Mercredi 26 février 2020

Société

La contre-attaque de Zineb Sedira 

Par Olympe Lemut · lejournaldesarts.fr

Le 10 février 2020 - 758 mots

PARIS

L’artiste dénonce les attaques qu’elle a subies, réaffirme ses engagements, confirme sa participation à la Biennale de Venise.

Zineb Sedira © Photo Sueraya Shaheen
Zineb Sedira
© Photo Sueraya Shaheen
Courtesy Galerie kamel mennour

Annoncée de manière officieuse par un article du journal Le Monde  le 24 janvier, la nomination de Zineb Sedira pour le pavillon français à la Biennale de Venise en 2021 a suscité une polémique, en raison des liens supposés de l'artiste avec le mouvement de boycott d'Israël BDS (Boycott, Désinvestissement, Sanctions). 

Cette polémique a été alimentée par Bernard Henry Levy, le CRIF (Conseil Représentatif des Institutions Juives de France), Jacqueline Frydman (fondatrice d'une association qui prône les échanges culturels avec Israël) et deux éditoriaux dans le magazine Causeur : tous sont connus pour leur proximité avec Israël. Il était reproché à Zineb Sedira sa participation au BDS en raison du retrait de ses œuvres d'une Biennale de la Méditerranée en Israël (juin 2017).

Dans un premier communiqué repris par l'AFP le 29 janvier l'artiste déclarait n'avoir aucun lien avec le BDS et s'opposer à toute forme de boycott d'Israël. Elle précisait qu'en juin 2017 ses œuvres avaient été incluses dans la Biennale « sans son accord », car prêtées directement par le Frac Paca. Elle affirmait dans le communiqué que ce retrait avait été « instrumentalisé » par le BDS, et rappelait avoir déjà exposé en Israël par le passé.
 
Dans le nouveau communiqué l'artiste affirme que sa déclaration a été « tronquée » par l'AFP, car deux phrases ont été coupées. Elle réaffirme donc dans le droit de réponse que nous avons reçu de son avocat son soutien à la cause palestinienne, et dénonce les intimidations dont elle a fait l'objet. Elle rappelle son parcours personnel et ses origines algériennes qui nourrissent son travail. Elle déclare enfin maintenir sa participation à la Biennale de Venise malgré des tentatives de « sabotage ».

Entre-temps Zineb Sedira a reçu le soutien des ministres français de la culture et des Affaires étrangères le 30 janvier. Son galeriste Kamel Mennour ne s'est pour l'instant pas exprimé publiquement sur la polémique. 

Droit de réponse de Zineb Sedira

Lettre après ma déclaration partiellement rapportée par l’AFP et les récentes allégations faites contre moi. 

Je suis une femme artiste travaillant entre Londres, Paris et Alger. Ma pratique se veut autobiographique, poétique et universelle ; un lieu de préservation et de transmission des mémoires et des histoires personnelles et collectives, centré sur les récits et les expériences français, algériens et britanniques. J’ai cherché à bâtir un pont qui réconcilie les mémoires, au-delà des stéréotypes culturels.

Je suis née dans la banlieue parisienne de parents immigrés algériens. Je sais ce que c’est d’être ignorée, réduite au silence et rendue invisible. J’ai aussi grandi dans l’ombre de la mémoire algérienne, de ses luttes pour l’indépendance. 

J’ai été honorée de recevoir la nouvelle de ma désignation pour représenter la France à la Biennale de Venise 2021. J’y ai vu un tournant majeur pour l’art contemporain français et pour notre histoire commune : une femme héritière d’une culture arabo-berbère, franco-algérienne, basée à Londres, représentant la France ! Je suis également la 4e femme sélectionnée pour le pavillon français depuis son existence en 1912. 

Ce à quoi je n’étais pas préparée, c’est le niveau de discrimination et d’intimidation, en réponse à ma nomination. J’ai été la cible d’accusations infamantes qui visent non seulement à saboter ma nomination, mais aussi à me couper de ma filiation, de mes amitiés, de mes solidarités artistiques et intellectuelles.

J’ai été légalement conseillée de faire une déclaration à l’AFP (Agence France Presse) pour répondre aux allégations diffamatoires. L’AFP n’a pas publié la déclaration complète. Cette version incomplète a créé la confusion en réduisant mes convictions à une simple condamnation du mouvement BDS. Des passages ont été retirés de ma déclaration – notamment « je soutiens pleinement les aspirations du peuple palestinien à l’autodétermination et à la protection de son existence et de ses droits » -, ainsi que ma ferme opposition à toute forme d’injustice et de néocolonialisme. 

C’est par une déclaration tronquée et décontextualisée dans la presse, que mes opinions, mon éthique et mes convictions ont été déformées. En tant que femme franco-algérienne, je reçois là l’occasion de porter encore plus haut la voix de la lutte contre toute forme de haine et de racisme. J’ai donc décidé de ne pas renoncer et de représenter la France à la prochaine Biennale de Venise, malgré cette tentative de me faire taire et de porter atteinte à ma liberté d’expression. 

Je réaffirme par la présente mon intention profonde de continuer à œuvrer pour un monde de l’art et des histoires de l’art plus inclusifs, interdépendants et décolonisés. 
 

Zineb Sedira

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