Vendredi 23 février 2018

Justice

La fin de la Demeure du Chaos ?

Thierry Ehrmann saisit la Cour européenne des droits de l’homme pour sauver sa « Demeure du Chaos »

Par Armelle Malvoisin · Le Journal des Arts

Le 6 janvier 2010

Pour sauver sa « Demeure du Chaos », bâtisse du XVIIe siècle transformée en un site artistique à Saint-Romain-au-Mont-d’Or (Rhône), le plasticien et homme d’affaires Thierry Ehrmann a saisi la Cour européenne des droits de l’homme. C’est son dernier recours après que la Cour de cassation a rejeté son second pourvoi et a ainsi validé la remise dans son état d’origine de l’ancien « Domaine de la Source ».

SAINT-ROMAIN-AU-MONT-D’OR - Au terme d’une saga artistico-judiciaire qui aura duré près de dix ans, la justice française a condamné Thierry Ehrmann, artiste plasticien et P.-D. G du groupe Serveur, éditeur de la base de données Artprice.com, à remettre dans son état d’origine le « Domaine de la Source », situé à Saint-Romain-au-Mont-d’Or (Rhône), près de Lyon, donnant raison à la commune.
 
Cette propriété d’une surface de 12 000 m2 est une bâtisse du XVIIe siècle incluant un temple protestant. Elle a été transformée à partir de 1999 en un gigantesque site artistique dit « en progrès », un lieu fondé par Thierry Ehrmann et baptisé la « Demeure du Chaos » (lire le JdA no 233, 17 mars 2006). Dans son arrêt du 15 décembre 2009, la chambre criminelle de la Cour de cassation, saisie dans le cadre d’un deuxième pourvoi, a confirmé l’arrêt du 16 décembre 2008 de la cour d’appel de renvoi de Grenoble. Cette dernière avait déclaré Thierry Ehrmann coupable de n’avoir pas respecté les règles de l’urbanisme applicables sur le territoire de la commune de Saint-Romain-au-Mont-d’Or pour construire sa « Demeure du Chaos ». Il avait ordonné la mise en conformité avec le plan d’occupation des sols, « soit la destruction de la Demeure du Chaos », s’insurge son créateur, que certains comparent à un successeur du Facteur Cheval en son Palais idéal…

La Demeure du Chaos, œuvre au noir se référant à l’aspect chaotique et violent de notre époque, a rapidement inquiété la municipalité de Saint-Romain-au-Mont-d’Or, qui a porté plainte en 2003. Le maire argue ainsi que l’œuvre d’Ehrmann constitue une injure visuelle au charme de son village et qu’elle n’a pas lieu d’être puisque non soumise à un permis de construire.

En dernier recours, Thierry Ehrmann a saisi le 30 décembre 2009 la Cour européenne des droits de l’homme pour faire valoir son droit à la liberté d’expression, garantie par l’article 10 de la Convention européenne des droits de l’homme. Qu’une œuvre d’art doive se conformer impérativement au plan d’occupation des sols n’est pas pour plaire à son auteur. « La Demeure du Chaos est un musée à ciel ouvert et gratuit, présentant plus de 3 123 œuvres d’artistes, toutes nommées, fichées, gérées et leurs droits déposés dans les sociétés de droits d’auteur. Dans le cadre de son statut d’ERP (Établissement recevant du public) muséal, elle a reçu 437 130 visiteurs de 2006 à 2009. La Demeure du Chaos est aussi une résidence d’artistes », défend-il. Depuis le début de la procédure, il a réuni 108 000 signatures au sein d’une pétition (www.demeureduchaos.com) soutenant, au côté d’un collectif d’artistes, la Demeure du Chaos. Tout se jouera désormais à Strasbourg dans les prochains mois.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°316 du 8 janvier 2010, avec le titre suivant : La fin de la Demeure du Chaos ?

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