Lundi 10 décembre 2018

L’Institut du monde arabe dans le rouge

IMA : la Cour des comptes remet le couvert

Après un nouveau contrôle, les Sages de la rue Cambon soulignent les dysfonctionnements de l’Institut du monde arabe

Par Jean-Christophe Castelain · Le Journal des Arts

Le 2 janvier 2013 - 639 mots

La Cour des comptes s’est de nouveau penchée sur la situation financière de l’Institut du monde arabe au cours du mandat de l’ex-président Dominique Baudis. Elle pointe en particulier des défauts de gouvernance, une santé économique fragile et une programmation trop tardive.

PARIS - La Cour des comptes ne lâche pas facilement prise. Après avoir enquêté sur les exercices 2003 à 2006 de l’Institut du monde arabe (IMA), elle a réalisé un nouveau contrôle pour la période 2007-2011, celle de la présidence de Dominique Baudis. Précisément, l’actuel Défenseur des droits est à l’origine, selon la Cour, d’un problème de gouvernance de l’Institut. Celle-ci est assurée par deux conseils, un Haut conseil et un conseil d’administration traditionnel (CA). Jusqu’en 2009, Dominique Baudis était le président des deux conseils assurant ainsi une cohérence dans l’administration. Mais en 2009, celui-ci devient député au Parlement européen, un mandat incompatible avec la présidence du CA de l’IMA. Qu’à cela ne tienne, il fait modifier les statuts pour augmenter les pouvoirs du Haut conseil, au détriment de ceux du CA dont il abandonne la présidence pour ne garder que celle du Haut conseil. Il en résulte « une confusion », « des dysfonctionnements », préjudiciables à la bonne marche de l’Institut. D’autant que celui-ci a bien besoin d’une direction ferme et visionnaire.

Une gestion pointée du doigt malgré des efforts
Si la Cour des comptes reconnaît volontiers les efforts de gestion (baisse des effectifs, renégociation des contrats fournisseurs, abandon d’activités déficitaires) qui ont permis de redresser les comptes, elle souligne la fragilité de la situation. Le résultat d’exploitation de l’exercice 2011 est ainsi déficitaire de 2,23 millions d’euros pour un budget d’environ 25 millions d’euros, ce n’est pas rien. Outre des rémunérations encore trop généreuses en regard de la situation financière, et dont les modalités n’ont pas encore été renégociées, la Cour pointe le manque d’anticipation dans la programmation qui conduit notamment à une baisse de la fréquentation et donc des recettes commerciales. Au passage, elle révèle que la fréquentation de l’IMA n’est pas d’un million de visiteurs comme il le clame, mais plutôt de 350 000 visiteurs. On savait que les musées et lieux d’exposition avaient tendance à gonfler leur fréquentation, notamment gratuite donc incontrôlable, mais pas à ce point. Cela conduit à une baisse de 50 % des visiteurs entre la période 2007-2009 et la période 2003-2005. Il est vrai qu’en 2004-2005, une exposition sur les pharaons avait dopé exceptionnellement la fréquentation. La Cour note que, trop souvent, les expositions sont décidées tardivement et par le seul président, en l’occurrence Dominique Baudis, ce qui ne favorise ni leur qualité ni leur médiatisation. Les magistrats ne sont évidemment pas insensibles à la situation particulière de l’IMA eu égard à ses fondateurs. Déjà avant le Printemps arabe, les pays membres se faisaient tirer l’oreille pour payer leur cotisation ; depuis, la situation s’est un peu plus compliquée.

La Cour suggère de solliciter (encore et toujours) et sur des projets spécifiques les pays du Golfe, oubliant la vocation panarabe de l’IMA. La divulgation de ce rapport n’est pas fortuite. Dans la forme, il s’agit d’un référé, c’est-à-dire d’une longue lettre adressée au ministère de tutelle, en l’occurrence le ministère des Affaires étrangères. La Cour a manifestement attendu que le successeur de Dominique Baudis, Renaud Muselier, soit congédié pour envoyer sa lettre à Laurent Fabius. Celui-ci n’a pas répondu aux observations dans les deux mois, comme il y était invité. Nul doute qu’il devra en prendre compte pour choisir le remplaçant de l’ex-député UMP. Ce devra être un ou une manager diplomate, capable de simplifier l’organigramme sans fâcher les pays fondateurs, tout en invitant ces derniers à ouvrir leur porte-monnaie. Alors que le mandat de Renaud Muselier est terminé depuis novembre, on ne connaît toujours pas son successeur. Le choix est sans doute plus difficile que prévu.

Légende photo

Le parvis de l'Institut du monde arabe, avec le pavillon de Zaha Hadid. © Ima

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°382 du 4 janvier 2013, avec le titre suivant : IMA : la Cour des comptes remet le couvert

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