Interpol contre-attaque

La lutte contre le trafic d’objets volés en Irak peine à s’organiser

Par Daphné Bétard · Le Journal des Arts

Le 27 novembre 2007

Réunis à Lyon les 5 et 6 mai, spécialistes et policiers ont étudié différentes possibilités pour lutter contre le recel des trésors pillés au Musée archéologique national de Bagdad, au lendemain de l’entrée des troupes américaines dans la capitale irakienne (lire le JdA n° 170, 2 mai 2003). Confusion et incertitudes planent quant à l’étendue des dégâts, et aucun chiffre, même global, n’a pu être avancé.

LYON - “Les voleurs ne pourront jamais dormir tranquille”, a déclaré le secrétaire général d’Interpol (Organisation internationale de police criminelle), Ronald K. Noble, en conclusion de la réunion des 5 et 6 mai, destinée à lutter contre le vol et la revente des objets d’art pillés au Musée archéologique national de Bagdad. Une mission qui se révèle particulièrement compliquée en raison, d’une part, de l’absence d’une véritable police en Irak, d’autre part, du manque de précision sur l’ampleur des pillages. Lors de ces deux journées, organisées à Lyon au siège du secrétariat d’Interpol, aucun chiffre précis n’a été avancé. “Nous avons beaucoup de rumeurs, d’informations fausses, mais il nous faut des faits précis”, s’est contenté de déclarer Ronald K. Noble. John Aschcroft, ministre américain de la Justice, en visite officielle en France et participant à la réunion, suppose que des pièces ont déjà quitté le sol irakien, et que “le pillage et le vol des objets ont été commis par des groupes criminels organisés”. Les experts estiment plutôt que les antiquités dérobées se trouvent toujours en Irak. Présent à New York, où il se rendait pour l’ouverture de l’exposition d’art mésopotamien au Metropolitan Museum of Art (lire p. 8), le directeur des collections du Moyen-Orient du British Museum de Londres, John Curtis, a déclaré, quant à lui, que la plupart des objets du musée de Bagdad avaient été mis en lieu sûr, “dans des locaux dépendants du musée”. “Ces objets, assure-t-il, ne risquent rien, mais personne n’est pour l’instant allé vérifier. Il n’y a pas de ministre de la Culture, pas de gouvernement. Dans ce vide, les gens ne veulent pas prendre de responsabilités ou d’initiatives, de peur d’être tenu pour responsable de ce qui pourrait manquer”. Il a évalué à une quarantaine seulement le nombre d’objets exposés ayant été dérobés. En revanche, il reste pour l’instant impossible de chiffrer le nombre de pièces volées dans les réserves, laissées sans surveillance pendant six jours. Il faudra “des mois, peut-être des années pour en faire l’inventaire et déterminer exactement ce qui a disparu, a estimé John Curtis. La gestion des stocks et des réserves du Musée archéologique national de Bagad était tellement archaïque qu’il ne sera peut-être jamais possible de dresser une liste complète de ce qui a été pillé”.
Une première mission d’experts de l’Unesco devrait se rendre à Bagdad dans le courant du mois de mai “pour faire un état des lieux”, a précisé lors de la réunion Guido Garducci, un des fonctionnaires de l’organisation mondiale. Avec la coopération de grands musées internationaux, cette mission doit établir un inventaire des objets volés qui enrichira la base de données d’Interpol. Les enquêteurs, les douaniers, mais aussi les musées et marchands du monde entier pourront ainsi accéder à des descriptions précises de ce qui a disparu.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°171 du 16 mai 2003, avec le titre suivant : Interpol contre-attaque

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