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Le renouveau de l’IMA selon Jack Lang

Par Christine Coste · Le Journal des Arts

Le 12 février 2014 - 974 mots

Un an après sa nomination à la présidence de l’Institut du monde arabe, l’ancien ministre veut donner un nouveau souffle à l’établissement jusque-là empêtré dans des problèmes de gouvernance et de budget.

PARIS - À 74 ans, Jack Lang n’a pas perdu le goût des réformes et des grands projets, et encore moins son allant. À ceux qui avaient douté de la légitimité de sa nomination à la tête de l’Institut du monde arabe (IMA), il y a un an, l’ancien ministre de la Culture de François Mitterrand l’a rappelé lors de la présentation le 30 janvier de sa programmation 2014. Il est revenu sur les liens qui l’unissent à cette institution lancée par Valéry Giscard d’Estaing et engagée dans le cadre des « Grands travaux » de François Mitterrand. C’est lui qui trouva l’emplacement du site, en bordure de Seine, avant que Jean Nouvel ne signe là son premier grand projet. Et c’est à sa demande que les collections d’art de l’Islam du Louvre seront exposées à l’IMA durant quelques années.

En devenant près de trente ans plus tard son président, Jack Lang entend bien à nouveau laisser sa marque. Réforme de la gouvernance, redressement de la situation financière, expositions itinérantes, rénovation du bâtiment, création d’un nouvel espace d’exposition et développement d’antennes de l’IMA en régions, voire dans un pays arabe : le programme est ambitieux.

Entouré de Claude Mollard au poste de conseiller, du diplomate Gilles Gauthier et de Thierry Leroy (ancien directeur de cabinet de Jack Lang en charge d’une mission d’analyse sur le fonctionnement et l’organisation de l’IMA), l’ancien ministre, qui se dit fort « du soutien des pays arabes », se montre serein. « La confiance a été rétablie, l’Institut remis sur les rails. » Il en veut pour preuve « la décision de la Libye, de l’Irak et du Qatar de solder leur dette », soit environ 2 millions d’euros qui reviendront au fonds de dotation de 180 millions alimenté par les vingt-deux pays de la Ligue arabe.

Expositions bénéficiaires
Après la réunification en une seule instance des deux présidences (présidence du haut conseil et président du conseil d’administration), comme le suggérait en 2012 la Cour des comptes dans son dernier rapport très critique envers la gestion de l’institut, Jack Lang entend « redresser la situation financière de l’IMA », subventionné à hauteur de 12 millions par le ministère des Affaires étrangères, seul financeur depuis une quinzaine d’années des frais de fonctionnement de l’institution face aux impayés récurrents de certains pays arabes. « Je ne veux pas être à la tête d’une institution en déficit », déclare-t-il. Rétablir en 2014-2015 l’équilibre, autrement dit combler les 2,3 millions d’euros de déficit, est donc une de ses grandes priorités qu’il entend mettre en œuvre au travers d’une rigueur budgétaire et de la « vente » en France et à l’étranger des grandes expositions conçues par l’établissement. À commencer par L’Orient-Express, prévue en avril et qui ira ensuite à Vienne en Autriche, puis l’exposition sur le Maroc contemporain (sous le commissariat de Jean-Hubert Martin), présentée d’abord à Séville.

Le montage des expositions lui-même éclaire sur le principe qui prévaut désormais à leur programmation. Que ce soit « L’Orient-Express », d’un coût de 2,5 millions d’euros, une somme financée grâce au partenariat avec la SNCF ; « Hajj, le pèlerinage à La Mecque », organisée avec la bibliothèque du roi Abdulaziz (Ryad) ; ou « Le Maroc aux mille couleurs », réalisée en partenariat avec la Fondation nationale des musées du Royaume du Maroc, les alliances montrent la volonté d’ouvrir à de nouveaux partenaires et de renforcer les relations privilégiées entretenues avec certains États arabes.

La collaboration avec d’autres musées est également au menu du renouveau de l’institution. Si le partenariat avec le Louvre (qui consacrera une exposition sur le Maroc médiéval conjointement à l’exposition de l’IMA sur la scène contemporaine marocaine) constitue une première, d’autres devraient suivre, avec le Quai Branly dans le cadre de la prochaine édition du festival Photoquai, et avec Angoulême autour de la bande dessinée.

Travaux de rénovation
La décision de créer, dans les étages inférieurs du bâtiment, un espace d’exposition d’une surface de 1 500 m2, s’inscrit dans la volonté de l’institution de disposer d’un autre espace de monstration temporaire. Reste à le financer. Le programme de ce côté-là est tout aussi chargé. Le bâtiment doit faire l’objet, vingt-sept ans seulement après son ouverture, d’une vaste campagne de rénovation estimée à 13 millions d’euros, dont 3 millions sont destinés à la façade et un million à la bibliothèque. Jack Lang, assuré d’une participation à hauteur de 1 million d’euros de la part de l’Arabie saoudite, se dit confiant quant « aux autres mécénats qui pourraient être décrochés ». Plus circonspect en revanche est l’ancien ministre sur sa demande de classement du bâtiment de l’IMA au titre des monuments historiques, demande formulée il y a six mois au ministère de la Culture et demeurée depuis sans réponse.

Dans cette vaste de campagne de mobilisation autour de l’IMA envisagé comme un laboratoire d’idées, il est un autre axe important de développement : celui des cours laïques de langue et de culture arabe. Fort des résultats de l’antenne de l’IMA à Tourcoing et de l’intérêt de Roubaix porté à ces cours, le projet de construction d’un « musée des arts de l’Islam », doté de pièces des collections de l’IMA, est relancé avec la Région Nord - Pas-de-Calais. Lyon et la Région Rhône-Alpes sont aussi intéressés par les cours de langue. Une extension dans la région Languedoc-Roussillon est par ailleurs envisagée comme « l’éventualité un jour d’installer une antenne de l’IMA en Arabie saoudite ou à Beyrouth », confie Claude Mollard. Plus qu’un simple institut culturel, l’IMA veut être à l’extérieur une plateforme diplomatique, et en France un outil d’assimilation. On comprend pourquoi Jack Lang a accepté le poste.

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Jack Lang - © Photo MEDEF - 2008 - Licence CC BY-SA 2.0

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°407 du 14 février 2014, avec le titre suivant : Le renouveau de l’IMA selon Jack Lang

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