Jeudi 12 décembre 2019

La Fondation Barnes souhaite déménager

Les responsables de l’institution veulent s’installer au centre de Philadelphie pour accueillir davantage de visiteurs

Le Journal des Arts

Le 11 octobre 2002 - 712 mots

L’exposition des chefs-d’œuvre de la collection Barnes autour du monde, interdite par le testament du Dr Barnes, avait donné lieu à plusieurs décisions de justice. Cette fois-ci, les responsables de l’institution de Philadelphie ont demandé aux tribunaux l’autorisation de déménager, afin de s’ouvrir plus largement au grand public.

PHILADELPHIE - La Fondation Barnes, qui doit faire face à de graves problèmes financiers, a déposé une requête en justice le mois dernier afin de transférer sa collection, actuellement conservée dans la banlieue de Philadelphie, dans un nouveau bâtiment du centre-ville. Trois fondations basées en Pennsylvanie – Pew, Lenfest, et Annenberg – ont promis de lever 100 millions de dollars (102 millions d’euros) pour la construction et 50 millions de dotation si le tribunal se déclare en faveur de la requête. Le projet comprend le déménagement de la collection sur Benjamin-Franklin Parkway, un grand boulevard qui accueille déjà le Philadelphia Museum of Art, le Rodin Museum, le Franklin Institute et verra prochainement l’ouverture du Calder Museum, conçu par Tadao Ando.

L’idée est sujette à controverse car, même si elle implique un accès élargi à l’une des plus riches collections d’art moderne au monde – qui n’accueille actuellement que 1 200 visiteurs par semaine, et sur rendez-vous uniquement –, elle est en totale opposition avec le testament laissé par Albert C. Barnes (1872-1951). Ce magnat de l’industrie pharmaceutique avait réuni les 69 Cézanne, 60 Matisse, 44 Picasso, 181 Renoir et les autres œuvres de la Fondation, non pas pour en faire un musée pour touristes, mais pour les transformer en outil pédagogique affecté à l’école d’art créée par ses soins en 1922.

Albert C. Barnes avait expressément stipulé que sa collection et son accrochage dans les salles ne pourraient en aucun cas subir de modification et qu’aucune œuvre ne devrait jamais être décrochée ou déplacée. Mais le potentiel de la collection en tant que moteur économique pour la ville pourrait avoir nettement plus de poids que toutes les dispositions légales. Selon la très puissante Rebecca W. Rimel, présidente de la Fondation Pew, déménager la collection “serait un véritable bienfait pour la région” et donnerait naissance à “un kilomètre magique réservé aux musées”. Meryl Levitz, directeur du Greater Philadelphia Tourism Marketing Corp, poursuit : “Ce serait un enrichissement dont tout un chacun à Philadelphie pourrait se réjouir.”

La loi de l’État de Pennsylvanie autorise les associations caritatives à transgresser les engagements attachés à la succession si l’existence même de l’organisation est menacée. La Fondation Barnes doit donc convaincre le tribunal que la meilleure façon de poursuivre la mission de son père fondateur est de “promouvoir l’aspect pédagogique et la sensibilité aux beaux-arts”. Le communiqué de presse de la Fondation se veut rassurant : “Afin de rester fidèle à son propos et à son caractère unique, la Fondation accrochera les œuvres dans ses nouveaux locaux conformément aux principes établis par le Dr Barnes.” Tous ceux qui ont visité la Fondation Barnes et profité de ses jardins dans le Lower Merion ont pu savourer un véritable instant de calme et de bonheur pur, loin des salles surpeuplées, et s’abandonner à la contemplation des œuvres et de leur accrochage insolite et rafraîchissant.
Paradoxalement, alors que la collection est estimée plusieurs dizaines de milliards de dollars, un récent audit a révélé que la Fondation Barnes était proche de la faillite, avec moins d’un million de dollars de trésorerie, et un déficit de 800 000 dollars sur son budget de 4 millions pour les deux dernières années.

Après avoir obtenu la permission d’organiser une tournée mondiale unique, qui a rapporté 17 millions de dollars affectés à la rénovation du bâtiment, la Fondation a gaspillé des millions de dollars en joutes juridiques l’opposant à la municipalité. Les résidents fortunés avaient fait pression pour maintenir le quota limité de visiteurs autorisés et ainsi préserver la tranquillité de leur quartier chic.
“Même les plus compatissants de nos donateurs ont clairement fait savoir que, dans les conditions actuelles, ils ne feraient pas de dons mirobolants à la Fondation”, a déclaré Bernard C. Watson, président de la Fondation Barnes. Outre le transfert de la collection, le projet prévoit également une réorganisation complète qui porterait le nombre d’administrateurs de cinq à quinze, et “amenderait [ses] statuts fondateurs afin d’éliminer les obstacles qui s’opposent à l’augmentation des bénéfices”.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°156 du 11 octobre 2002, avec le titre suivant : La Fondation Barnes souhaite déménager

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