Vendredi 27 novembre 2020

Comment New York…

Une histoire de l’abstraction vue du Guggenheim Museum, et de ses collections constituées dans l’après-guerre

Par Alain Quemin · Le Journal des Arts

Le 3 juillet 2012 - 688 mots

Le principe qui consiste,pour un musée ou une fondation, à présenter une exposition à partir de ses seules collections est toujours quelque peu paresseux.

Point de prêts d’œuvres importantes à négocier, de questions de transports et d’assurances à régler, l’organisation se trouve considérablement simplifiée. La critique ne manquera pas de signaler tel ou tel manque, sauf si, précisément, le propos ne prétend nullement dépasser le cadre étroit de la seule collection possédée par l’institution. C’est bien la démarche qui a été adoptée par le Guggenheim Museum de New York qui invite à visiter à partir de sa seule collection – exceptionnelle au demeurant –, une décennie au cours de laquelle s’est fortement imposée l’abstraction dans l’art occidental, celle qui court de 1949 à 1960. Pourquoi cette périodisation ? Outre l’intérêt qu’elle présente en termes d’histoire de l’art, puisque cette décennie est celle d’un important déplacement de la France vers les États-Unis qui devait aboutir, au milieu des années 1960, au basculement du centre de la création internationale, Paris, vers New York, elle correspond à celle d’une période d’acquisitions intenses par le musée en vue de l’inauguration, en 1959, de son nouveau bâtiment dû au génial architecte Frank Lloyd Wright. C’est ainsi que « Art of Anotherkind » invite à une comparaison attendue entre artistes américains et français, mais l’élargit, de façon peut-être moins attendue, aux artistes italiens – très nombreux dans l’exposition, et dont certains, peu connus aujourd’hui, ne semblent guère justifier une redécouverte. Et étend cette comparaison, dans une moindre mesure, aux créateurs espagnols, ceux des autres pays étant moins nombreux et surtout présents pour avoir entretenu des liens avec la France ou, davantage encore, les États-Unis. À l’aide d’une centaine d’œuvres essentiellement rattachées aux courants de l’expressionnisme abstrait, de l’art brut, de l’art informel (recouvrant ici abstraction lyrique, art autre, matiérisme et tachisme) ainsi qu’à CoBrA, et d’œuvres dues à des artistes aussi divers que Willem de Kooning, Jackson Pollock, Mark Rothko, Sam Francis, Cy Twombly, Louise Bourgeois, Georges Mathieu, Victor Vasarely, Pierre Soulages, Maria Helena Vieira da Silva, Yves Klein, Zao Wou-ki, Alberto Burri, Piero Manzoni, Lucio Fontana, Asger Jorn ou Antoni Tàpies, c’est un panorama de belles œuvres du milieu du XXe siècle qui est ainsi proposé au visiteur.

Georges Mathieu et Jackson Pollock
Honneur aux vainqueurs : le parcours débute par les artistes américains, portés aux nues par les critiques Clement Greenberg et Harold Rosenberg, qui faisaient alors contrepoids au Français Michel Tapié et qui ont fortement contribué, par leurs écrits, à imposer les artistes de leur pays sur la scène internationale. Si les grands noms de l’époque sont représentés, avec des œuvres souvent très belles, les artistes américains que l’exposition invite à redécouvrir à partir de sa collection apparaissent moins intéressants, mis à part James Brooks.
Est-ce parce qu’ils étaient alors chers ? Les artistes français ne sont pas toujours représentés par leurs meilleurs tableaux, qu’il s’agisse d’Alfred Manessier ou de Zao Wou-ki. Un grand Georges Mathieu de 1952 apparaît terriblement daté, quand d’autres de ses meilleures toiles auraient pu être avantageusement rapprochées de certains tableaux de Pollock.

On pourra être surpris de l’accent mis sur l’art brut dont la plus grande part est figurative et dont Dubuffet constitue ici l’unique représentant. L’art brut est-il vraiment entré dans la logique d’un art abstrait ? De la même façon, il peut sembler étonnant d’inclure le monochrome dans l’art abstrait, tant les artistes pratiquant les deux types d’expression ont évolué dans des cercles différents et suivaient des démarches formelles distinctes. C’est sans doute plus un regard a posteriori et quelque peu superficiel qui permet de considérer le monochrome comme une simple variante de l’art non figuratif.
D’un accès facile mais plaisant, « Art of Anotherkind », dont le propos aurait parfois pu gagner en rigueur pour satisfaire les spécialistes, est une belle exposition d’été qui, visant aussi les touristes, s’adresse au plus grand nombre.

Art of AnotherKind. International Abstraction and the Guggenheim, 1949-1960

- Commissaires : Tracey Bashkoff, curator, et Megan Fontanella, assistant curator


Jusqu’au 12 septembre, Solomon R. Guggenheim Museum, 1071 Fifth Avenue (at 89th Street), New York, tlj sauf lundi 10h-17h45, samedi 10h-19h45, www.guggenheim.org

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°373 du 6 juillet 2012, avec le titre suivant : Comment New York…

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