Jeudi 12 décembre 2019

Christian Deydier : « Je veux mettre en avant les marchands français à la Biennale »

Par Jean-Christophe Castelain · Le Journal des Arts

Le 18 janvier 2012 - 1032 mots

Jean-Christophe Castelain : Quel bilan tirez-vous de l’année 2011 pour les antiquaires ?
Christian Deydier : Je pense que l’année a été bonne pour une certaine catégorie d’antiquaires, ceux qui font du très haut de gamme ; en revanche, pour ceux qui vendent des objets plus courants, c’est beaucoup plus difficile. Dans le Carré Rive Gauche, par exemple, de nombreux petits antiquaires souffrent. C’est le cas en province aussi. La clientèle moyenne est plus touchée, elle a quasiment disparu. Les dentistes, médecins, pharmaciens, n’ont plus les mêmes disponibilités, car la classe moyenne est de plus en plus ponctionnée en Europe. C’est une tendance antérieure à 2011 mais qui s’accélère.

J.-C. C. : Pourtant les revenus de la classe moyenne n’ont pas été affectés…
C. D. : Certes, mais les gens vivent sur leurs réserves. Et puis ils vont préférer partir en vacances, faire des sorties. Ils ont modifié leurs achats. Il faut également prendre en compte l’absence d’éducation artistique en France, c’est un phénomène qui traîne depuis longtemps. Les antiquaires ont aussi abandonné leur rôle d’éducateur. Les clients ne viennent plus dans les galeries, car les antiquaires n’ont pas toujours fait l’effort de se renouveler, de présenter de beaux objets. Aujourd’hui le client va dans les salons, dans les ventes publiques, il va recevoir un appel du commissaire-priseur ou du conseiller en art. Et comme le collectionneur n’a plus le même temps qu’avant, il faut le solliciter. C’est pour cela que nous avons lancé ce cycle d’enseignement au SNA [Syndicat national des antiquaires], avec une autre approche de l’objet [lire le JdA no 359, 16 décembre 2011, p. 27]. Mais il faudrait que cela soit fait à l’école.

J.-C. C. : Qu’en est-il de votre spécialité, l’art asiatique ?
C. D. : C’est la même chose. L’objet à 1 ou 2 millions se vend sans problème quand il est rare et exceptionnel. C’est le segment des pièces moyennes, entre 30 000 et 100 000 euros, qui est en baisse. Je n’ai quasiment rien vendu à mes petits collectionneurs cette année. Par ailleurs, nous ne vendons plus rien en France. 99,99 % de mon chiffre d’affaires est fait avec des collectionneurs étrangers. Un de mes vieux collectionneurs étrangers (il a 84 ans) avait été informé que j’avais une pièce qui valait 20 000 dollars. Il m’a téléphoné, « j’appelle mon pilote, j’arrive dans quatre heures à Paris, vous gardez l’objet, ça fait longtemps que je le poursuis… » Le déplacement lui a coûté plus cher que l’objet lui-même. Le vrai passionné ! Malheureusement il y en a de moins en moins.

Nous avons fait une année 2011 exceptionnelle, car nous avons réalisé une exposition à Hongkong qui a rencontré un grand succès. Nous allons atteindre 20 millions d’euros de chiffre d’affaires. Les acheteurs chinois ne représentent pas plus du tiers de nos clients.

J.-C. C. : Y a-t-il un profil type de l’acheteur chinois ?
C. D. : Je ne sais pas qui sont les collectionneurs chinois ! Dans la mentalité chinoise, quand on est riche, on commence par avoir une voiture, une maison, des maîtresses, puis de l’art. On achète « un prix », il faut que l’objet fasse cher. On l’achète de préférence en ventes publiques, car on se montre, comme au casino. Je me souviens d’un client chinois qui a acheté un objet en vente publique 1,5 million de dollars alors qu’il avait vu cet objet en galerie en Angleterre à 20 000 livres [env. 40 000 dollars]. Et quand je lui ai demandé pourquoi il avait enchéri aussi haut, il m’a répondu : « Vous avez vu le sous-enchérisseur ? J’ai voulu lui donner une leçon, je suis beaucoup plus riche que lui. »

J.-C. C. : Le marché en Asie ne subit-il pas un ralentissement depuis la fin de l’année 2011 ?
C. D. : C’est vrai, 2011 a été une année forte, mais depuis deux ou trois mois, on observe un tassement sur les prix, beaucoup d’objets sont restés invendus, dans les ventes publiques à Pékin ou en Occident. Il semble y avoir un début de ralentissement économique en Chine. Les villes et les industriels sont très endettés, et certains n’ont plus les moyens de rembourser. Les Chinois empruntent auprès des banques, mais aussi auprès des prêteurs sur gage à des taux usuraires ou au casino de Macao sur la base de 36 % par an. Beaucoup de marchands se sont battus pour acheter des pièces rares pour les quelque vrais collectionneurs. Le marché est très instable. Les prix montent et redescendent aussi vite.

J’en profite pour contester les chiffres que l’on avance sur le marché chinois. Avec tous les impayés et objets ravalés, il faut soustraire 40 % aux résultats. Les ventes publiques ne sont pas du tout sécurisées en Chine, il y a 2 000 maisons de ventes et peu de garanties.

J.-C. C. : La Biennale des antiquaires se tient cette année. Est-elle importante pour votre activité ?
C. D. : La Biennale est très importante pour l’image. Il faut être présent dans ces événements majeurs. On y rencontre de nouveaux clients et on rassure nos clients. Nous avons reçu 260 demandes pour 175 places. Nous allons profiter de l’ouverture du salon d’honneur, d’une surface de 1 200 m², pour augmenter le nombre d’exposants, notamment de nouveaux participants. Et cette fois-ci je vais mettre en avant les antiquaires français. Il y aura bien sûr des antiquaires étrangers, mais ce sont les Français qui font les efforts, qui payent les taxes. Peu m’importe si on me dit que la Biennale est « franchouillarde ». Elle sera « franchouillarde » car c’est ma politique. Au même niveau de qualité, je prendrai un Français en priorité. Je voudrais aussi montrer qu’on peut trouver des chefs-d’œuvre pour moins de 10 000 dollars à la Biennale.

Nous avons prévu dix-huit déplacements dans le monde entier pour faire la promotion de la Biennale. Renaud Donnedieu de Vabres, qui va devenir « ambassadeur du SNA », va nous aider dans cet exercice, mais il va aussi faire du lobbying auprès de l’administration. Je ne peux pas tout faire, la gestion du Syndicat est un exercice extrêmement chronophage ; heureusement les membres du bureau me soutiennent et consacrent beaucoup de temps à la réussite de la prochaine Biennale.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°361 du 20 janvier 2012, avec le titre suivant : Christian Deydier : « Je veux mettre en avant les marchands français à la Biennale »

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