Dimanche 16 décembre 2018

La Belgique fête son anniversaire

Par Daphné Bétard · Le Journal des Arts

Le 29 avril 2005 - 1417 mots

À l’occasion de ses 175 ans, le pays propose une série de manifestations autour de son patrimoine et de ses riches collections. De Bruxelles à Bruges, visite guidée.

Riche de deux communautés, flamande et wallonne, la Belgique naît officiellement le 4 octobre 1830, avec la proclamation d’indépendance par les états généraux français. Le pays se dote d’un roi, Léopold de Saxe-Cobourg, et connaît un incroyable essor industriel. Pour célébrer ce 175e anniversaire, la Belgique organise tout au long de l’année 2005 une série d’expositions autour de son histoire et de son patrimoine. Dans les années 1890-1914, la prospérité économique s’accompagne d’un renouveau artistique qui voit éclore, après la période romantique, le symbolisme, avec des artistes comme Khnopff ou Rops. D’autres courants connaissent un important développement, tel l’Art nouveau, avec Horta et Van de Velde, ou le néo-impressionnisme. L’époque correspond aussi à une politique de colonisation active, à commencer par l’ancien Congo belge ; un passé douloureux que le pays a mis longtemps à assimiler. Les années 1930 voient la montée du nationalisme flamand, tandis que s’affirme, du côté wallon, le surréalisme belge autour de Magritte et Delvaux. À partir des années 1950, la Belgique joue un grand rôle dans la naissance de l’Europe, jusqu’à abriter la capitale du Marché commun (CEE). Les années 1960 sont, quant à elles, marquées par l’indépendance du Congo, mais aussi par de violentes querelles linguistiques entre Flamands (néerlandophones) et Wallons (francophones), révélant des inégalités sociales et économiques entre les deux régions. À partir des années 1990, les gouvernements successifs organisèrent une réforme constitutionnelle qui aboutit à la création d’un État fédéral. Les enjeux de ce 175e anniversaire sont donc particulièrement importants, puisqu’il s’agit de montrer les richesses et singularité de ce pays uni malgré les aléas de l’histoire. Une histoire marquée bien avant 1830 par d’incroyables foyers artistiques, aux XIVe et XVe siècles, avec l’émergence de grands maîtres tels Van Eyck, Van der Weyden ou Memling.

Memling en portraits
La ville de Bruges se joint aux célébrations nationales avec un festival culturel, « Corpus Bruges ‘05 », dont le thème est le corps humain. À cette occasion, la précision du regard que portait Hans Memling sur le visage des personnalités posant pour lui viendra illuminer les salles nouvellement restaurées du Groeningemuseum. Après le Musée Thyssen-Bornemisza de Madrid, l’exposition fait une halte en Belgique avant d’achever son parcours à la Frick Collection de New York. Riche d’une vingtaine d’œuvres prêtés par des musées internationaux, cette étape brugeoise se concentrera à la fois sur les portraits et sur les donateurs qui apparaissent dans ces compositions religieuses.
- « Memling et le portrait, les portraitistes et la Renaissance », Groeningemuseum, Dijver 12, Bruges, tél. 32 5 044 87 11, www.corpusbrugge05.be, du 8 juin au 4 septembre.

Les trésors des collections flamandes
Le Palais des beaux-arts de Bruxelles retrace l’histoire des trois plus importants musées d’art en Flandre : le Groeningemuseum de Bruges, le Koninklijk Museum voor Schone Kunsten d’Anvers et le Museum voor Schone Kunsten de Gand, regroupés en partenariat structurel sous l’appellation « vlaamsekunstcollectie ». Souvent complémentaires, les trois collections offrent un riche panorama de la peinture du XVe au XXIe siècle dans les anciens Pays-Bas du Sud. Parmi les bijoux qu’elles renferment figurent les toiles de Van Dyck, Bosch ou Ensor. Dans quelles circonstances ces chefs-d’œuvre ont-ils rejoint les collections flamandes ? L’exposition met en évidence les motivations des collectionneurs, souligne les goûts, modes et mentalités des XVIIIe et XIXe siècles, sans oublier d’évoquer la période cruciale de la Révolution française et de l’occupation par la France, le rôle des Académies et les occasions manquées. L’événement permet de retrouver les maîtres flamands, mais aussi de découvrir des pièces étonnantes, habituellement confinées dans les réserves des trois musées.
- « Collections d’art en Flandre : Ensor à Bosch », Palais des beaux-arts, 23, rue Ravenstein, Bruxelles, tél. 32 2 507 84 44, www.bozar.be, du 15 juin au 11 septembre.
- À voir aussi : « El fruto de la Fe. L’art flamand du XVIe siècle sur l’île de La Palma », Kunsthal Sint-Pietersabdij, Sint-Pietersplein, 9, Gand, tél. 32 9 243 97 30, www.gent.be/spa, jusqu’au 5 juin.

La mémoire coloniale revisitée
Avec « La mémoire du Congo », le Musée royal d’Afrique centrale s’attaque à une histoire cruciale de la Belgique : la période coloniale, des années 1870 à l’indépendance du Congo de 1960. Objets, œuvres d’art, photographies, documents écrits ou audiovisuels plongent le visiteur dans cette époque controversée et douloureuse. Abordant des thèmes aussi divers que les « hiérarchies sociales », « les rencontres des différentes cultures », « les transactions économiques » ou « les clichés que l’époque a donnés d’elle-même », le parcours, très didactique, donne la parole aux spécialistes, mais aussi à ceux qui ont vécu cette histoire, Belges et Congolais. Un travail de mémoire indispensable à l’heure où l’institution s’apprête à lancer d’importants travaux de rénovation.
- « La mémoire du Congo », Musée royal d’Afrique centrale, Leuvensesteenweg, 13, Tervuren, tél. 32 2 769 52 11, www.africamuseum.be ou www.congo2005.be, catalogue, 272 p., 42 euros.  Jusqu’au 2 octobre.
- Un colloque sera organisé au musée les 12 et 13 mai autour de « La violence coloniale au Congo », renseignements auprès de la section d’ethnographie, tél. 32 2 769 56 77.

Une âme romantique
La vague romantique qui a touché toute l’Europe au XIXe siècle est loin d’avoir épargné la Belgique, comme en témoignent les artistes aujourd’hui réunis dans le cadre d’une vaste manifestation répartie en trois expositions à Bruxelles. Centre névralgique, les Musées royaux des beaux-arts retracent en 250 peintures, sculptures et dessins l’histoire d’un mouvement qui a marqué le règne de Léopold Ier, en mettant l’accent sur les scènes historiques et les paysages. De l’autre côté de la place Royale, l’Espace culturel ING accueille une sélection de feuilles (esquisses, dessins préparatoires et achevés), issue de la collection du cabinet des dessins des Musées royaux, le tout présenté en parallèle à un ensemble de sculptures. Parmi les artistes emblématiques du mouvement, citons Gustaf Wappers, Guillaume Van der Hecht et Antoine Wiertz. Le petit musée consacré à ce dernier célèbre le 175e anniversaire de la nation en bonne et due forme avec la présentation d’un rare choix d’œuvres récemment restaurées.
- « Le romantisme en Belgique », Musées royaux des beaux-arts, 3, rue de la Régence, Bruxelles, Espace culturel ING, 6, place Royale, Bruxelles, Musée Antoine-Wiertz, 62, rue Vautier, Bruxelles, tél. 32 2 508 32 11, www.romantisme.be, jusqu’au 31 juillet.

Le design selon les Belges
Le Musée du Cinquantenaire de Bruxelles revient sur plus d’un siècle d’évolution des industries d’art belges. Le pays peut en effet être fier d’être la patrie de certains des plus importants créateurs de l’Art nouveau (Victor Horta, dont la demeure bruxelloise est devenue un musée, Henry Van de Velde, natif d’Anvers, le Liégeois Gustave Serrurier-Bovy et Philippe Wolfers, de Bruxelles). À travers 250 œuvres issues, pour la majeure partie, de collections particulières belges, l’exposition « Art nouveau et design, 1830-1958 » dressera un panorama de cette importante production dans les domaines des arts décoratifs et du design (dans des styles très différents : éclectisme, Art nouveau, Art déco, modernisme…).
- « Art nouveau et design, 1830-1958 », Musée du Cinquantenaire, 10, parc du Cinquantenaire, Bruxelles, tél. 32 2 741 72 11, www.kmkg-mrah.be, du 25 mai au 31 décembre.

Magritte en clichés
« Jetons un coup d’œil aussi indiscret et amusé qu’émerveillé sur le rapport de l’art de René Magritte avec la photographie autant que sur son existence, apparemment sans histoire, que raconte à mots couverts l’album photographique de sa vie », propose Patrick Roegiers, commissaire de l’exposition que le Palais des beaux-arts consacre aux clichés de Magritte. Les quelque 330 tirages réunis évoquent les années d’enfance de l’artiste, ses débuts de peintre, les vacances avec les amis, les facéties du groupe surréaliste belge et, surtout, sa femme et muse Georgette, rencontrée peu avant la guerre de 1914-1918. Dans les années 1950-1960, le succès mondial arrivé, Magritte, en complet sombre et chapeau boule, joue son propre rôle pour d’autres photographes. Souvent inédits, nombre de ces tirages sont des épreuves originales ayant appartenu à Georgette et René Magritte. Des films burlesques, réalisés par l’artiste dans les années 1950 avec ses amis Irène Hamoir, Scutenaire et Lecompte, ponctuent le parcours. Après Bruxelles, l’exposition sera présentée l’année prochaine à Paris, à la Maison européenne de la photographie.
- « Magritte et la photographie », Palais des beaux-arts, 23, rue Ravenstein, Bruxelles, tél. 32 2 507 84 44, www.bozar.be, catalogue, 150 p., 25 euros. Jusqu’au 15 mai.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°214 du 29 avril 2005, avec le titre suivant : La Belgique fête son anniversaire

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