Dimanche 21 octobre 2018

Cap sur le moderne

Par Éric Tariant · Le Journal des Arts

Le 26 février 2013 - 1254 mots

Prenant appui sur la peinture de la fin du XIXe, l’art moderne est très présent à la foire avec près de 49 marchands.

Tefaf a construit sa réputation sur les tableaux anciens. Les années passant, l’art moderne est devenu, peu à peu au tournant du XXe siècle, l’un des pôles d’intérêt majeur de la foire néerlandaise. Celle-ci regroupe, aujourd’hui, bon nombre des plus importantes galeries occidentales d’art moderne et contemporain dont Berès, Gagosian, Landau, Marlborough Fine art, Richard Nagy, Salis & Vertes, pour n’en citer que quelques-unes. « Tefaf offre un choix prodigieux, c’est tout l’intérêt de Maastricht. On peut comparer les œuvres, s’enquérir de leurs prix et faire son choix », s’enthousiasme le marchand parisien Antoine Lorenceau. Celui-ci présentera sur le stand de la galerie Brame et Lorenceau un tableau de Daumier, L’amateur d’estampes (vers 1860), figurant un petit-bourgeois Parisien absorbé dans la recherche d’une gravure. On ne retrouve pas la verve caricaturiste de Daumier dans cette huile à l’ambiance recueillie traitée en clair-obscur, dont la gravité paisible rappelle celle qui émane des intérieurs de Chardin.

Arrivé à Paris, en 1871 à l’âge de 29 ans, Giovanni Boldini travaille avec le marchand d’art Adolphe Goupil. Peintre du Tout-Paris et des femmes de la haute société – présentées en costumes XVIIIe dans des petits tableaux de genre –, Boldini est présent, sur le stand de la galerie londonienne Alon Zakaim Fine Art, avec une petite huile de 1875, Les Dômes, qui figure un bosquet des jardins du château de Versailles. D’élégantes jeunes femmes, debouts devant une balustrade, se tiennent sous de petits parasols rose et bleu face à un bassin. C’est l’été, le soleil brille, le ciel est bleu. Une statue de Diane, la déesse de la chasse, se profile à l’arrière-plan du tableau non loin de gentlemen visiblement séduits par ces jeunes femmes. Presque contemporain du tableau de Boldini, le Portrait de Madame Martin a été peint en 1879 par Manet. Cette huile, caractéristique des œuvres tardives de Manet, a été peinte trois ans après son célèbre Bar aux Folies-Bergère. Femme d’un officier de marine bordelais, Jeanne Martin, ici âgée d’une trentaine d’années, fréquentait les cercles littéraires et artistiques. C’est le peintre Jean-Louis Forain qui la présenta à Manet pour lequel elle posa à plusieurs reprises. L’auteur du Déjeuner sur l’herbe a peint quatre portraits de Madame Martin dont un est conservé à la Gemäldegalerie de Dresde. Dans une verve tout aussi intimiste, une petite toile d’Édouard Vuillard, Femme dans un intérieur, datant des années 1895-1898, caractéristique de la douce atmosphère de ces scènes domestiques, peut être admirée sur le stand de la Galerie Berès. La toile est dédicacée à son « ami Cottet ».

De Vlaminck à Picasso
« Peindre est pour moi une source de joie, un plaisir sans cesse renouvelé et une réelle excitation cérébrale, écrivit un jour Maurice de Vlaminck. Je me trouve alors en communion avec le ciel, les arbres, les nuages, la vie. Avec ce que je crois être la vie. Quiconque sait-il vraiment ce qu’est la vie ? Une illusion fugitive sans cesse renouvelée. Ce sont précisément ces apparitions sans cesse renouvelées et insaisissables, que j’essaye furieusement d’attraper pour les fixer sur une toile à l’aide de vert, de jaune, de bleu et de rouge. » On retrouve toute cette palette de couleurs dans ce Bords de Seine peint en décembre 1905 par Vlaminck (galerie Alon Zakaim Fine Art). Les arbres sont rouges et bleus, le fleuve blanc, bleu et or est agité par la houle. Cette toile de la meilleure période fauve a appartenu au jeune peintre Cornelius Postma qui l’aurait acquise auprès de Moïse Kisling.

Spécialiste des expressionnistes allemands – principalement du groupe Die Brücke et d’Ernst Ludwig Kirchner – la galerie baloise Henze & Ketterer présente quelques-uns de ses trésors. On y voit notamment une belle nature morte de 1917 de Hermann Max Pechstein intitulée Pot de vin et grappe de raisins. Celle-ci est accrochée non loin d’un bucolique paysage de montagne d’Ernst Ludwig Kirchner de 1937 et d’un très sensuel Nu sur une chaise bleue (1918) de Hans Purrmann qui fut l’élève et l’ami de Matisse. La galerie allemande Kunsthaus Bühler GmbH présentera, de son côté, une charmante huile de Max Liebermann, Promenade au Tiergarten de Berlin datant de 1925, peinte dans un camaïeu de verts tendres, de jaune et de bleu. Coucher de soleil sur un moulin, également réalisée en 1925, est une saisissante aquarelle et encre sur papier japonais d’Emil Nolde (galerie Ludorff, Düsseldorf). Le marchand londonien Richard Nagy, grand spécialiste des œuvres d’Egon Schiele et de Gustav Klimt notamment, accroche sur son stand un très sensuel nu de 1913 d’Oskar Kokoschka réalisé au fusain sur papier. La gravure Minotaure, Buveur et Femmes. Marie-Thérèse Rêvant de Métamorphoses (Galerie William Weston, Londres), tout aussi érotique, a été exécutée par Picasso pour la « suite Vollard ». Représenté sous les traits du sculpteur, Picasso assume son rôle de voyeur regardant sa tendre compagne alanguie nue au premier plan. La galerie Gagosian dévoile, elle, un Picasso de 1946 Femme avec un couteau à la main et une tête de taureau, tandis que le marchand québécois Landau Fine Art expose une Femme assise de 1953 du peintre né à Malaga.

Sélection surréaliste
La peinture surréaliste de la galerie Thomas se montre, avec notamment les troublantes Femmes traversant une rivière en criant. Cette toile de Max Ernst de 1927 a été influencée par les théories psychanalytiques de Freud et de Jung sur la dissociation de la personnalité. Et, par le Je est un autre d’Arthur Rimbaud que les surréalistes considéraient comme leur père fondateur. Les constructions anthropomorphes de Max Ernst représentent-elles le surmoi, une figure d’autorité ou une forme apocalyptique ? Des œuvres de Pol Bury, lui aussi très profondément ancré dans le mouvement surréaliste, figureront sur le stand de la Galerie bruxelloise Patrick Derom. Dans les années 1960, Bury se lança dans une nouvelle série de sculptures très librement inspirées de l’univers du mobilier. Lorsqu’en 1966 il réalisa ses 49 boules de même couleur sur plan incliné mais surélevé, il avait alors abandonné toute référence au mobilier et se concentrait sur des formes géométriques pures dont témoigne cette étonnante sculpture qui utilise l’écho d’un objet du monde réel pour évoquer l’irréel. La photographie est présente dans le stand de Hans P. Kraus. Le marchand New-Yorkais, spécialisé dans la photographie des XIXe et XXe siècle, expose une œuvre étonnante, Adiantum Capillus-Veneris (Cheveux de Vénus), réalisée en 1839 par un des pionniers de la photographie, William Henry Fox Talbot. Pour exécuter ce dessin très photogénique, un spécimen botanique a été placé sur une feuille de papier sensibilisé qui a ensuite été exposé à la lumière du soleil. C’est au cours de cette même année 1839 que Talbot annonça sa découverte de la photographie sur papier. Belle sélection de peintures de l’école de Paris des années 1950 chez Applicat-Prazan. On remarque notamment une toile de Georges Mathieu, Le Couronnement d’Étienne de Blois, Comte de Boulogne et Roi d’Angleterre par Guillaume, Archevêque de Cantorbéry, une gouache de Soulages de 1957 (260 000 euros) et un Nicolas de Staël de 1952 (1,5 million d’euros). « À Maastricht, si vous êtes sélectif, et si vous présentez un stand de grande qualité, vous êtes sûr de rencontrer la demande », soutient le marchand Franck Prazan.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°386 du 1 mars 2013, avec le titre suivant : Cap sur le moderne

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