d’accessibilité et installations d’équipements muséographiques. Au final, Marie-Paule Vial, directrice des musées de Marseille, souhaite y présenter quelque 1 500 pièces actuellement éparpillées dans les collections (et bien souvent dans les réserves) du Musée des beaux-arts comme des musées Cantini et de la faïence. Les dessins des XVIIIe et XIXe siècles issus de la collection Feuillet de Borsat, offerte à la ville par Maurice Feuillet en 1969, devraient également y être exposés. Le Musée des arts décoratifs devra ensuite trouver sa place auprès du public marseillais, et ce sans faire d’ombre à son voisin, le Musée de la faïence, installé lui aussi dans une prestigieuse bastide, le château Pastré. Construit au XIXe siècle et entièrement restauré avant l’ouverture du musée en 1995, ce dernier abrite une collection de près de 1 500 pièces de céramique, faisant la part belle à la faïence des XVIIe et XVIIIe siècles.

Chantiers multiples
Parallèlement à la restauration du château Borély, la Ville de Marseille devrait lancer les travaux de construction du faramineux Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée (Mucem), au fort Saint-Jean (coût estimé à 146 millions d’euros). Elle devrait aussi renouveler entièrement la muséographie du Muséum d’histoire naturelle, restaurer la chapelle Buffon et transformer le château de la Buzine en une « maison des cinématographies de la Méditerranée », en hommage à l’œuvre de Marcel Pagnol (ce dernier projet est estimé à 11,4 millions d’euros). Sans oublier la rénovation très attendue du Musée des beaux-arts de la ville, installé au Palais Longchamp et fermé depuis près d’un an pour des travaux qui n’ont toujours pas commencé. Comment Marseille, qui a atteint ses capacités maximales d’endettement selon un rapport datant de 2005 de la chambre régionale des comptes, pourra-t-elle mener de concert tous ces chantiers ? Il lui faudra trouver des solutions si elle veut remporter le titre de « Capitale européenne de la Culture 2013 », face à Nantes, Bordeaux, Toulouse, Saint-Étienne et Nice.

« Le plus beau du terroir »

Le château Borély a été construit sur le domaine rural de Bonneveine à l’initiative de Louis Borély (1692-1768). Issu d’une riche famille commerçante de Marseille, ce dernier souhaitait faire édifier une bastide qui surpasserait par ses dimensions et sa beauté toutes celles du terroir. Un premier projet de l’architecte Jacques Louis Clérisseau voit le jour en 1767. Jugé trop italianisant, il est repris par Marie-Joseph Peyre, directeur des bâtiments du roi, qui conserve le plan de masse de Clérisseau, mais augmente les élévations et modifie le décor pour en faire un château à la française. Il adjoint notamment deux balcons dont un large sur colonnes doriques. Un troisième architecte, Esprit-Joseph Brun, se voit confier la direction des travaux. Au final, le château se compose d’un corps central à trois niveaux coiffé sur chaque façade d’un fronton triangulaire et de deux ailes d’un niveau moins élevé, mais surmontées de balustrades et d’un étage mansardé en retrait. La façade nord s’ouvre sur une terrasse surplombant les jardins. La décoration intérieure est l’œuvre du peintre Louis Chaix. Ce dernier a conçu un décor en trompe l’œil et camaïeux des plus fastueux, avec de vastes compositions mythologiques, qui se mariera à merveille avec les arts décoratifs.

Château Borély

134, avenue Clot-Bey, 13008 Marseille, tél. 04 91 25 26 34.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°249 du 15 décembre 2006, avec le titre suivant : La nouvelle vie du château Borély

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