Dimanche 8 décembre 2019

Conférence

Économie de la culture

Forum d'Avignon : liaisons public-privé

Parmi les nombreuses études publiées à l’occasion du Forum d’Avignon celle traitant de la fiscalité culturelle met en perspective la spécifité française

Par Sophie Flouquet · Le Journal des Arts

Le 29 novembre 2011 - 742 mots

AVIGNON

Le désormais traditionnel « Davos de la culture » réuni à Avignon, qui entend faire dialoguer public et privé, produit surtout des rapports d’études. En marge de l’événement, le galeriste Yvon Lambert a officialisé la donation à l’État d’une partie de sa collection.

AVIGNON - Tous les ans depuis 2008, durant quelques jours de novembre (cette année du 17 au 19), l’économie tente de s’acoquiner publiquement avec le monde de la culture à l’occasion du Forum d’Avignon (Vaucluse). L’objectif est toujours le même : tenter de faire prendre conscience de l’intérêt de l’investissement culturel en martelant chaque année une même antienne, à savoir que la culture est bien un vecteur de croissance économique. Entre 250 et 300 invités sont convoyés depuis Paris par train spécial pour participer à ce grand raout, au cours duquel chacun pense avant tout à son carnet d’adresses, qui sera étoffé en marge de tables rondes et autres séminaires souvent rébarbatifs. Pour qu’il en reste quelque chose de concret, hormis les quelques discours officiels – le président de la République a fait cette année le déplacement –, le Forum commande des études à des cabinets d’audit réputés. Pour 2011, les livraisons, traitant pêle-mêle de l’entreprenariat culturel, des « villes créatives » ou de droit d’auteur à l’ère numérique, sont de qualité variable. D’après le site numerama.com, l’une d’entre elles aurait même été escamotée par les organisateurs pour avoir osé mettre en avant une vision trop positive des bénéfices du numérique pour les auteurs...

Portant sur « L’impact des dépenses culturelles des villes », et menée à partir de l’analyse d’un échantillon mondial de 47 villes, l’étude de Tera Consultants laisse quant à elle sans voix. Souhaitant édicter une règle générale à partir des « indicateurs de performance économique » et « d’intensité culturelle » collectés depuis 2008 par le cabinet Kurt Salmon, l’analyse fait flop. Soumis à l’implacable outil statistique et économétrique, le constat, que chacun peut faire et qui corrèle dépenses culturelles et dynamisme économique, se heurte à l’impossibilité d’une quantification précise. D’où cette conclusion magistrale : « En définitive, ces analyses fixent des ordres de grandeur, mais n’ont pas la prétention de quantifier précisément la nature et l’ampleur des réelles interactions entre culture et économie ! »

Exception française
Plus intéressante est en revanche l’actualisation d’une étude portant sur la fiscalité culturelle menée dans 18 pays, pilotée par le cabinet Ernst & Young. Par fiscalité, celle-ci entend à la fois les avantages fiscaux – dits « mesures incitatives » –, qui bénéficient en général aux investisseurs, mais aussi les taxes spécifiques affectées, destinées plutôt aux opérateurs. Ces dernières sont inexistantes dans un certain nombre de pays (États-Unis, Canada, Australie, Japon, Afrique du Sud ou Mexique) alors que la mise en œuvre de taux de TVA réduits sur les produits culturels est une quasi-généralité. Au risque de ne surprendre personne, l’étude met en avant l’exception française en la matière. Devant la Chine et la Russie, la France est en effet championne toute catégorie de la fiscalité culturelle, avec 14 taxes spécifiques sur les 35 existantes dans l’échantillon étudié. Jugeant la pertinence de cette démarche, l’étude souligne que cette politique peut « être source de confusion » en matière fiscale, même si elle témoigne aussi, à l’évidence, d’une volonté forte de soutenir la culture.

Dans tous les pays, cette fiscalité bénéficie principalement à un secteur : le cinéma, devant la musique, la presse et l’édition puis le patrimoine, la radio et le spectacle vivant. L’économie numérique est donc la grande absente de ce type de financement parabudgétaire. Si le patrimoine n’en est pas le principal bénéficiaire, tous les pays utilisent en revanche la fiscalité comme levier pour financer sa préservation, certains davantage que d’autres (Italie, Espagne, Russie, Japon, Grande-Bretagne, Grèce, Australie et France). L’étude constate enfin que la rigueur budgétaire a eu un impact significatif sur neuf des pays étudiés où les financements publics ont été réduits (Australie, Brésil, Grèce, Inde, Italie, Afrique du Sud, Corée du Sud, Espagne et Grande-Bretagne). Aux États-Unis, c’est un débat sur la baisse de l’avantage fiscal lié au mécénat qui suscite l’inquiétude, 50 % des donateurs s’étant déclarés décidés à réduire leurs dons. Les bonnes nouvelles viennent d’ailleurs : de Russie, où l’enveloppe publique pour la culture a crû de 102 % depuis 2007, mais aussi de Chine, où elle a fait un bond de 205 % depuis 2006.

Toutes les études sont téléchargeables sur le site du Forum d’Avignon : www.forum-avignon.org

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Débats dans la salle du Conclave, Palais des Papes - 2011 © Photo Forum Avignon

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°358 du 2 décembre 2011, avec le titre suivant : Forum d'Avignon : liaisons public-privé

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