Mardi 17 septembre 2019

Entretien avec Evrard Didier, président de l’Ensba

« Il faut réfléchir à la mise en place d’un fonds de dotation »

Par Sophie Flouquet · Le Journal des Arts

Le 1 février 2011 - 997 mots

PARIS

Associé du groupe Lloyd George Management, groupe de gestion de fonds et d’actifs sur les marchés émergents, Evrard Didier a effectué toute sa carrière dans la finance, en France et à l’étranger. Depuis 2004, il est aussi président du conseil d’administration de l’École nationale supérieure des beaux-arts (Ensba) de Paris. Il dresse un premier bilan de son action.

Comment un professionnel de la finance est-il devenu président de l’Ensba ?
On voit depuis plusieurs années une volonté des pouvoirs publics de croiser les expériences du secteur privé avec la gestion de nos grandes institutions culturelles, sans remettre en cause pour autant leur caractère public. Ceci non seulement pour trouver des sources de financement supplémentaires et accompagner les grands projets culturels, mais aussi pour apporter un état d’esprit, une approche différente et des échanges enrichissants. Il se trouve que, comme beaucoup, j’ai toujours voulu consacrer une partie de mon temps à l’art, à la création contemporaine en France, et l’aider, en apportant mon expérience bancaire et internationale, à reconquérir une visibilité, une reconnaissance qu’elle a malheureusement perdue depuis l’après-guerre, en France comme à l’étranger. À cet égard, mes responsabilités internationales pour une grande banque française et l’opportunité qui m’a été donnée notamment de participer à l’action de la Fondation Paribas de 1994 à 1999 m’ont permis de nouer nombre de relations dans le monde de l’art et d’en comprendre les enjeux. Ceci m’a convaincu de la nécessité d’étudier sous des formes diverses des schémas de financement privés pour accompagner la création artistique, d’aider les jeunes artistes à mieux préparer leur entrée dans le monde de l’art, de montrer plus encore dans des lieux appropriés notre création en France et d’internationaliser nos institutions culturelles. Après avoir travaillé avec Bruno Racine [alors président du Centre Pompidou] sur des projets de musée d’art moderne à l’étranger, il m’était difficile de refuser la proposition du ministre de la Culture en 2004 de présider le conseil d’administration de l’Ensba, pierre angulaire de la création artistique en France.

Comment cela s’est-il traduit dans votre action ?
Le rôle du président du conseil d’administration de l’École est de… présider le conseil de l’École, où se discutent et se décident les grandes orientations, les projets et le budget de l’École, en étroite collaboration avec les autorités de tutelle. Ces discussions sont toujours très riches et passionnantes. J’ai pensé par ailleurs essayer d’apporter mon expérience dans des domaines précis, au service du développement de l’École, en accord et coordination avec sa direction. Plus particulièrement, [j’ai souhaité] accroître la part des financements privés, qui représentent une part significative du budget de l’Ensba, en attirant plus de mécènes, d’entreprises privées, univers que je connais bien du fait de mon expérience professionnelle. Nous avons travaillé aussi ensemble à la mise en place et au lancement de l’« Association des amis », présidée par Agnès b., en y faisant venir des personnalités du monde de l’art et des mécènes. Car l’Ensba est non seulement une école, sa vocation essentielle, mais elle doit aussi, cas unique, conserver, gérer, et exploiter un patrimoine culturel considérable qui nécessite un plan de rénovation à long terme coûteux. Il faudrait, à mon avis, réfléchir rapidement à la mise en place, comme pour beaucoup d’autres institutions culturelles, d’un fonds de dotation pour l’École afin de cofinancer des projets de rénovation essentiels. Mais ceci demande évidemment une grande technicité.

Comment développer la dimension internationale de l’École ?
Cette dimension est déjà très importante par de multiples partenariats avec un grand nombre de pays étrangers, un pourcentage d’étudiants et de professeurs étrangers élevé ; par ses expositions que l’Ensba fait voyager. Cette image prestigieuse à l’étranger doit être, à mon avis, accentuée en regardant la possibilité de créer une antenne de l’Association des amis, aujourd’hui en plein essor, à l’étranger, aux États-Unis notamment, comme d’autres institutions l’ont déjà fait.

N’avez-vous pas développé des projets d’antennes de l’école à l’étranger ?
La direction de l’École a en effet regardé des projets dans ce sens et nous en avons parlé ensemble. Je pense que l’Ensba devrait effectivement envisager à moyen terme un tel projet, dont les contours restent à définir, dans l’un des lieux majeurs de la création contemporaine à l’étranger. Si c’était le cas, je mets à la disposition de l’École ma longue expérience en Asie.

Votre mandat arrive prochainement à échéance. Souhaitez-vous continuer ?
Je reste évidemment disponible pour l’École des beaux-arts, cette très belle institution, pour achever ensemble le travail ainsi entamé, qui doit s’inscrire dans une nécessaire continuité.

Zep - De la diversité à l’école

Comment réussir à diversifier le profil des étudiants en école d’art et éviter qu’elles n’attirent que des enfants de cadres supérieurs ? Depuis 2007, la Fondation Culture et Diversité, qui s’attache à promouvoir l’égalité des chances, a engagé un partenariat entre 46 lycées d’Île-de-France situés en zone d’éducation prioritaire et cinq écoles supérieures d’art : l’École nationale supérieure des beaux-arts (Ensba), l’École nationale supérieure des arts décoratifs (Ensad), l’École nationale supérieure de création industrielle (Ensci-Les Ateliers), l’École nationale supérieure d’arts de Paris-Cergy (Ensapc) et l’École supérieure d’arts de Rueil-Malmaison. Le dispositif devrait prochainement être élargi à plusieurs écoles territoriales. L’objectif est de détecter une vingtaine de lycéens par an et de leur offrir la possibilité de s’orienter vers une école d’art. « L’intérêt est de constituer une population hétérogène dans nos écoles », défend Emmanuel Tibloux, président de l’Andéa, qui précise toutefois que, sur ce point, il existe une grande différence entre les écoles parisiennes, où le taux de boursiers excède rarement le quart des effectifs, et les écoles territoriales où ce taux dépasse parfois les 50 %. « Nos écoles ont toujours eu une tradition d’hospitalité. Cela est très lié à la liberté qu’elles continuent d’offrir », poursuit Emmanuel Tibloux. En cela, le système des bourses, accordées par l’État ou les collectivités, demeure un levier indispensable à préserver. En 2010, 11,5 millions d’euros de bourses – hors dispositifs spécifiques — devraient être distribués aux familles par le ministère de la Culture.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°340 du 4 février 2011, avec le titre suivant : Entretien avec Evrard Didier, président de l’Ensba

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